Château-Landon

Cette petite ville, bâtie sur une colline et sur la rive gauche du

Fusain, ruisseau qui se jette dans le Loing, offre un site aussi

pittoresque que varié. Ville aujourd'hui bien déchue, tombée depuis

longtemps du rang de capitale à celui de chef-lieu de canton! Pour

retrouver le temps de sa splendeur la plus certaine, sinon la plus

brillante, il faut en effet remonter au moyen âge et à l'époque

mérovingienne. Alors résidence royale et capitale du Gâtinais, elle

renfermait une nombreuse population dans de fortes murailles qui lui

permirent de soutenir avec succès plusieurs sièges. C'est dans les

guerres religieuses qu'elle devait trouver la fin de sa gloire. Prise et

reprise par les protestants, elle fut par eux presque entièrement

détruite en 1507, et jamais ne put se relever de ce coup.

On remarque à Château-Landon l'église Notre-Dame, avec ses trois

portails romans, un à chaque extrémité de la croix, son choeur roman et

son beau clocher du XIIIe siècle; puis la tour de l'ancienne église de

Sainte-Ugalde, dont les deux derniers étages sont percés de fenêtres

géminées; enfin une maison appelée la Monnaie, eu partie du XIIIe

siècle. Cette maison se trouve dans l'emplacement de l'ancien quartier

des Juifs, car, comme toutes les villes au moyen âge, Château-Landon

avait sa _Juiverie._ Les Juifs n'étaient pas aimés, on le sait, bien

loin de là, et leurs richesses excitaient de furieuses convoitises. On

les rançonnait sans merci, et volontiers on les chassait après les avoir

dépouillés. C'est ainsi que vers la fin du XIIe siècle, ils furent

chassés de Château-Landon et leurs maisons dévastées. Celle dite la

Monnaie, donnant sur la place au Change, est la seule qui reste, pour

témoigner de cette violence.

On remarque encore à Château-Landon de nombreuses ruines, qui font la

joie des archéologues: ruines d'un ancien château gothique, dont les

restes servent de mairie et de prison; ruines de l'église Saint-André,

du XIIe siècle; ruines d'un ancien hôpital, du XIIIe. Ce sont enfin les

ruines de la maison abbatiale de Saint-Séverin.

Cette abbaye avait été bâtie sur le tombeau de ce saint, mort à

Château-Landon, à son retour de Paris, où il avait été appelé par

Clovis. En temps de guerre, elle servait de citadelle. Ses ruines sont

très-imposantes et très-curieuses. Une portion toutefois en a été

conservée et même est habitée: la façade méridionale. On y voit de

vastes souterrains superposés comme les étages d'une maison, des

oubliettes, un puits de sauvetage, d'immenses salles éclairées du côté

de la vallée, et, surmontant le tout, une tourelle très-élevée, appelée

la _tour du guet._

L'Illustration, No. 1594, 13 Septembre 1873 · 第 34 / 40 题