=Napoléon à Sainte-Hélène.=--Napoléon avait demandé à l'Angleterre

l'hospitalité et était passé librement sur un vaisseau anglais: on le

déclara prisonnier et on l'envoya sur un îlot de l'océan Atlantique,

à Sainte-Hélène, dans la zone torride. Là encore on sembla vouloir le

tuer lentement. Au lieu de lui abandonner le château du gouverneur,

situé dans une fraîche vallée, on choisit pour sa demeure un plateau

brûlé par le soleil et désolé par les vents. Une limite fut tracée aux

promenades de celui qui avait l'habitude de parcourir l'Europe. Hors

de ces limites, Napoléon ne pouvait aller à cheval sans être suivi.

Aussi, pour éviter cette gêne odieuse, se livrait-il le moins possible

à l'exercice du cheval, nécessaire à sa santé. Les généraux Bertrand,

Gourgaud et Montholon avec leurs familles faisaient tous leurs efforts

pour adoucir ses peines; ils n'y parvenaient pas. Ne voulant plus

monter à cheval, il se livra à l'exercice du jardinage et éleva des

épaulements en terre pour protéger sa demeure contre les vents. En

costume de planteur, on le voyait avec ses compagnons surveiller la

culture de son jardin, et combattre encore la nature de ce roc stérile

sur lequel on ne lui épargnait pas les humiliations.

En 1821, dans les premiers jours de mai, une maladie qui faisait

souffrir Napoléon depuis plusieurs années et que le climat avait

développée, fit des progrès alarmants. Le 3, le délire commença,

et à travers ses paroles entrecoupées on saisit ces mots: «Mon

fils... l'armée... Desaix...» On eût dit, à une certaine agitation,

qu'il avait une dernière vision de la bataille de Marengo regagnée

par Desaix. Le 4, l'agonie dura sans interruption. Le temps était

horrible; un ouragan des tropiques déchaînait sa fureur sur l'île

et y déracinait quelques-uns des grands arbres. Enfin, le 5 mai on

ne douta plus que le dernier jour de cette existence extraordinaire

ne fût arrivé. Tous les serviteurs de Napoléon, agenouillés autour

de son lit, épiaient les dernières lueurs de la vie. Ce jour-là, le

temps était redevenu calme et serein. Vers cinq heures quarante-cinq

minutes, juste au moment où le soleil se couchait dans des flots de

lumière et où le canon anglais donnait le signal de la retraite, les

nombreux témoins qui observaient le mourant s'aperçurent qu'il ne

respirait plus, et s'écrièrent qu'il était mort.

Napoléon avait alors cinquante-deux ans. On l'enterra dans l'île, près

d'une fontaine qu'il affectionnait. Il avait, dans son testament,

exprimé le désir d'être enterré «sur les bords de la Seine, au milieu

de ce peuple français qu'il avait tant aimé.» Ce dernier vœu fut

réalisé en 1840, et les restes de Napoléon reposent maintenant dans

l'Hôtel des Invalides à Paris.

CHAPITRE XX

LA FRANCE DEPUIS 1815

=La Restauration; Louis XVIII (1815-1824).=--Une invasion plus funeste

que celle de 1814 se continua pendant plus de trois mois après la

bataille de Waterloo. Les Prussiens occupaient Paris, les Anglais

tenaient les environs de la capitale. Pendant trois ans une partie de

la France resta occupée par les troupes étrangères.

La Chambre des députés voulait rétablir l'ancien régime, et Louis

XVIII se vit obligé lui-même de la dissoudre. Il s'efforçait de

réconcilier les classes divisées par une révolution si profonde: il

comprenait que la royauté devait se rattacher la société nouvelle

et non la combattre. L'assassinat du duc de Berry (13 février

1820), neveu du roi et alors dernier héritier du trône, rejeta le

gouvernement dans les bras des royalistes exaltés. Les rigueurs

recommencèrent et provoquèrent des conspirations qui amenèrent de

nouveaux supplices.

Afin de regagner l'armée et pour défendre au dehors comme au dedans le

principe de l'autorité royale, le gouvernement entreprit l'expédition

d'Espagne pour rétablir sur le trône le roi Ferdinand VII, qui avait

été renversé par son peuple et se trouvait dans une situation analogue

à celle où s'était trouvé Louis XVI. L'armée française, commandée

par les maréchaux et les généraux expérimentés de l'Empire, pacifia

rapidement toute l'Espagne.

L'année suivante, Louis XVIII, qui avait eu à traverser les temps les

plus difficiles, acheva paisiblement son règne.

=Charles X (1824-1830).=--Son frère Charles lui succéda. Charles

X avait alors soixante-sept ans: le duc de Bordeaux était son

petit-fils, et tout semblait l'inviter à continuer, après les

secousses violentes des trente dernières années, la politique de

Louis XVIII. Il n'en fit rien. C'était lui qui, en 1789, avait donné

le signal de l'émigration, et il disait en parlant de La Fayette, un

des principaux chefs du parti libéral et l'un des premiers acteurs

de la Révolution: «Il n'y a que M. de La Fayette et moi qui n'ayons

pas changé depuis 1789.» Un moment il céda à l'opinion en prenant

des ministres modérés, mais il revint presque aussitôt aux vieilles

théories de pouvoir absolu, et se crut assez fort en 1830 pour

déchirer la Charte consentie par Louis XVIII.

Une révolution éclata et une bataille de trois jours s'engagea dans

les rues de Paris, 26, 27 et 28 juillet 1830. Charles X abdiqua en

faveur de son petit-fils le duc de Bordeaux, mais trop tard, et

s'embarqua à Cherbourg, partant pour un dernier et nouvel exil. Les

Chambres donnèrent la couronne à Louis-Philippe d'Orléans. La France

reprit le drapeau tricolore.

=Règne de Louis-Philippe I^{er} (1830-1848).=--Le nouveau roi,

Louis-Philippe I^{er}, rassurait par sa politique libérale la

société, qui ne craignait plus de retour en arrière. Mais les partis

ne désarmaient point, et le règne de Louis-Philippe fut fort troublé

jusqu'en 1840; à plusieurs reprises, des insurrections ensanglantèrent

les rues de Paris et de Lyon. Des attentats sans cesse répétés contre

la vie du roi perpétuaient l'inquiétude.

Louis-Philippe, cependant, parvint à triompher de toutes les

agitations: il maintenait au dehors la paix de l'Europe, mais on lui

reprochait d'acheter cette paix par de trop grandes concessions.

L'industrie et le commerce, qui, depuis le commencement du siècle,

avaient pris un essor rapide, avaient accru l'importance de la

population ouvrière, dont le gouvernement ne se préoccupait pas

assez. Deux maîtres en l'art de la parole et en l'art d'écrire, M.

Thiers et M. Guizot, se disputaient sans cesse le pouvoir, et leur

rivalité fut le grand événement d'un règne où les luttes de la tribune

tinrent la place principale. Tandis que les amis mêmes de la royauté

réclamaient de justes réformes, ses ennemis se préparaient à profiter

de ces divisions. Une émeute commencée aux cris de Vive la réforme!

devint bientôt, le 24 février 1848, une révolution d'où sortit pour

la seconde fois la République. Louis-Philippe n'essaya même pas de

lutter; comme Charles X, il abdiqua en faveur de son petit-fils

le comte de Paris, mais trop tard aussi, et il dut s'enfuir en

Angleterre, où il mourut deux ans après.

=Conquête de l'Algérie.=--La plus grande œuvre et le plus beau

résultat du règne de Louis-Philippe, ce fut la conquête de l'Algérie.

La colonie s'est développée, et la France possède ainsi sur la côte

d'Afrique un vaste territoire très fertile qui compte trois millions

d'habitants.

=République de 1848: le suffrage universel.=--La révolution de

février 1848 assurait le triomphe de la République. Le gouvernement

provisoire, qu'on établit d'abord à l'Hôtel de ville, voulut tout de

suite marquer la portée de la nouvelle révolution par des mesures

libérales. Il abolit la peine de mort en matière politique et, dès

le 2 mars, proclama le suffrage universel. Le 27 avril, il proclama

également l'abolition de l'esclavage dans les colonies.

La Constitution nouvelle donnait le pouvoir à un Président élu pour

quatre ans et à une Assemblée législative. L'Assemblée et le Président

devaient être nommés par le suffrage universel. Cinq millions de

suffrages désignèrent pour la présidence le prince Louis-Napoléon,

dont le nom entraîna les populations des campagnes. Deux fois déjà,

sous le règne de Louis-Philippe, il avait tenté de s'emparer du

pouvoir: deux fois il avait échoué. Devenu président de la République,

il s'appliqua à préparer son avènement à l'Empire.

Louis-Napoléon s'appuya d'abord sur les anciens partis monarchiques,

et commença une véritable réaction contre les doctrines républicaines.

Mais bientôt il se sépara des monarchistes, qui ne voulaient point

l'accepter pour souverain. Afin de se faire réélire, il demanda la

revision de la Constitution, mais tous les partis se réunirent contre

lui et repoussèrent la revision de la Constitution. Alors le Président

songea à recourir à la force.

=Coup d'État du 2 décembre 1851.=--Le 2 décembre 1851, il fit arrêter

les députés les plus influents du parti républicain et des partis

monarchiques, occuper Paris militairement, fermer la salle des séances

de l'Assemblée. Il détruisait lui-même la Constitution, qu'il avait

fait serment et qu'il avait pour mission de maintenir. La résistance

qui s'organisa à Paris, échoua devant l'attitude des troupes dont

le Président s'était assuré le concours. Des transportations sans

jugement éloignèrent les ennemis du nouvel ordre de choses. Sept

millions et demi de suffrages (20 et 21 décembre) confièrent à

Louis-Napoléon la présidence pour dix ans.

Louis-Napoléon se hâta alors de publier une Constitution (14 janvier

1852). L'autorité effective, la pleine puissance était concentrée

entre les mains du Président. Le pouvoir législatif était exercé par

le _Corps législatif_ et le _Sénat_. Louis-Napoléon se fit enfin,

après un nouveau plébiscite,[14] proclamer empereur des Français (2

décembre 1852).

=La guerre d'Orient.=--Bien qu'il eût prononcé, pour rassurer

l'Europe, ces mots fameux: «L'Empire, c'est la paix,» Napoléon III ne

craignit pas d'inaugurer son règne par une grande guerre. Le tsar de

Russie, Nicolas, avait envahi les provinces du Danube, le 3 juillet

1853. Napoléon III s'allia alors avec l'Angleterre pour s'opposer aux

projets ambitieux du tsar.

Une flotte anglo-française alla dans la mer Baltique. Une armée

française fut transportée en Turquie, où les troupes anglaises la

rejoignirent. Les généraux alliés, ne voulant point se lancer à

la poursuite des armées russes au delà du Danube, se décidèrent à

attaquer Sébastopol, son principal arsenal, menace perpétuelle pour

Constantinople. Le 14 septembre 1854, le corps expéditionnaire, dirigé

par le maréchal Saint-Arnaud et lord Raglan, débarqua en Crimée.

Les Russes, retranchés derrière le petit fleuve de l'Alma, sur des

hauteurs hérissées d'artillerie, comptaient nous rejeter dans la mer.

Grâce à l'élan, à l'agilité des soldats français, les hauteurs furent

escaladées, les Russes tournés, refoulés: ce fut une victoire décisive

et brillante (20 septembre 1854).

La victoire de l'Alma ouvrait la route de Sébastopol, dont le siège

commença (octobre 1854) sous les ordres du général Canrobert, puis du

général Pélissier. Il fallut creuser des tranchées dans un terrain

rempli de rochers; les armées opéraient à cinq cents lieues de leur

pays, attendant le plus souvent leur matériel et leurs provisions,

livrés à la merci des vents impétueux qui soufflent dans la mer Noire.

Survint un hiver des plus rigoureux. Dans les tranchées les

souffrances étaient affreuses, et il fallait travailler, combattre. Au

mois de mars 1855 l'empereur Nicolas mourut, mais son fils, Alexandre

II, continua la guerre. Alors les alliés poussèrent le siège avec une

nouvelle vigueur.

Après un bombardement terrible, la tour Malakoff, qui était devenue,

grâce aux travaux des Russes, une citadelle redoutable, fut attaquée

le 8 septembre, tandis que le reste de l'armée s'élançait sur les

bastions voisins. Malgré un feu épouvantable et plusieurs retours

offensifs, la division du général de Mac-Mahon demeura maîtresse de

la tour Malakoff, qui n'était plus qu'un amas de décombres. Le grand

résultat était obtenu: Malakoff pris, Sébastopol tombait au pouvoir

des Français.

Ce magnifique succès termina la guerre. Un congrès se réunit à Paris;

la paix fut signée le 30 mars 1856, et la Russie perdait le fruit de

longues années de travail et d'énormes dépenses.

=Guerre d'Italie (1859).=--Après la Russie, Napoléon voulait abaisser

l'Autriche et délivrer l'Italie, dont le nord appartenait depuis 1815

aux Autrichiens. Le roi de Sardaigne, Victor-Emmanuel, et surtout son

ministre, le comte de Cavour, entraînèrent Napoléon à cette guerre,

qui fut populaire et brillante.

Les Français battirent les Autrichiens à Montebello (20 mai 1859) et

encore au village de Magenta (4 juin).

Les Autrichiens semblèrent alors abandonner la Lombardie, mais, quand

l'armée française approcha des bords du Mincio, elle vit tout à coup

les hauteurs voisines de cette rivière couvertes d'ennemis. Les

Français, sous un soleil ardent, s'élancèrent à l'assaut des hauteurs

de Solferino et de Cavriana (24 juin), et s'en emparèrent après une

lutte acharnée. Un orage qui éclata empêcha les Français de changer en

déroute la défaite des Autrichiens, qui purent se retirer au delà du

Mincio.

On se répétait encore les derniers détails de la journée de Solferino,

lorsque le télégraphe annonça tout à coup la conclusion de la paix.

Une entrevue eut lieu à Villafranca, entre l'empereur d'Autriche

François-Joseph et l'empereur Napoléon III. Les deux souverains

signèrent les préliminaires de la paix: l'empereur d'Autriche cédait

la Lombardie à Napoléon III, qui la remettait au roi Victor-Emmanuel.

L'Italie centrale demanda à s'unir au Piémont et, par une suite de

révolutions, d'invasions successives, le Piémont devint le maître

de la péninsule. Le royaume de Sardaigne se transforma en royaume

d'Italie. L'unité italienne fut faite.

Dès 1860 la France, à raison de ces changements, avait réclamé sa

frontière naturelle des Alpes, perdue en partie lors des traités de

1815. La Savoie et le comté de Nice furent cédés à la France par le

roi Victor-Emmanuel (mars 1860), et les populations, consultées par

la voie du suffrage universel, accueillirent avec joie ce retour à la

patrie française. Le 14 juin, le drapeau français était porté par des

guides hardis sur la plus haute cime du mont Blanc.

=Guerre de 1870.=--La Prusse n'avait été depuis 1815 qu'une puissance

secondaire. Mais sous le roi Guillaume I^{er}, monté sur le trône en

1861, un ministre habile et audacieux, le comte de Bismarck, entreprit

d'assurer à la Prusse l'empire de l'Allemagne. Il s'unit à l'Italie

contre l'Autriche, et l'armée prussienne remporta une victoire

décisive à Sadowa (3 juillet 1866). L'Autriche signa la paix, et les

États allemands se virent obligés de reconnaître la suprématie de la

Prusse. Ce royaume, considérablement agrandi, devenait un dangereux

voisin. Un conflit était dès lors inévitable avec la France. Le

gouvernement impérial s'y prépara d'une manière insuffisante, et la

Prusse, qui connaissait les imperfections de notre armée, eut l'art de

se faire déclarer la guerre qu'elle désirait (15 juillet 1870).

Les Prussiens saisissent l'occasion que leur offrent les mauvaises

positions de l'armée, dispersée sur une ligne trop étendue le long de

nos frontières. Le 4 août, au nombre de quarante mille hommes, ils

écrasent une division française isolée sur les bords de la Lauter, à

Wissembourg. L'ennemi entre en France.

Le maréchal de Mac-Mahon, qui occupait l'Alsace, cherche et trouve une

forte position à Reichshoffen et à Frœschwiller. Mais il avait à peine

trente-cinq mille hommes, et le prince royal de Prusse lui en opposa

cent vingt mille. Le maréchal de Mac-Mahon, pour assurer sa retraite,

dut sacrifier sa magnifique brigade de cuirassiers. Le même jour, à

Forbach, le corps d'armée du général Frossard était repoussé et abîmé

par une autre armée prussienne (6 août 1870).

L'invasion s'étendit dans les départements de l'Est, rapide, terrible,

avec ses exigences, ses réquisitions, ses cruautés même.

L'armée principale, commandée par le maréchal Bazaine, restait sous

la protection de la place de Metz, au lieu de se replier rapidement:

et malgré les glorieux combats de Borny (14 août), de Gravelotte (16

août) et de Saint-Privat (18 août), où les armées prussiennes firent

des pertes énormes, l'armée française fut entourée et resserrée autour

de Metz.

Une nouvelle armée, formée à Châlons, fut témérairement envoyée à

son secours; cette seconde armée, acculée à la frontière du Nord, fut

enveloppée autour de la petite place forte de Sedan. Après deux jours

de combats sanglants, cette armée, privée de son chef, le maréchal

Mac-Mahon, grièvement blessé, se vit refoulée dans la place de Sedan,

où, accablée par l'artillerie allemande, elle ne pouvait ni résister

ni vivre. L'empereur Napoléon III, qui se trouvait avec cette armée,

capitula en se rendant prisonnier de guerre avec quatre-vingt mille

hommes (2 septembre 1870).

Lorsque cette nouvelle arriva à Paris, une révolution éclata (4

septembre); un gouvernement nouveau s'installa à l'Hôtel de ville,

prenant le titre de gouvernement de la _Défense nationale_. Les

principaux membres de ce gouvernement, présidé par le général Trochu,

gouverneur de Paris, étaient MM. Jules Favre, Ernest Picard, Jules

Simon, Crémieux, Gambetta.

Tandis que les armées prussiennes, victorieuses à Sedan, venaient

investir et assiéger Paris, d'autres troupes allemandes s'emparaient

successivement des forteresses.--Strasbourg, boulevard de l'Alsace,

investi le 13 août, se vit, à partir du 15, exposé à un bombardement

qui s'attaquait à la ville même. Tout le centre de la ville fut

dévasté par l'incendie. La cathédrale elle-même fut mutilée. La ville,

à bout de ressources, dut capituler le 28 septembre. Paris cependant,

investi depuis le 19 septembre, tenait à distance les Prussiens,

qui ne se trouvaient pas en mesure de l'attaquer de vive force. Des

troupes se rassemblaient sur les bords de la Loire, et la situation

paraissait s'améliorer. La capitulation du maréchal Bazaine[15] à

Metz (27 octobre) vint changer la face des choses. Investi, enserré

par des lignes de batteries, qu'il n'était pas aisé de franchir, il

n'essaya pas sérieusement, malgré la belle qualité de ses troupes

aguerries, qui constituaient la plus belle armée que la France ait eue

depuis longtemps, de rompre le cercle de fer et de feu tracé autour

de lui. Lorsque les vivres diminuèrent, il négocia. M. de Bismarck

ne voulut plus entendre parler de convention lorsqu'il comprit que

l'armée devait nécessairement se rendre. Le jour fatal arriva en

effet. Le maréchal dut capituler, et livrer prisonniers de guerre les

cent mille hommes qui lui restaient, un matériel énorme, des forts

superbes, un arsenal de premier ordre et une ville qui était un des

plus solides remparts de la France. Verdun, assiégé depuis le 25 août,

capitule le 8 novembre et Belfort se préparait sous la direction du

colonel Denfert à une résistance digne de la réputation de cette

forteresse.

A Paris, le général Trochu se hâta d'accélérer l'organisation de

l'armée, qui déjà avait tenté plusieurs reconnaissances. Apprenant

que l'armée de la Loire comptait s'approcher du côté de la vallée de

la Seine, il prépara une sortie du côté de la Marne. Deux combats

(30 novembre et 2 décembre) furent honorables pour l'armée de Paris,

mais n'eurent aucun résultat. En même temps l'armée de la Loire

avait à lutter contre l'armée prussienne de Frédéric-Charles, que la

capitulation de Metz avait rendue libre. Une série de combats, les

2, 3 et 4 décembre, en avant d'Orléans, se termina par la retraite

des Français et la reprise d'Orléans par les Prussiens. Paris, à bout

de vivres et bombardé depuis le 6 janvier, avait enfin capitulé.

Le gouvernement de la Défense nationale signa un armistice (28

janvier 1871). Une assemblée se réunit le 13 février à Bordeaux,

nomma M. Thiers chef du pouvoir exécutif, et, après une douloureuse

délibération, ratifia, le 1^er mars, les préliminaires de paix. La

France était forcée de payer cinq milliards et d'abandonner aux

Allemands l'Alsace et la partie de la Lorraine qu'ils appellent

allemande.

=La guerre civile; la Commune de Paris.=--Comme si ce n'était pas

assez de tant de malheurs, une affreuse guerre civile suivit la guerre

étrangère. Des ambitieux, exploitant les souffrances et la colère de

la population parisienne, soulevèrent une partie de la garde nationale

(18 mars 1871), et organisèrent la Commune. Le gouvernement légal fut

obligé de se retirer à Versailles, et ne put rentrer à Paris qu'après

un siège de deux mois (avril-mai). Encore, dans la dernière semaine,

Paris faillit-il être anéanti par les incendies qu'allumèrent les

vaincus. Cette lutte sinistre ne finit que le 28 mai.

=Présidence de Thiers (1871-1873).=--Le gouvernement de la Défense

nationale avait déposé ses pouvoirs entre les mains des représentants

de la nation, et ceux-ci, quoique appartenant en majorité à des

opinions monarchiques, n'osèrent pas rétablir la monarchie. Ils

choisirent pour Président du pouvoir exécutif M. Thiers, désigné

d'ailleurs par ses lumières, son expérience et ses efforts, pendant la

guerre, pour intéresser l'Europe aux malheurs de la France.

Chef du pouvoir exécutif et vainqueur de l'insurrection de la Commune,

Thiers, travailleur infatigable, malgré son grand âge, se hâta de

préparer, en devançant les époques de payement de l'indemnité de

guerre, l'évacuation du territoire français. En deux ans l'indemnité

de guerre de cinq milliards était payée, grâce à l'empressement

du public à souscrire aux emprunts destinés à ces payements. Les

Prussiens abandonnèrent toutes les positions qu'ils occupaient sur

le territoire français. En même temps, de concert avec l'Assemblée,

Thiers réorganisait l'armée, l'administration, les finances. Une loi

(27 juillet 1872) déclarait le service militaire obligatoire pour

tous les Français jusqu'à l'âge de quarante ans. Mais Thiers, qui

s'efforçait de faire prévaloir la forme républicaine, tomba sous une

coalition des partis monarchiques et donna sa démission le 24 mai

1873. Quelques mois auparavant (9 janvier) était mort en Angleterre

l'empereur Napoléon III.

=Présidence du maréchal de Mac-Mahon (1873-1879).=--Le maréchal de

Mac-Mahon fut désigné par l'Assemblée pour remplacer Thiers, et

bientôt, comme les efforts pour rétablir la monarchie ne pouvaient

réussir, les pouvoirs du maréchal de Mac-Mahon furent prolongés (20

novembre) pour une durée de sept années. Toutefois il fallait une

Constitution déterminée. Républicains et monarchistes, avec des vues

différentes, s'entendirent pour organiser un gouvernement.

La Constitution du 25 février 1875 établit deux Chambres, le Sénat

et la Chambre des députés. Le Président de la République était élu

pour sept ans par les deux Chambres réunies en Congrès. La République

devint dès lors le gouvernement légal de la France, et l'Assemblée

nationale se sépara à la fin de l'année 1875 pour laisser s'accomplir

les élections nouvelles qui donnèrent dans la Chambre des députés

la majorité au parti républicain, mais en 1879, quand de nouvelles

élections eurent enlevé aux monarchistes la majorité au Sénat,

Mac-Mahon donna sa démission.

=Présidence de Grévy.=--Le Congrès élut pour Président un libéral

éprouvé, Jules Grévy. Toutefois le vrai maître du pouvoir était

Gambetta qui savait rallier les différentes fractions du parti

républicain. Mais Gambetta, contraint d'accepter la présidence du

conseil, voulut trop marquer son autorité, et en quelque sorte dominer

la Chambre des députés. Il ne put la déterminer à changer le mode

de nomination des députés et se retira (janvier 1882). A la fin de

la même année il mourait prématurément, et c'est alors que le parti

républicain mesura l'étendue de sa perte.

Après la mort de Gambetta, Jules Ferry parut le plus capable de

devenir le guide du parti républicain. Il resta deux ans au pouvoir,

fit voter la loi sur l'instruction primaire obligatoire et gratuite

(mars 1882) et surtout s'appliqua à tourner vers les entreprises

extérieures l'activité française. Il fit voter une expédition au

Tonkin qui nécessita de grands sacrifices d'argent et surtout

d'hommes, car le climat malsain en dévorait beaucoup. La conquête du

Tonkin amena une guerre avec la Chine. Mais un échec survenu au Tonkin

produisit à Paris un mécontentement tel que Jules Ferry dut se retirer

(30 mars 1885). Il mourut quelques années plus tard (1893).

Les différentes fractions du parti républicain se combattaient les

uns les autres: l'animosité des discussions politiques n'amena pas

seulement de fréquents changements de ministère; le Président Grévy,

qui pourtant en 1885 avait été réélu et paraissait, quoique âgé, en

état de fournir une nouvelle période de sept ans, se vit forcé de

donner sa démission (2 décembre 1887).

=La présidence de Carnot (1887-1894).=--Grévy fut remplacé par

Sadi-Carnot, petit-fils du conventionnel Carnot et issu d'une vieille

famille républicaine.

Histoire de France Tirée de Ducoudray · 第 12 / 13 段