Contemporaneamente Crispi agiva a Londra. Lord Salisbury cominciò con
esprimere incredulità circa l'esistenza della convenzione.
«Egli non vedeva — così riferiva il Tornielli — come si potrebbe
conoscere la verità intorno all'esistenza della convenzione del 9
luglio, poichè la Francia certamente non la notificherebbe e il Bey
neppure.»
Dopo qualche giorno, il Salisbury avvertiva di non aver potuto
raccogliere le prove del preteso trattato di cessione della Tunisia alla
Francia, però qualche indizio faceva credere che un atto fosse stato
firmato fra il Bey regnante e il Governo francese per assicurare alla
morte del Bey, la successione; e conveniva
«che se le notizie giunte a Roma fossero sufficientemente appoggiate
da prove, il fatto sarebbe certamente di tale gravità da richiedere
che i gabinetti amici dell'Italia s'intendessero per vedere quali
pratiche dovessero farsi.»
Ma Crispi non contentandosi delle risposte date all'Ambasciatore,
scrisse a lord Salisbury la seguente lettera:
Rome, le 23 juillet 1890.
_Mon cher lord Salisbury_,
Votre Excellence recevra cette lettre des mains du commandeur
Catalani, qui vous ouvrira toute ma pensée au sujet de la question
tunisienne, question dont la solution est d'un si grand intérêt pour
l'Italie et pour la Grande Bretagne.
La France est depuis neuf ans en Tunisie. Il serait impossible de
l'en déloger et sa ferme intention est manifestement d'y rester
maîtresse et en toute sécurité.
Sans donner suite aux nouvelles contradictoires reçues de Tunis et
voulant même prêter fois au démenti de M. Ribot, j'ai la conviction
que, tôt ou tard, la France saura acquérir la plénitude de la
souveraineté de ce pays.
En attendant il ne faut pas oublier, que jusqu'au 6 avril 1881,
c'est-à-dire un mois environ avant le traité du Bardo, M. Barthélemy
Saint-Hilaire déclarait au Général Cialdini que le gouvernement
français ne pensait aucunement à une occupation militaire permanente
et moins encore à l'annexion de la Tunisie.
Si ce changement de domination en Tunisie venait d'avoir lieu sans
opposition et à notre insu, la Tripolitaine ne tarderait pas à avoir
son tour. Le Gouvernement de la République tend à occuper cette
région, comme le prouvent surabondamment ses empiétements continuels
sur la frontière.
Il arriverait alors que du Maroc à l'Egypte une seule puissance
dominerait l'Afrique du nord, et que de cette puissance dépendrait
la liberté de la Méditerranée. L'Italie, pour ce qui la concerne,
serait sous la menace incessante de la France; Malte et l'Egypte ne
seraient pour la Grande Bretagne une garantie suffisante.
En présence de tels dangers, il faut se préparer et prévenir
l'exécution des desseins de la France.
La Tunisie ne pouvant être rendue à elle même, et puisque on ne peut
empêcher le Protectorat de devenir un jour ou l'autre une
souveraineté, il serait nécessaire de se premunir contre une
occupation possible de la Tripolitaine de la part de la France en
l'occupant avant elle.
Si nous avions la Tripolitaine, Biserta ne serait plus une menace
pour l'Italie, ni pour la Grande Bretagne.
Nous sommes vos alliés nécessaires; et notre union vous garantirait
la domination de Malte et de l'Egypte. Grâce à elle, l'Italie
n'aurait plus à craindre qu'une double expédition militaire pût
simultanément être dirigée contre elle de Biserta et de Toulon.
Je prie Votre Excellence de peser ces considérations et d'agir de
concert avec le Gouvernement que j'ai l'honneur de présider. Il
s'agit de notre salut et de votre grandeur dans la Mediterranée.
Je saisis cette occasion pour offrir à Votre Excellence les
assurances de ma très haute considération.