Souvenirs de la captivité: les turcos

Le combat de Wissembourg est encore présent à toutes les mémoires..

On se rappelle avec quels transports de colère fut accueillie à Paris la

nouvelle de cette première et sanglante défaite qui devait, grâce à

l'imprévoyance ou à l'incapacité de nos chefs de guerre, être suivie de

tant d'autres! On s'en consolait cependant en se berçant de cette

illusion que ce n'était que le déplorable résultat d'une surprise qui ne

se renouvellerait plus. D'autre part, et c'était rassurant, le courage

de nos soldats, de cette poignée de braves gens qui composait la

division Douai, n'avait jamais brillé d'un plus vif éclat. Ils s'étaient

montrés merveilleusement beaux, les turcos surtout, «ce mur vivant et

mouvant de lions», d'une si terrible intrépidité. Mais que peut le

courage, même le plus brillant, quand manque la direction. Hélas! c'est

ce que la suite des événements n'a que trop éloquemment prouvé. Les uns

après les autres, nos soldais captifs, devaient aller rejoindre en

Allemagne les turcos, qui y avaient été conduits les premiers, malgré

leur héroïque bravoure.

Les scènes de la captivité sont poignantes, et elles ont été retracées

avec une saisissante vérité par le crayon de l'un de nos collaborateurs

qui y a pris part, ayant été lui-même prisonnier de guerre. Nous

comptons faire passer successivement ces dessins sous les yeux de nos

lecteurs, et nous commençons aujourd'hui par les premiers en date, les

turcos qui, emmenés au delà du Rhin, devaient y être, de la part des

populations, ces Germains épais et ces grasses Germaines, l'objet d'une

curiosité aussi vive que naturelle.

L'Illustration, No. 1594, 13 Septembre 1873 · 第 22 / 40 题