Excepté de faire le chapon et de renoncer à une femme par contrainte.
Cela, c'est impossible! cela, non! Je suis Français et tu ne peux pas
me demander cela.
Tu peux tuer ton père, si tu le veux.
LOUIS--C'est votre dernier mot?
TURELURE--Tue-moi si tu le veux...
Non, ne me tue pas, j'ai peur!
LOUIS--L'argent.
TURELURE--C'est impossible! Tu ne crois pas en Dieu, Louis?
LOUIS--Je n'y crois pas.
TURELURE--Je suis perdu, je ne suis entouré que de figures impitoyables!
Voici mon fils, et je me tiens au milieu de ces deux femmes qui me
conduisent à la mort avec un sourire funèbre!
LOUIS--Est-ce que vous y croyez?
TURELURE--J'y crois! je suis le seul croyant et votre bestialité me
fait horreur!
Tu ne comprends pas un homme du vieux temps.
J'y crois de tout mon cœur! Je suis un bon catholique à la manière de
Voltaire!
Non, non, je ne ris pas! Mon fils, ne me tue pas! ne me tue pas, mon
enfant!
LOUIS, _le couchant en joue avec les deux pistolets_.--L'argent!
TURELURE, _claquant des dents et essayant de tenir bon_.--Non. C'est
impossible. Ne me tue pas!
LOUIS--L'argent, voleur!
TURELURE--Non!
LOUIS--Mon argent, voleur! mon argent, voleur! les dix mille francs,
voleur!
_(Signe que non)._
_(LOUIS tire à la fois avec les deux pistolets. Les deux coups ratent.
TURELURE reste un moment immobile et les yeux révulsés. Puis la
mâchoire s'avale et il s'affaisse sur un bras du fauteuil._
_(LOUIS s'approche de lui, ouvre les vêtements, tâte le cœur, fouille
dans les poches, prend l'argent, remet le corps en position. Lui-même,
debout et les bras croisés le regarde fixement)._
_(Entre LUMÎR)_