ANNEXES

_Les sultanes blanches au Maroc et l'Allemagne._

La question délicate de la généalogie maternelle d'Abd-el-Aziz n'a pas

été seulement traitée par les publicistes français; elle a aussi occupé

la presse et l'opinion allemandes. Nous n'en donnerons ici qu'une

preuve entre vingt.

Au moment où la conférence d'Algésiras--cette solennelle constatation

de l'impuissance diplomatique--s'ouvrait dans le noir du mystère

comme un pur mélodrame, les journaux d'outre-Rhin, à court de mauvais

arguments, s'avisèrent d'invoquer les origines européennes du sultan à

l'appui de leur thèse.

Le 12 janvier 1906, le correspondant particulier du _Matin_ à Berlin

téléphonait à son journal:

«Un journal allemand nous donne une explication toute simple et

définitive de l'attitude de l'Allemagne dans la question du Maroc.

«_Le sultan_, dit ce journal, _est presque allemand; or, l'Allemagne

a bien le droit--n'est-ce pas?--de s'occuper des affaires de ses

nationaux._

«Un livre d'observations sur le Maroc, récemment paru, dont l'auteur

est M. Genthe, journaliste de deuxième plan (qui fut au Maroc au

printemps dernier et de qui la présence provoqua un incident dont

on retrouve la trace au Livre Blanc), nous révèle, en effet, que la

bisaïeule du sultan était Allemande. Elle s'appelait Saghia, native du

grand-duché de Hesse. Faite esclave, elle fut vendue en 1790 au sultan

Moulaï (Soliman), qui en fit sa quatrième femme.

«Ce fait, nié par les Anglais, qui affirment que la quatrième femme du

sultan Moulaï, du nom de Saghia, était une Irlandaise, serait confirmé

par des documents laissés par un capitaine autrichien du dix-huitième

siècle, qui demeura pendant huit ans au Maroc.

«D'ailleurs, la mère elle-même du sultan n'est pas Arabe, mais

Circassienne. Elle fut achetée sur le marché de Constantinople par un

marchand d'esclaves marocain et offerte gracieusement au père du sultan

actuel.»

(_Le Matin_, numéro du 14 janvier 1906.)

* * * * *

Le correspondant du journal français aurait pu ajouter que l'aïeul du

sultan régnant avait consacré comme épouse favorite une Française,

Jeanne Lanternier, dont on vient de lire les aventures romanesques.

Il y avait donc un précédent plus moderne à opposer aux allégations

contestables des écrivains allemands attachés à la politique mondiale.

* * * * *

_Lettre de M. Victor Waille, professeur à l'École des lettres et à

l'École nationale des beaux-arts d'Alger._

Alger, 12 novembre 1905.

Mon cher ami,

L'_Annuaire_ n'indique pas de vignerons du nom de _Lanternier_ à

Dely-Ibrahim. Les dossiers du Gouvernement Général, relatifs aux colons

qui ont obtenu des concessions, sont également muets en ce qui concerne

notre compatriote, dont la descendance dans ce pays est, sans doute,

éteinte. Quant à sa fille, qui était, paraît-il, fort belle, elle fut

enlevée, non par des pirates, mais par les réguliers d'Abd-el-Kader

(sur le cimetière de Dely-Ibrahim) et conduite à Nedroma, puis offerte

par l'émir au jeune sultan du Maroc (alors prince impérial). Joli

cadeau à faire à un jeune homme, à l'occasion du jour de l'an! Ci-joint

l'extrait qu'un de mes amis a bien voulu copier dans un livre datant

de 1837...

Bien à toi.

Victor WAILLE.

Ce livre ne faisait que reproduire les articles de _la Presse_ de 1848,

cités par nous.

* * * * *

_Lettre du maire de Châtelay, commune natale de Jeanne Lanternier._

Châtelay (Jura), le 17 décembre 1899.

Monsieur Noël Amaudru,

En réponse à votre lettre du 12 décembre courant, je vous fais

connaître qu'on ne sait pas plus à Châtelay qu'ailleurs si jamais notre

commune a fourni une impératrice du Maroc.

Quoi qu'il en soit, ce qu'il y a de certain, une famille de Châtelay,

en 1833, du nom de _Lanternier_, est allée habiter l'Algérie, lors de

la colonisation. Quelques années plus tard, cette famille, travaillant

dans les champs, a été capturée par les Bédouins (?) et on ne sait ce

qu'elle est devenue.

La personne dont vous parlez comme impératrice, enfant de cette

famille, est née en 1820. La maison natale n'existe plus.

Le dernier frère du père Lanternier est décédé il y a deux ou trois

ans. Il n'était pas plus renseigné que nous sur la situation.

Veuillez bien agréer, monsieur, les respects de votre très humble

serviteur.

_Le maire du Châtelay_,

Sultane française au Maroc · 第 32 / 48 题