Où l'on est.
La situation nouvelle, imprévue, créée aux agents de la Compagnie,
voulait être étudiée avec le plus grand soin, et c'est ce que
Jasper Hobson avait hâte de faire, la carte sous les yeux. Mais il
fallait nécessairement attendre au lendemain, afin de relever la
position en longitude de l'île Victoria -- c'est le nom qui lui
fut conservé --, comme elle venait de l'être en latitude. Pour
faire ce calcul, il était nécessaire de prendre deux hauteurs du
soleil, avant et après midi, et de mesurer deux angles horaires.
À deux heures du soir, le lieutenant Hobson et Thomas Black
relevèrent au sextant l'élévation du soleil au-dessus de
l'horizon. Le lendemain, ils comptaient, vers dix heures du matin,
recommencer la même opération, afin de déduire des deux hauteurs
la longitude du point alors occupé par l'île sur l'Océan polaire.
Mais ils ne redescendirent pas immédiatement au fort, et la
conversation continua assez longtemps entre Jasper Hobson,
l'astronome, le sergent, Mrs. Paulina Barnett et Madge. Cette
dernière ne songeait guère à elle, étant toute résignée aux
volontés de la Providence. Quant à sa maîtresse, sa «fille
Paulina», elle ne pouvait la regarder sans émotion, songeant aux
épreuves et peut-être aux catastrophes que l'avenir lui réservait.
Madge était prête à donner sa vie pour Paulina, mais ce sacrifice
sauverait-il celle qu'elle aimait plus que tout au monde? En tout
cas, elle le savait, Mrs. Paulina Barnett n'était pas femme à se
laisser abattre. Cette âme vaillante envisageait déjà l'avenir
sans terreur, et, il faut le dire, elle n'aurait encore eu aucune
raison de désespérer.
En effet, il n'y avait pas péril imminent pour les habitants du
Fort-Espérance, et même tout portait à croire qu'une catastrophe
suprême serait conjurée. C'est ce que Jasper Hobson expliqua
clairement à ses compagnons.
Deux dangers menaçaient l'île flottante, au large du continent
américain, deux seulement:
Ou elle serait entraînée par les courants de la mer libre jusqu'à
ces hautes latitudes polaires, d'où l'on ne revient pas.
Ou les courants l'emporteraient au sud, peut-être à travers le
détroit de Behring, et jusque dans l'océan Pacifique.
Dans le premier cas, les hiverneurs, pris par les glaces, barrés
par l'infranchissable banquise, n'ayant plus aucune communication
possible avec leurs semblables, périraient de froid ou de faim
dans les solitudes hyperboréennes.
Dans le second cas, l'île Victoria, repoussée par les courants
jusque dans les eaux plus chaudes du Pacifique, fondrait peu à peu
par sa base et s'abîmerait sous les pieds de ses habitants.
Dans cette double hypothèse, c'était la perte inévitable du
lieutenant Jasper Hobson, de tous ses compagnons et de la
factorerie élevée au prix de tant de fatigues.
Mais ces deux cas se présenteraient-ils l'un ou l'autre? Non. Ce
n'était pas probable.
En effet, la saison d'été était fort avancée. Avant trois mois, la
mer serait solidifiée sous les premiers froids du pôle. Le champ
de glace s'établirait sur toute la mer, et, au moyen des
traîneaux, on pourrait gagner la terre la plus rapprochée, soit
l'Amérique russe, si l'île s'était maintenue dans l'est, soit la
côte d'Asie, si, au contraire, elle avait été repoussée dans
l'ouest.
«Car, ajoutait Jasper Hobson, nous ne sommes aucunement maîtres de
notre île flottante. N'ayant point de voile à hisser comme sur un
navire, nous ne pouvons lui imprimer une direction. Où elle nous
mènera, nous irons.»
L'argumentation du lieutenant Hobson, très claire, très nette, fut
admise sans contestation. Il était certain que les grands froids
de l'hiver souderaient au vaste icefield l'île Victoria, et il
était présumable même qu'elle ne dériverait ni trop au nord ni
trop au sud. Or, quelques cents milles à franchir sur les champs
de glace n'étaient pas pour embarrasser ces hommes courageux et
résolus, habitués aux climats polaires et aux longues excursions
des contrées arctiques. Ce serait, il est vrai, abandonner ce
Fort-Espérance, objet de tous leurs soins, ce serait perdre le
bénéfice de tant de travaux menés à bonne fin, mais qu'y faire? La
factorerie, établie sur ce sol mouvant, ne devait plus rendre
aucun service à la Compagnie de la baie d'Hudson. D'ailleurs, un
jour ou l'autre, tôt ou tard, un effondrement de l'île
l'entraînerait au fond de l'Océan. Il fallait donc l'abandonner,
dès que les circonstances le permettraient.
La seule chance défavorable -- et le lieutenant insista
particulièrement sur ce point --, c'était que pendant huit à neuf
semaines encore, avant la solidification de la mer Arctique, l'île
Victoria fût entraînée trop au nord ou trop au sud. Et l'on voit,
en effet, dans les récits des hiverneurs, des exemples de dérives
qui se sont accomplies sur un très long espace et sans qu'on ait
pu les enrayer.
Tout dépendait donc des courants inconnus qui s'établissaient à
l'ouvert du détroit de Behring, et il importait de relever avec
soin leur direction sur la carte de l'océan Arctique. Jasper
Hobson possédait une de ces cartes, et il pria Mrs. Paulina
Barnett, Madge, l'astronome et le sergent de le suivre dans sa
chambre; mais avant de quitter le sommet du cap Bathurst, il leur
recommanda encore une fois le secret le plus absolu sur la
situation actuelle.
«La situation n'est pas désespérée, tant s'en faut, ajouta-t-il,
et, par conséquent, je trouve inutile de jeter le trouble dans
l'esprit de nos compagnons, qui ne feraient peut-être pas comme
nous la part des bonnes et des mauvaises chances.
-- Cependant, fit observer Mrs. Paulina Barnett, ne serait-il pas
prudent de construire dès maintenant une embarcation assez grande
pour nous contenir tous, et qui pût tenir la mer pendant une
traversée de quelques centaines de milles?
-- Cela sera prudent, en effet, répondit le lieutenant Hobson, et
nous le ferons. J'imaginerai quelque prétexte pour commencer ce
travail sans retard, et je donnerai des ordres en conséquence au
maître charpentier pour qu'il procède à la construction d'une
embarcation solide. Mais, pour moi, ce mode de rapatriement ne
devra être qu'un pis aller. L'important, c'est d'éviter de se
trouver sur l'île au moment de la dislocation des glaces, et nous
devrons tout faire pour gagner à pied le continent, dès que
l'Océan aura été solidifié par l'hiver.»
C'était, en effet, la meilleure façon de procéder. Il fallait au
moins trois mois pour qu'une embarcation de trente à trente-cinq
tonneaux fût construite, et, à ce moment, on ne pourrait s'en
servir, puisque la mer ne serait plus libre. Mais si alors le
lieutenant pouvait rapatrier la petite colonie en la guidant à
travers le champ de glace jusqu'au continent, ce serait un heureux
dénouement de la situation, car embarquer tout son monde à
l'époque de la débâcle serait un expédient fort périlleux. C'était
donc avec raison que Jasper Hobson regardait ce bateau projeté
comme un pis aller, et son opinion fut partagée de tous.
Le secret fut de nouveau promis au lieutenant Hobson, qui était le
meilleur juge de la question; et quelques minutes plus tard, après
avoir quitté le cap Bathurst, les deux femmes et les trois hommes
s'attablaient dans la grande salle du Fort-Espérance, salle alors
inoccupée, car chacun vaquait aux travaux du dehors.
Une excellente carte des courants atmosphériques et océaniques fut
apportée par le lieutenant, et l'on procéda à un examen minutieux
de cette portion de la mer Glaciale qui s'étend depuis le cap
Bathurst jusqu'au détroit de Behring.
Deux courants principaux divisent ces parages dangereux compris
entre le Cercle polaire et cette zone peu connue, appelée «passage
du nord-ouest», depuis l'audacieuse découverte de Mac Clure, -- du
moins les observations hydrographiques n'en désignent pas
d'autres.
L'un porte le nom de courant du Kamtchatka. Après avoir pris
naissance au large de la presqu'île de ce nom, il suit la côte
asiatique et traverse le détroit de Behring en touchant le cap
Oriental, pointe avancée du pays des Tchouktchis. Sa direction
générale du sud au nord s'infléchit brusquement à six cents milles
environ au-delà du détroit, et il se développe franchement vers
l'est, à peu près suivant le parallèle du passage de Mac Clure,
qu'il tend sans doute à rendre praticable pendant les quelques
mois de la saison chaude.
L'autre courant, nommé courant de Behring, se dirige en sens
contraire. Après avoir prolongé la côte américaine de l'est à
l'ouest et à cent milles au plus du littoral, il va, pour ainsi
dire, heurter le courant du Kamtchatka, à l'ouvert du détroit,
puis, descendant au sud et se rapprochant des rivages de
l'Amérique russe, il finit par se briser à travers la mer de
Behring sur cette espèce de digue circulaire des îles
Aléoutiennes.
Cette carte donnait fort exactement le résumé des observations
nautiques les plus récentes. On pouvait donc s'y fier.
Jasper Hobson l'examina attentivement avant de se prononcer. Puis,
après avoir passé la main sur son front, comme s'il eût voulu
chasser quelque fâcheux pressentiment:
«Il faut espérer, mes amis, dit-il, que la fatalité ne nous
entraînera pas jusqu'à ces lointains parages. Notre île errante
courrait le risque de n'en plus jamais sortir.
-- Et pourquoi, monsieur Hobson? demanda vivement Mrs. Paulina
Barnett.
-- Pourquoi, madame? répondit le lieutenant. Regardez bien cette
portion de l'océan Arctique, et vous allez facilement le
comprendre. Deux courants, dangereux pour nous, y coulent en sens
inverse. Au point où ils se rencontrent, l'île serait forcément
immobilisée, et à une grande distance de toute terre. En ce point
précis, elle hivernerait pendant la mauvaise saison, et quand la
débâcle des glaces se produirait, ou elle suivrait le courant du
Kamtchatka jusqu'au milieu des contrées perdues du nord-ouest, ou
elle subirait l'influence du courant de Behring et irait s'abîmer
dans les profondeurs du Pacifique.
-- Cela n'arrivera pas, monsieur le lieutenant, dit Madge avec
l'accent d'une foi sincère, Dieu ne le permettra pas.
-- Mais, reprit Mrs. Paulina Barnett, je ne puis imaginer sur
quelle partie de la mer polaire nous flottons en ce moment, car je
ne vois au large du cap Bathurst que ce dangereux courant du
Kamtchatka qui porte directement vers le nord-ouest. N'est-il pas
à craindre qu'il ne nous ait saisis dans son cours, et que nous ne
fassions route vers les terres de la Géorgie septentrionale?
-- Je ne le pense pas, répondit Jasper Hobson, après un moment de
réflexion.
-- Pourquoi n'en serait-il pas ainsi?
-- Parce que ce courant est rapide, madame, et que depuis trois
mois, si nous l'avions suivi, nous aurions quelque côte en vue, --
ce qui n'est pas.
-- Où supposez-vous que nous nous trouvions alors? demanda la
voyageuse.
-- Mais sans doute, répondit Jasper Hobson, entre ce courant du
Kamtchatka et le littoral, probablement dans une sorte de vaste
remous qui doit exister sur la côte.
-- Cela ne peut être, monsieur Hobson, répondit vivement Mrs.
Paulina Barnett.
-- Cela ne peut être? répéta le lieutenant. Et pour quelle raison,
madame?
-- Parce que l'île Victoria, prise dans un remous, et, par
conséquent, sans direction fixe, eût certainement obéi à un
mouvement de rotation quelconque. Or, puisque son orientation n'a
pas changé depuis trois mois, c'est que cela n'est pas.
-- Vous avez raison, madame, répondit Jasper Hobson. Vous
comprenez parfaitement ces choses et je n'ai rien à répondre à
votre observation, -- à moins toutefois qu'il n'existe quelque
courant inconnu qui ne soit point encore porté sur cette carte.
Vraiment, cette incertitude est affreuse. Je voudrais être à
demain pour être définitivement fixé sur la situation de l'île.
-- Demain arrivera», répondit Madge.
Il n'y avait donc plus qu'à attendre. On se sépara. Chacun reprit
ses occupations habituelles. Le sergent Long prévint ses
compagnons que le départ pour le Fort-Reliance, fixé au lendemain,
n'aurait pas lieu. Il leur donna pour raison que, toute réflexion
faite, la saison était trop avancée pour permettre d'atteindre la
factorerie avant les grands froids, que l'astronome se décidait à
subir un nouvel hivernage, afin de compléter ses observations
météorologiques, que le ravitaillement du Fort-Espérance n'était
pas indispensable, etc., -- toutes choses dont ces braves gens se
préoccupaient peu.
Une recommandation spéciale fut faite aux chasseurs par le
lieutenant Hobson, la recommandation d'épargner désormais les
animaux à fourrures, dont il n'avait que faire, mais de se
rabattre sur le gibier comestible, afin de renouveler les réserves
de la factorerie. Il leur défendit aussi de s'éloigner du fort de
plus de deux milles, ne voulant pas que Marbre, Sabine ou autres
chasseurs se trouvassent inopinément en face d'un horizon de mer,
là où se développait, il y a quelques mois, l'isthme qui
réunissait la presqu'île Victoria au continent américain. Cette
disparition de l'étroite langue de terre eût, en effet, dévoilé la
situation.
Cette journée parut interminable au lieutenant Hobson. Il retourna
plusieurs fois au sommet du cap Bathurst, seul ou accompagné de
Mrs. Paulina Barnett. La voyageuse, âme vigoureusement trempée, ne
s'effrayait aucunement. L'avenir ne lui paraissait pas redoutable.
Elle plaisanta même en disant à Jasper Hobson que cette île
errante, qui les portait alors, était peut-être le vrai véhicule
pour aller au pôle Nord! Avec un courant favorable, pourquoi
n'atteindrait-on pas cet inaccessible point du globe?
Le lieutenant Hobson hochait la tête en écoutant sa compagne
développer cette théorie, mais ses yeux ne quittaient point
l'horizon et cherchaient si quelque terre, connue ou inconnue,
n'apparaîtrait pas au loin. Mais le ciel et l'eau se confondaient
inséparablement sur une ligne circulaire dont rien ne troublait la
netteté, -- ce qui confirmait Jasper Hobson dans cette pensée que
l'île Victoria dérivait plutôt vers l'ouest qu'en toute autre
direction.
«Monsieur Hobson, lui demanda Mrs. Paulina Barnett, est-ce que
vous n'avez pas l'intention de faire le tour de notre île, et cela
le plus tôt possible?
-- Si vraiment, madame, répondit le lieutenant Hobson. Dès que
j'aurai relevé sa situation, je compte en reconnaître la forme et
l'étendue. C'est une mesure indispensable pour apprécier dans
l'avenir les modifications qui se produiraient. Mais il y a toute
apparence qu'elle s'est rompue à l'isthme même, et que, par
conséquent, la presqu'île tout entière s'est transformée en île
par cette rupture.
-- Singulière destinée que la nôtre, monsieur Hobson! reprit Mrs.
Paulina Barnett. D'autres reviennent de leurs voyages, après avoir
ajouté quelques nouvelles terres au contingent géographique! Nous,
au contraire, nous l'aurons amoindri, en rayant de la carte cette
prétendue presqu'île Victoria!»
Le lendemain, 18 juillet, à dix heures du matin, par un ciel pur,
Jasper Hobson prit une bonne hauteur du soleil. Puis, chiffrant ce
résultat et celui de l'observation de la veille, il détermina
mathématiquement la longitude du lieu.
Pendant l'opération, l'astronome n'avait pas même paru. Il boudait
dans sa chambre, -- comme un grand enfant qu'il était, d'ailleurs,
en dehors de la vie scientifique.
L'île se trouvait alors par 157°37' de longitude, à l'ouest du
méridien de Greenwich.
La latitude obtenue la veille, au midi qui suivit l'éclipse,
était, on le sait, de 73°7'20".
Le point fut reporté sur la carte, en présence de Mrs. Paulina
Barnett et du sergent Long.
Il y eut là un moment d'extrême anxiété, et voici quel fut le
résultat du pointage.
En ce moment, l'île errante se trouvait reportée dans l'ouest,
ainsi que l'avait prévu le lieutenant Hobson, mais un courant non
marqué sur la carte, un courant inconnu des hydrographes de ces
côtes, l'entraînait évidemment vers le détroit de Behring. Tous
les dangers pressentis par Jasper Hobson étaient donc à craindre,
si, avant l'hiver, l'île Victoria n'était pas ramenée au littoral.
«Mais à quelle distance exacte sommes-nous du continent américain?
demanda la voyageuse. Voilà, pour l'instant, quelle est la
question intéressante.»
Jasper Hobson prit son compas et mesura avec soin la plus étroite
portion de mer, laissée sur la carte entre le littoral et le
soixante treizième parallèle.
«Nous sommes actuellement à plus de deux cent cinquante milles de
cette extrémité nord de l'Amérique russe, formée par la pointe
Barrow, répondit-il.
-- Il faudrait savoir alors de combien de milles l'île a dérivé
depuis la position occupée autrefois par le cap Bathurst? demanda
le sergent Long.
-- De sept cents milles au moins, répondit Jasper Hobson, après
avoir à nouveau consulté la carte.
-- Et à quelle époque, à peu près, peut-on admettre que la dérive
ait commencé?
-- Sans doute vers la fin d'avril, répondit le lieutenant Hobson.
À cette époque, en effet, l'icefield s'est désagrégé, et les
glaçons que le soleil ne fondait pas ont été entraînés vers le
nord. On peut donc admettre que l'île Victoria, sollicitée par ce
courant parallèle au littoral, dérive vers l'ouest depuis trois
mois environ, ce qui donnerait une moyenne de neuf à dix milles
par jour.
-- Mais n'est-ce point une vitesse considérable? demanda Mrs.
Paulina Barnett.
-- Considérable en effet, répondit Jasper Hobson, et vous jugez
jusqu'où nous pouvons être entraînés pendant les deux mois d'été
qui laisseront libre encore cette portion de l'océan Arctique!»
Le lieutenant, Mrs. Paulina Barnett et le sergent Long demeurèrent
silencieux pendant quelques instants. Leurs yeux ne quittaient pas
la carte de ces régions polaires qui se défendent si obstinément
contre les investigations de l'homme, et vers lesquelles ils se
sentaient irrésistiblement emportés!
«Ainsi, dans cette situation, nous n'avons rien à faire, rien à
tenter? demanda la voyageuse.
-- Rien, madame, répondit le lieutenant Hobson, rien. Il faut
attendre, il faut appeler de tous nos voeux cet hiver arctique, si
généralement, si justement redouté des navigateurs, et qui seul
peut nous sauver. L'hiver, c'est la glace, madame, et la glace,
c'est notre ancre de salut, notre ancre de miséricorde, la seule
qui puisse arrêter la marche de l'île errante.»