L'attention du public vient d'être appelée de nouveau sur l'expédition
entreprise par les Russes dans l'Asie centrale.
Un télégramme publié par le _Daily Telegraph_ de Londres annonçait il y
a quelques jours que les Khiviens s'étant révoltés contre les
conquérants, ceux-ci avaient dû sévir avec la dernière rigueur et que la
capitale du khanat avait été complètement détruite; cette nouvelle
était, heureusement, fort exagérée; mais des troubles avaient éclaté, et
il paraît certain que la Russie aura quelque peine à établir
définitivement son autorité au milieu de ces peuplades insoumises. On
sait que l'autorité militaire russe n'a voulu admettre dans l'état-major
du général Kaufmann aucune personne n'appartenant pas à l'armée, et
qu'il a été à peu près impossible d'obtenir d'autres renseignements sur
l'expédition que ceux que l'état-major lui-même a bien voulu livrer à la
publicité. C'est donc pour nous une véritable bonne fortune que de
pouvoir publier, d'après un journal illustré anglais, deux croquis dont
l'authenticité ne laisse rien à désirer et qui donneront à nos lecteurs
une idée du caractère sauvage du pays que la colonne expéditionnaire a
eu à traverser. L'un de ces croquis représente le lac Koundi, situé à
vingt milles de Kinderli, en pleine steppe, et dont l'eau a été une
précieuse ressource pour les troupes; l'autre dessin a pour sujet un
cimetière khirgise, sur la route d'Orenbourg.
Cendrillon, tableau de M. James Bertrand.
On se rappelle les succès obtenus, pendant ces dernières années, par la
_Virginie_ et l'_Ophélie_ du même auteur. M. James Bertrand se plaît, à
retracer les images de ces héroïnes de la poésie ou du conte, et son
gracieux talent se plie merveilleusement à la représentation des types
consacrés de la légende poétique ou enfantine. Voyez cette pauvre
_Cendrillon_, tristement assise auprès de l'âtre ou pétille le feu de la
cuisine; elle a interrompu sa besogne, ses mains sont retombées sur
l'assiette qu'elles tenaient, et son oeil mélancolique erre vaguement
dans les espaces mondains à peine entrevus, où ses orgueilleuses soeurs
étalent les charmes de leur insolente beauté; tous les détails sont
justes et appropriés au sujet, jusqu'à cette pantoufle tombée à terre
qui laisse voir à nu le petit pied que Perrault a rendu immortel. Il
semble que la fée bienfaisante va paraître et compléter l'illusion.