18 mars.

Le vent fait rage, la neige tourbillonne, et dans cette nappe immaculée

qui s’étend à perte du regard, je m’effraie de voir mon pauvre voyageur

se hasarder.

Par instants, il me semble que cet aspect est une image de ma vie: tout

unie et toujours pareille, et n’attendant, comme les champs, qu’une

marque de pas!... Puis j’oublie les analogies pour ne plus penser qu’au

moment présent, au côté pratique.

Entre les deux talus, verra-t-il seulement sa route, et si, comme moi,

l’autre jour, le pied lui manque inopinément au bord de quelque fossé,

qui viendra m’en avertir?

Si j’en avais encore le temps, je chercherais quelque autre saint, et je

le prierais d’illuminer son chemin d’un rayon de soleil pour faire sa

venue moins rude.

Mais ce serait du doute, mon saint à moi s’en fâcherait peut-être, et je

remets tout entre ses mains, décidément!...

La neuvaine de Colette · 第 23 / 48 题