Le combat de Wissembourg est encore présent à toutes les mémoires..
On se rappelle avec quels transports de colère fut accueillie à Paris la
nouvelle de cette première et sanglante défaite qui devait, grâce à
l'imprévoyance ou à l'incapacité de nos chefs de guerre, être suivie de
tant d'autres! On s'en consolait cependant en se berçant de cette
illusion que ce n'était que le déplorable résultat d'une surprise qui ne
se renouvellerait plus. D'autre part, et c'était rassurant, le courage
de nos soldats, de cette poignée de braves gens qui composait la
division Douai, n'avait jamais brillé d'un plus vif éclat. Ils s'étaient
montrés merveilleusement beaux, les turcos surtout, «ce mur vivant et
mouvant de lions», d'une si terrible intrépidité. Mais que peut le
courage, même le plus brillant, quand manque la direction. Hélas! c'est
ce que la suite des événements n'a que trop éloquemment prouvé. Les uns
après les autres, nos soldais captifs, devaient aller rejoindre en
Allemagne les turcos, qui y avaient été conduits les premiers, malgré
leur héroïque bravoure.
Les scènes de la captivité sont poignantes, et elles ont été retracées
avec une saisissante vérité par le crayon de l'un de nos collaborateurs
qui y a pris part, ayant été lui-même prisonnier de guerre. Nous
comptons faire passer successivement ces dessins sous les yeux de nos
lecteurs, et nous commençons aujourd'hui par les premiers en date, les
turcos qui, emmenés au delà du Rhin, devaient y être, de la part des
populations, ces Germains épais et ces grasses Germaines, l'objet d'une
curiosité aussi vive que naturelle.