_(A SICHEL)_. «... un grand réconfort dans ce témoignage de l'estime et
de la confiance que Sa Majesté n'a cessé de montrer...»
_(A LUMÎR)_: ci. . . . . . . . . . . . . . 1.000 fr.
100 journées d'ouvriers à 2 fr. 50, ci 250 fr.
Note Laparra . . . . . . . . . . . . . 380 fr.
Frais divers . . . . . . . . . . . . . Mémoire.
_(A SICHEL)_. «... à mon père».
_(A LUMÎR)_. Faites le total.
LUMÎR--Vous avez tort de laisser tant d'argent à Keller. Il va tout
boire.
LOUIS--Eh bien, qu'il boive à ma santé! On ne perd pas son père tous
les jours!--ça va, Monsieur Mortdefroid?
MORTDEFROID--Ce n'est pas facile de s'y retrouver.
LOUIS--Pardon de vous avoir fait venir de si bonne heure, mais je
n'aime pas que les choses traînent. Et le corps est levé à dix heures
et demie sans faute, on va sonner à l'église dans un moment.
A vos pièces, Sichel!
«Veuillez agréer personnellement, Monsieur le Secrétaire, l'expression
de ma haute considération et vous faire l'interprète auprès de sa
Majesté...»
_(A LUMÎR)_. «Et quant à ce petit Maltais qui nous embête...»
_(A SICHEL)_--«... Des sentiments de reconnaissance, de dévouement et
de profond respect avec lesquels je suis...» A la ligne, une ligne de
blanc.
_(A LUMÎR)_. «... Si tu ne parviens pas à m'en débarrasser avant mon
retour...»
_(A SICHEL)_. «... De Sa Majesté».
SICHEL--Cela fait deux fois Majesté.
LOUIS--Eh bien, ça lui fera plaisir!
_(Il envoie un baiser au portrait du Roi Louis-Philippe)._
_(A SICHEL)_. «... De Sa Majesté...» deux lignes de blanc, en lettres
plus petites...
_(A LUMÎR)_. «... Tu es un porc».
_(A SICHEL)_. «... Le très humble et très obéissant serviteur».
_(A LUMÎR)_. «... Mon père est mort, j'ai l'argent pour l'échéance. Je
serai là le 20.» Relisez.
Eh bien, Monsieur Mortdefroid?
MORTDEFROID--Ce que je vois n'est pas fameux, mais ce n'est vraiment
pas facile de s'y reconnaitre.
Le défunt Comte avait la manie, des affaires et de la spéculation,
auxquelles il ne s'entendait mie,
Défiant comme un vieillard, simple et plein de foi comme un petit
enfant,
Tendant de toutes parts des fils où il s'empêtrait. Un vrai militaire!
Et cette crise qui se déclare à la Bourse!
LOUIS, _nasillard et bouffonnant_.--De sorte que si nous mettons d'un
côté cette quittance et décharge générale de toutes les obligations,
dettes, avals, participations, garanties et engagements quelconques,
Que mon père, le jour de sa mort, a reçus du père de Mademoiselle...
SICHEL--Plus cette somme de 20.000 francs en argent liquide que mon
père lui avait versée.
LOUIS--... Que j'ai trouvée sur lui et dont je me suis permis de
m'emparer, en ayant grand besoin.
MORTDEFROID--... Si, disons-nous, nous mettons d'un côté cette
quittance... C'était une bonne pensée de sa part, pauvre comte! une
espèce de pressentiment de sa fin. Le jour même de sa mort! Il voulait
laisser une situation nette.
LOUIS--Si, d'autre part, nous faisons état de cette reconnaissance
forfaitaire de trois cent mille francs à payer en deux termes de six
mois, que mon dit père, le même jour, a signée en faveur du dit père de
Mademoiselle...
MORTDEFROID--Je crois que les deux se balancent. Trois cent mille
francs, c'est toutes les forces de votre actif. C'est une situation
nette.
LOUIS--Pour net, c'est net. Fort bien, je m'y attendais.
_(A SICHEL)_. Je vous félicite, Mademoiselle. Donnez-moi tout cela que
je signe.
_(Il signe les lettres de SICHEL et celles de LUMÎR)._
MORTDEFROID.--On peut tout plaider, naturellement. Il y a certaines
choses suspectes: comptes fictifs, papiers antidatés, ce n'est
pas difficile de donner du corps à un dossier. Les contre-lettres
aussi.--Mais allez faire la preuve.
LOUIS.--Pas de preuve, Monsieur Mortdefroid! Je vous charge de tout
vendre et de tout liquider.
_(A SICHEL)_. Nous ferons honneur à notre signature.--
C'est une bonne affaire pour votre étude.
MORTDEFROID.--Puis-je encore vous être utile en quelque chose?
LOUIS.--Nous recauserons après l'enterrement, si vous le voulez bien.
MORTDEFROID.--Serviteur, Monsieur le Comte!
_(Il sort)._
LOUIS, _à SICHEL_--C'est une belle dot, Mademoiselle, que mon père vous
laisse.
SICHEL--Vous avez reçu votre part.
LOUIS--Ma part, rien de plus juste. Ces 20.000 francs providentiels et
toute l'Afrique pour moi!
SICHEL--Et votre fiancée.
LOUIS--Et ma fiancée par-dessus le marché. C'est vrai, tonnerre! Je n'y
pensais pas. Il y a de beaux jours pour nous.
Et maintenant, aux affaires sérieuses! Est-ce que votre père est
réveillé?
SICHEL--Je ne sais. Je crois qu'il a passé une mauvaise nuit.
LOUIS--Pas réveillé?
Il faut qu'il se réveille. Tout le monde sur le pont! J'ai besoin de
lui dans une heure. Et portez-lui ces lettres de faire-part. Dites-lui
qu'il s'amuse à écrire les adresses en attendant. Voici la liste.
Compris?
_(Il lui donne les papiers)._
_(Elle sort)._