Peu de contrées sont plus riches que la France en substances minérales
propres aux grands travaux de sculpture et d'architecture, et,
cependant, ces richesses enfouies dans le sol y sont restées longtemps,
sinon inconnues, au moins abandonnées. L'Italie nous fournissait les
marbres blancs pour la statuaire; l'Espagne et l'Orient, les marbres
riches en couleurs pour l'ornement des édifices. Ce n'est que sous
François 1er et sous Henri IV qu'on se mit à rechercher les marbres
indigènes. Louis XIV les adopta pour les décorations du Louvre et des
Tuileries. Puis on les abandonna de nouveau, et ce n'est qu'au
commencement de ce siècle que des recherches heureuses permirent à la
France de s'affranchir du tribut qu'elle payait aux marbres étrangers.
Plus de soixante départements peuvent fournir des marbres variés de
couleurs et de beauté, et propres aux usages les plus précieux. Le
marbre blanc des Pyrénées soutient avec avantage la comparaison avec les
plus beaux marbres de Carrare. Du reste, la preuve que, maintenant, la
France trouve en elle-même ses propres ressources, et depuis longtemps
déjà, c'est que la valeur des marbres importés, qui était de 1,726, 114
fr. en 1823, n'était plus en 1833 que de 368,701 fr.
L'exposition des marbres, cette année, est aussi brillante qu'en 1834 et
en 1839, quant à la qualité et à l'aspect, et peut-être supérieure quant
au goût des ornements et de la sculpture, et surtout quant au bon
marché. Nous avons surtout remarqué les marbres des Pyrénées et ceux des
Vosges. Les derniers sont un marbre brèche à fond gris, avec nuances
variées, du marbre noir, blanc, bleu turquin, brèche violet; la
serpentine des Vosges y occupe aussi un rang remarquable.
Dans les Hautes-Pyrénées, M. Géruzet continue à soutenir sa réputation
bien méritée. Il expose une cheminée en stalactite d'une belle
exécution, et un échantillon de stalactite remarquable par ses nuances
et sa grandeur; un verre d'eau en marbre amarante d'une grande légèreté;
une colonne creuse, qu'il est parvenu à confectionner au prix de 30 fr.
le mètre courant. Cet industriel occupe constamment 82 ouvriers, 212
scies, tant droites que circulaires, 6 roues hydrauliques d'une force
ensemble de 75 chevaux. Il est monté de manière à pouvoir tourner des
colonnes d'un seul bloc et de 10 à 12 mètres de longueur.
Mais voici un résultat plus étonnant obtenu par M. Amant dans la maison
centrale d'Eysses. Les détenus de cette maison, appliqués à la marbrerie
au nombre de deux cents, ont taillé avec la plus grande perfection des
cheminées, des consoles, des tables, des guéridons, et la plupart après
un an ou deux d'apprentissage. Les cheminées principalement ont attiré
notre attention, tant par leurs belles couleurs que par l'exécution.
Ainsi, une cheminée à petites consoles en marbre rouge-vert rubanné a
été faite par un détenu âgé de vingt-six ans, qui était cordier, et qui
n'est dans l'atelier que depuis un an. Un bénitier orné de feuilles
d'eau, en marbre blanc veiné de Carrare, a été exécuté par un maçon,
après trois ans d'atelier. La pièce la plus remarquable, une table ornée
d'auves avec balustres à facettes et pied à griffes, volutes et feuilles
d'acanthe, est due à un peintre en bâtiments détenu depuis cinq ans.
Nous ne ferons aucune réflexion sur ces beaux résultats, nous dirons
seulement que M. Amant est parvenu, par le bon marché de ses produits, à
en répandre le goût et l'usage dans un pays où une cheminée de marbre
est un objet de luxe.
Nous avons parlé à nos lecteurs, dans un précédent article, de la
sculpture mécanique de M. Contzen. Voici venir un compétiteur qui lui
aussi expose de la sculpture mécanique, mais obtenue par d'autres
procédés. Il travaille la pierre tendre ou dure, le marbre, l'albâtre,
le bois et toutes les matières dures. Cet artiste est M. Séguin, qui va,
à votre désir, vous offrir des ornements renaissance, rocaille,
gothique, etc., sur des parties droites, courbes, concaves et convexes
de toute grandeur, des bas-reliefs, médaillons, portraits, des bustes,
des cariatides pour consoles et cheminées, des moulures, des chapiteaux,
etc. Que lui faut-il pour cela? un moule, une certaine poudre, de l'eau
et un mouvement rapide, et en peu d'heures vous avez le résultat le plus
fini, le plus délicat que l'on puisse désirer.