--Comment! des deniers de l'État? dira-t-on; est-ce que M. de Montbadon
ne s'était pas engagé à supporter, seul, les dépenses qu'occasionnerait
cette décapitation de la colonne?--Sans doute! Et, qui sait? peut-être
les a-t-il ultérieurement remboursées.
Dans tous les cas, constatons une bizarre coïncidence: à peine avait-il
pris cet engagement que, de son côté, le gouvernement provisoire
décrétait, à l'instigation de M. de Talleyrand, la destruction immédiate
de tous les emblèmes et symboles impériaux!
Si nous avons particulièrement insisté sur la conduite de Launay dans
cette affaire, c'est que plusieurs brochures--échos des bruits
publics--l'ont accusé d'avoir offert spontanément ses services aux
rancunes des alliés. Or les faits, tels que nous les avons
relatés--d'après un _Mémoire justificatif_ écrit de la propre main du
fondeur--semblent, au premier abord, faire justice de cette «calomnie».
Mais, à bien réfléchir, l'exagération même de la peine qu'il devait
encourir en cas de refus ne rend-elle pas un peu suspecte, sinon
l'authenticité incontestable des documents officiels par nous
reproduits, au moins la sincérité de leur rédaction? Nous avons, quant à
nous, quelque peine à nous défendre d'admettre la possibilité d'une
connivence--peut-être tacite--entre la plume de celui qui donna l'ordre
et la pensée de celui qui le reçut.
Et, de fait, avant Launay, M. Lacasse, le charpentier de la colonne,
avait été requis, lui aussi, de descendre la statue. Or, non-seulement
il se récusa, mais il prit même la peine d'aller, en compagnie de M.
Gondoin, notifier son refus à l'état-major russe. Est-ce qu'on l'a passé
par les armes?
*
* *
Nous ne nous arrêterons pas aux monstrueuses palinodies qui marquèrent
cette époque. Toutefois, comment résister au désir d'en donner le
piquant spécimen ci-dessous? Il nous faut arriver aux _Cent jours_. Ce
sera notre transition.