Le courant du Kamtchatka.
On peut facilement imaginer l'accueil qui fut fait à la jeune
Kalumah par les habitants du fort. Pour eux, c'était comme si le
lien rompu avec le reste du monde se renouait. Mrs. Mac Nap, Mrs.
Raë et Mrs. Joliffe lui prodiguèrent leurs caresses. Kalumah,
ayant tout d'abord aperçu le petit enfant, courut à lui et le
couvrit de ses baisers.
La jeune Esquimaude fut vraiment touchée des hospitalières façons
de ses amis d'Europe. Ce fut à qui lui ferait fête. On fut
enchanté de savoir qu'elle passerait tout l'hiver à la factorerie,
car l'année, trop avancée déjà, ne lui permettait pas de retourner
aux établissements de la Nouvelle-Georgie.
Mais si les habitants du Fort-Espérance se montrèrent très
agréablement surpris par l'arrivée de la jeune indigène, que dut
penser Jasper Hobson, quand il vit apparaître Kalumah au bras de
Mrs. Paulina Barnett? Il ne put en croire ses yeux. Une pensée
subite, qui ne dura que le temps d'un éclair, traversa son esprit,
-- la pensée que l'île Victoria, sans qu'on s'en fût aperçu, et en
dépit des relèvements quotidiens, avait atterri sur un point du
continent.
Mrs. Paulina Barnett lut dans les yeux du lieutenant Hobson cette
invraisemblable hypothèse, et elle secoua négativement la tête.
Jasper Hobson comprit que la situation n'avait aucunement changé,
et il attendit que Mrs. Paulina Barnett lui donnât l'explication
de la présence de Kalumah.
Quelques instants plus tard, Jasper Hobson et la voyageuse se
promenaient au pied du cap Bathurst, et le lieutenant écoutait
avidement le récit des aventures de Kalumah.
Ainsi donc, toutes les suppositions de Jasper Hobson s'étaient
réalisées! Pendant la tempête, cet ouragan, qui chassait du nord-
est, avait rejeté l'île errante hors du courant! Dans cette
horrible nuit du 30 au 31 août, l'icefield s'était rapproché à
moins d'un mille du continent américain! Ce n'était point le feu
d'un navire, ce n'était point le cri d'un naufragé qui frappèrent
à la fois les yeux et les oreilles de Jasper Hobson! La terre
était là, tout près, et, si le vent eût soufflé une heure de plus
dans cette direction, l'île Victoria eût heurté le littoral de
l'Amérique russe!
Et, à ce moment, une saute de vent, fatale, funeste, avait
repoussé l'île au large de la côte! L'irrésistible courant l'avait
reprise dans ses eaux, et, depuis lors, avec une vitesse excessive
que rien ne pouvait enrayer, poussée par ces violentes brises du
sud-est, elle avait dérivé jusqu'à ce point dangereux, situé entre
deux attractions contraires, qui toutes deux pouvaient amener sa
perte et celle des infortunés qu'elle entraînait avec elle!
Pour la centième fois, le lieutenant et Mrs. Paulina Barnett
s'entretinrent de ces choses. Puis, Jasper Hobson demanda si des
modifications importantes du territoire s'étaient produites entre
le cap Bathurst et la baie des Morses.
Mrs. Paulina Barnett répondit qu'en certaines parties le niveau du
littoral semblait s'être abaissé et que les lames couraient là où
naguère le sol était au-dessus de leur atteinte. Elle raconta
aussi l'incident du cap Esquimau, et fit connaître la rupture
importante qui s'était produite en cette portion du rivage.
Rien n'était moins rassurant. Il était évident que l'icefield,
base de l'île, se dissolvait peu à peu, que les eaux relativement
plus chaudes en rongeaient la surface inférieure. Ce qui s'était
passé au cap Esquimau pouvait à chaque instant se produire au cap
Bathurst. Les maisons de la factorerie pouvaient à chaque heure de
la nuit ou du jour s'engouffrer dans un abîme, et le seul remède à
cette situation, c'était l'hiver, cet hiver avec toutes ses
rigueurs, cet hiver qui tardait tant à venir!
Le lendemain, 4 septembre, une observation faite par le lieutenant
Hobson démontra que la position de l'île Victoria ne s'était pas
sensiblement modifiée depuis la veille. Elle demeurait immobile
entre les deux courants contraires, et, en somme, c'était
maintenant la circonstance la plus heureuse qui pût se présenter.
«Que le froid nous saisisse ainsi, que la banquise nous arrête,
dit Jasper Hobson, que la mer se solidifie autour de nous, et je
regarderai notre salut comme assuré! Nous ne sommes pas à deux
cents milles de la côte en ce moment, et, en s'aventurant sur les
icefields durcis, il sera possible d'atteindre soit l'Amérique
russe, soit les rivages de l'Asie. Mais l'hiver, l'hiver à tout
prix et en toute hâte!»
Cependant, et d'après les ordres du lieutenant, les derniers
préparatifs de l'hivernage s'achevaient. On s'occupait de pourvoir
à la nourriture des animaux domestiques pour tout le temps que
durerait la longue nuit polaire. Les chiens étaient en bonne santé
et s'engraissaient à ne rien faire, mais on ne pouvait trop en
prendre soin, car les pauvres bêtes auraient terriblement à
travailler, lorsqu'on abandonnerait le Fort-Espérance pour gagner
le continent à travers le champ de glace. Il importait donc de les
maintenir dans un parfait état de vigueur. Aussi la viande
saignante, et principalement la chair de ces rennes qui se
laissaient tuer aux environs de la factorerie, ne leur fut-elle
point ménagée.
Quant aux rennes domestiques, ils prospéraient. Leur étable était
convenablement installée, et une récolte considérable de mousses
avait été emménagée à leur intention dans les magasins du fort.
Les femelles fournissaient un lait abondant à Mrs. Joliffe, qui
l'employait journellement dans ses préparations culinaires.
Le caporal et sa petite femme avaient aussi refait leurs
semailles, qui avaient si bien réussi pendant la saison chaude. Le
terrain avait été préparé avant les neiges pour les plants
d'oseille, de cochléarias et du thé du Labrador. Ces précieux
antiscorbutiques ne devaient pas manquer à la colonie.
Quant au bois, il remplissait les hangars jusqu'au faîtage.
L'hiver rude et glacial pouvait maintenant venir et la colonne de
mercure geler dans la cuvette du thermomètre, sans qu'on fût
réduit, comme à l'époque des derniers grands froids, à brûler le
mobilier de la maison. Le charpentier Mac Nap et ses hommes
avaient pris leurs mesures en conséquence, et les débris provenant
du bateau en construction fournirent même un notable surcroît de
combustible.
Vers cette époque, on prit déjà quelques animaux qui avaient
revêtu leur fourrure hivernale, des martres, des visons, des
renards bleus, des hermines. Marbre et Sabine avaient obtenu du
lieutenant l'autorisation d'établir quelques trappes aux abords de
l'enceinte. Jasper Hobson n'avait pas cru devoir leur refuser
cette permission, dans la crainte d'exciter la défiance de ses
hommes, car il n'avait aucun prétexte sérieux à faire valoir pour
arrêter l'approvisionnement des pelleteries. Il savait pourtant
bien que c'était une besogne inutile, et que cette destruction
d'animaux précieux et inoffensifs ne profiterait à personne.
Toutefois, la chair de ces rongeurs fut employée à nourrir les
chiens et on économisa ainsi une grande quantité de viande de
rennes.
Tout se préparait donc pour l'hivernage, comme si le Fort-
Espérance eût été établi sur un terrain solide, et les soldats
travaillaient avec un zèle qu'ils n'auraient pas eu, s'ils avaient
été mis dans le secret de la situation.
Pendant les jours suivants, les observations, faites avec le plus
grand soin, n'indiquèrent aucun changement appréciable dans la
position de l'île Victoria. Jasper Hobson, la voyant ainsi
immobile, se reprenait à espérer. Si les symptômes de l'hiver ne
s'étaient encore pas montrés dans la nature inorganique, si la
température se maintenait toujours à quarante-neuf degrés
Fahrenheit, en moyenne (9° centigr. au-dessus de zéro), on avait
signalé quelques cygnes qui, s'enfuyant vers le sud, allaient
chercher des climats plus doux. D'autres oiseaux, grands
volateurs, que les longues traversées au-dessus des mers
n'effrayaient pas, abandonnaient peu à peu les rivages de l'île.
Ils savaient bien que le continent américain ou le continent
asiatique, avec leur température moins âpre, leurs territoires
plus hospitaliers, leurs ressources de toutes sortes, n'étaient
pas loin, et que leurs ailes étaient assez puissantes pour les y
porter. Plusieurs de ces oiseaux furent pris, et, suivant le
conseil de Mrs. Paulina Barnett, le lieutenant leur attacha au cou
un billet en toile gommée, sur lequel étaient inscrits la position
de l'île errante et les noms de ses habitants. Puis on les laissa
prendre leur vol, et ce ne fut pas sans envie qu'on les vit se
diriger vers le sud.
Il va sans dire que cette opération se fit en secret et n'eut
d'autres témoins que Mrs. Paulina Barnett, Madge, Kalumah, Jasper
Hobson et le sergent Long.
Quant aux quadrupèdes emprisonnés dans l'île, ils ne pouvaient
plus aller chercher dans les régions méridionales leurs retraites
accoutumées de l'hiver. Déjà, à cette époque de l'année, après que
les premiers jours de septembre s'étaient écoulés, les rennes, les
lièvres polaires, les loups eux-mêmes, auraient dû abandonner les
environs du cap Bathurst, et se réfugier du côté du lac du Grand-
Ours ou du lac de l'Esclave, bien au-dessous du Cercle polaire.
Mais cette fois, la mer leur opposait une infranchissable
barrière, et ils devaient attendre qu'elle se fût solidifiée par
le froid, afin d'aller retrouver des régions plus habitables. Sans
doute, ces animaux, poussés par leur instinct, avaient essayé de
reprendre les routes du sud, mais, arrêtés au littoral de l'île,
ils étaient, par instinct aussi, revenus aux approches du Fort-
Espérance, près de ces hommes, prisonniers comme eux, près de ces
chasseurs, leurs plus redoutables ennemis d'autrefois.
Le 5, le 6, le 7, le 8 et le 9 septembre, après observation, on ne
constata aucune modification dans la position de l'île Victoria.
Ce vaste remous, situé entre les deux courants, dont elle n'avait
point abandonné les eaux, la tenait stationnaire. Encore quinze
jours, trois semaines au plus de ce _statu quo_, et le lieutenant
Hobson pourrait se croire sauvé.
Mais la mauvaise chance ne s'était pas encore lassée, et bien
d'autres épreuves surhumaines, on peut le dire, attendaient encore
les habitants du Fort-Espérance!
En effet, le 10 septembre, le point constata un déplacement de
l'île Victoria. Ce déplacement, peu rapide jusqu'alors, s'opérait
dans le sens du nord.
Jasper Hobson fut atterré! L'île était définitivement prise par le
courant du Kamtchatka! Elle dérivait du côté de ces parages
inconnus où se forment les banquises! Elle s'en allait vers ces
solitudes de la mer polaire, interdites aux investigations de
l'homme, vers les régions dont on ne revient pas!
Le lieutenant Hobson ne cacha point ce nouveau danger à ceux qui
étaient dans le secret de la situation. Mrs. Paulina Barnett,
Madge, Kalumah, aussi bien que le sergent Long, reçurent ce
nouveau coup avec résignation.
«Peut-être, dit la voyageuse, l'île s'arrêtera-t-elle encore!
Peut-être son mouvement sera-t-il lent! Espérons toujours... et
attendons! L'hiver n'est pas loin, et, d'ailleurs, nous allons au-
devant de lui. En tout cas, que la volonté de Dieu s'accomplisse!
-- Mes amis, demanda le lieutenant Hobson, pensez-vous que je
doive prévenir nos compagnons? Vous voyez dans quelle situation
nous sommes, et ce qui peut nous arriver! N'est-ce pas assumer une
responsabilité trop grande que de leur cacher les périls dont ils
sont menacés?
-- J'attendrais encore, répondit sans hésiter Mrs. Paulina
Barnett. Tant que nous n'avons pas épuisé toutes les chances, il
ne faut pas livrer nos compagnons au désespoir.
-- C'est aussi mon avis», ajouta simplement le sergent Long.
Jasper Hobson pensait ainsi, et il fut heureux de voir son opinion
confirmée dans ce sens.
Le 11 et le 12 septembre, le déplacement vers le nord fut encore
plus accusé. L'île Victoria dérivait avec une vitesse de douze à
treize milles par jour. C'était donc de douze à treize milles
qu'elle s'éloignait de toute terre, en s'élevant dans le nord,
c'est-à-dire en suivant la courbure très sensiblement accusée du
courant du Kamtchatka sur cette haute latitude. Elle n'allait donc
pas tarder à dépasser ce soixante-dixième parallèle qui traversait
autrefois la pointe extrême du cap Bathurst, et au-delà duquel
aucune terre, continentale ou autre, ne se prolongeait dans cette
portion des contrées arctiques.
Jasper Hobson, chaque jour, reportait le point sur sa carte, et il
pouvait voir vers quels abîmes infinis courait l'île errante. La
seule chance, la moins mauvaise, c'était qu'on allait au-devant de
l'hiver, ainsi que l'avait dit Mrs. Paulina Barnett. À dériver
ainsi vers le nord, on rencontrerait plus vite, avec le froid, les
eaux glacées qui devaient peu à peu accroître et consolider
l'icefield. Mais si alors les habitants du Fort-Espérance
pouvaient espérer de ne plus s'engloutir en mer, quel chemin
interminable, impraticable peut-être, ils auraient à faire pour
revenir de ces profondeurs hyperboréennes? Ah! si l'embarcation,
tout imparfaite qu'elle était, eût été prête, le lieutenant Hobson
n'eût pas hésité à s'y embarquer avec tout le personnel de la
colonie; mais, malgré toute la diligence du charpentier, elle
n'était point achevée et ne pouvait l'être avant longtemps, car
Mac Nap était forcé d'apporter tous ses soins à la construction de
ce bateau auquel devait être confiée la vie de vingt personnes, et
cela dans des mers très dangereuses.
Au 16 septembre, l'île Victoria se trouvait de soixante-quinze à
quatre-vingts milles au nord, depuis le point où elle s'était
immobilisée pendant quelques jours entre les deux courants du
Kamtchatka et de la mer de Behring. Mais alors des symptômes plus
fréquents de l'approche de l'hiver se produisirent. La neige tomba
souvent, et parfois en flocons pressés. La colonne mercurielle
s'abaissa peu à peu. La moyenne de la température, pendant le
jour, était encore de quarante-quatre degrés Fahrenheit (6 à 7°
centigr. au-dessus de zéro), mais pendant la nuit elle tombait à
trente-deux degrés (zéro du thermomètre centigrade). Le soleil
traçait une courbe excessivement allongée au-dessus de l'horizon.
À midi, il ne s'élevait plus que de quelques degrés, et il
disparaissait déjà pendant onze heures sur vingt-quatre.
Enfin, dans la nuit du 16 au 17 septembre, les premiers indices de
glace apparurent sur la mer. C'étaient de petits cristaux isolés,
semblables à une sorte de neige, qui faisaient tache à la surface
de l'eau limpide. On pouvait remarquer, suivant une observation
déjà reproduite par le célèbre navigateur Scoresby, que cette
neige avait pour effet immédiat de calmer la houle, ainsi que fait
l'huile que les marins «filent» pour apaiser momentanément les
agitations de la mer. Ces petits glaçons avaient une tendance à se
souder, et ils l'eussent fait certainement en eau calme; mais les
ondulations des lames les brisaient et les séparaient dès qu'ils
formaient une surface un peu considérable.
Jasper Hobson observa avec une extrême attention la première
apparition de ces jeunes glaces. Il savait que vingt-quatre heures
suffisaient pour que la croûte glacée, accrue par sa partie
inférieure, atteignît une épaisseur de deux à trois pouces,
épaisseur qui suffisait déjà à supporter le poids d'un homme. Il
comptait donc que l'île Victoria serait avant peu arrêtée dans son
mouvement vers le nord.
Mais jusqu'alors, le jour défaisait le travail de la nuit, et si
la course de l'île était ralentie pendant les ténèbres par
quelques pièces plus résistantes qui lui faisaient obstacle,
pendant le jour, ces glaces, fondues ou brisées, n'enrayaient plus
sa marche, qu'un courant, remarquablement fort, rendait très
rapide.
Aussi le déplacement vers les régions septentrionales
s'accroissait-il sans que l'on pût rien faire pour l'arrêter.
Au 21 septembre, au moment de l'équinoxe, le jour fut précisément
égal à la nuit, et, à partir de cet instant, les heures de nuit
s'accrurent successivement aux dépens des heures du jour. L'hiver
arrivait visiblement, mais il n'était ni prompt, ni rigoureux. À
cette date, l'île Victoria avait déjà dépassé de près d'un degré
le soixante-dixième parallèle, et, pour la première fois, elle
éprouva un mouvement de rotation sur elle-même que Jasper Hobson
évalua environ à un quart de circonférence.
On conçoit alors quels furent les soucis du lieutenant Hobson.
Cette situation, qu'il avait essayé de cacher jusqu'alors, la
nature menaçait d'en dévoiler le secret, même aux moins
clairvoyants. En effet, par suite de ce mouvement de rotation, les
points cardinaux de l'île étaient changés. Le cap Bathurst ne
pointait plus vers le nord, mais vers l'est. Le soleil, la lune,
les étoiles, ne se levaient plus et ne se couchaient plus sur
l'horizon habituel, et il était impossible que des gens
observateurs, tels que Mac Nap, Raë, Marbre et d'autres, ne
remarquassent pas ce changement qui leur eût tout appris.
Mais, à la grande satisfaction de Jasper Hobson, ces braves
soldats ne parurent s'apercevoir de rien. Le déplacement, par
rapport aux points cardinaux, n'avait pas été considérable, et
l'atmosphère, très souvent embrumée, ne permettait pas de relever
exactement le lever et le coucher des astres.
Mais ce mouvement de rotation parut coïncider avec un mouvement de
translation plus rapide encore. Depuis ce jour, l'île Victoria
dériva avec une vitesse de près d'un mille à l'heure. Elle
remontait toujours vers les latitudes élevées, s'éloignant de
toute terre. Jasper Hobson ne se laissait pas aller au désespoir,
car il n'était pas dans son caractère de désespérer, mais il se
sentait perdu, et il demandait l'hiver, c'est-à-dire le froid à
tout prix.
Cependant, la température s'abaissa encore. Une neige abondante
tomba pendant les journées des 23 et 24 septembre, et, s'ajoutant
à la surface des glaçons que le froid cimentait déjà, elle accrut
leur épaisseur. L'immense plaine de glace se formait peu à peu.
L'île, en marchant, la brisait bien encore, mais sa résistance
augmentait d'heure en heure. La mer se prenait tout autour et
jusqu'au-delà des limites du regard.
Enfin, l'observation du 27 septembre prouva que l'île Victoria,
emprisonnée dans un immense icefield, était immobile depuis la
veille! Immobile par 177°22' de longitude et 77°57' de latitude, -
- à plus de six cents milles de tout continent!