du sixième arrondissement. M. L..., marchand grainetier et sergent-major
de la garde nationale, accusait M. B..., professeur suppléant d'histoire
dans un collége de Paris, de l'avoir appelé _melon_ à la suite d'un coup
mal joué dans une partie de dominos à quatre. Le plaignant exigeait une
rétractation formelle et des dommages-intérêts considérables.
L'accusé présenta ainsi sa défense:
Sous le règne de Constantin le Grand...
--Au fait, Monsieur, au fait, dit le magistrat qui voit poindre une
harangue interminable.
--J'y arrive. Sous le règne, dis-je, de Constantin le Grand, vivait à
Lugdunum Horatius Melo, illustre praticien qui, après s'être couvert de
gloire en introduisant dans la Gaule le savoureux tubercule auquel il a
donné son nom...
Le juge sourit et le front du plaignant se dérida à vue d'oeil.
--Mon honorable ami L..., continue l'orateur avec feu, a donc grand tort
de s'offenser d'une épithète qui prouve au contraire le grand cas que je
fais de ses vertus civiles et militaires.
Le grainetier, quittant précipitamment son siége, serre avec effusion la
main du professeur, et, abjurant toute rancune, lui promet de donner à
son premier enfant les glorieux surnoms d'Horatius Melo.
Il suffira de quelques procès de cette nature pour réhabiliter dans
l'opinion publique le cornichon, le concombre, et tous les membres de la
grande famille des citrouilles.
MÉMOIRE
C'est encore ici une scène de tribunal; et celle-ci à propos d'une
distribution de prix.
LE JUGE.--Monsieur Blondel, vous avez payé d'avance et pour un an la
pension de votre fils?
BLONDEL.--C'est vrai, mais il n'en est pas moins bête comme un âne.
LE JUGE.--Et maintenant vous voulez qu'on vous rende votre argent?
LE MAÎTRE D'ÉCOLE.--C'est contraire à l'usage, on ne rend jamais
l'argent chez moi.
BLONDEL.--Cependant je veux le mien, je ne veux pas laisser mon fils en
pension chez vous.
LE JUGE.--Pourquoi donc?
BLONDEL.--À cause de la distribution des prix.
LE JUGE.--Expliquez-vous.
BLONDEL.--Imaginez-vous, mon juge, que mon enfant, qui aura onze ans à
la Saint-Nicaise, allait en classe chez cet homme contre lequel je
plaide. Il y apprenait à ravir... la manière d'arracher sa culotte et de
se fourrer des barbes de plumes dans les narines. (Rire général.) Bref,
je croyais qu'à part ces connaissances spéciales, mon enfant aurait fait
quelques progrès dans les sciences... le maître d'école que je
consultais à ce sujet, la veille de la distribution des prix, me
répétait qu'il serait récompensé selon son mérite.
LE MAITRE D'ÉCOLE.--Il a eu un prix, il l'a été, récompensé; donc pas de
reproche à me faire.
BLONDEL.--Joliment ma foi. Vous saurez que, n'ayant pas eu le temps
d'aller voir couronner mon fils, je l'envoyai le jour de la distribution
des prix se faire couronner tout seul. Mon petit bonhomme revient avec
une couronne atroce (rire), grosse comme le bras, de quoi orner le front
d'un géant; quand il la mettait sur sa tête, elle lui tombait sur le
ventre. (Rire général.) «Quel prix as-tu eu? lui dis-je.--Ah! papa, j'ai
oublié mon prix.--Mais enfin quel prix était-ce?--J'sais pas,
papa.--Diable d'enfant! ne pas savoir le prix qu'on a remporté... Est-ce
d'orthographe?--Non, p'pa.--C'est peut-être d'écriture?--Non, p'pa.--De
calcul?-Non p'pa.--Quelle pauvre tête!... ne pas se souvenir de son
prix!... Je vais à la pension moi-même pour le chercher... Savez-vous
quel prix mon fils avait remporté?
LE JUGE.--Lequel donc?
BLONDEL.--Le prix de mémoire. (Longue et bruyante hilarité.)
Le maître d'école, pendant le rire général, rend à M. Blondel le montant
de la pension de son fils, et sort furieux du prétoire.
MENER
François II, empereur d'Allemagne se rendait à Luxembourg, forteresse
curieuse élevée au milieu d'un lac. Sans suite et sans gardes, il
s'amusait à conduire lui-même une barque. Il y en a beaucoup sur ses
rives. Un villageois s'approche et l'appelle; il le prend pour un
batelier. «Ohé! passez-moi! lui crie-t-il.--Volontiers,» répond le
monarque.
Le paysan s'assied tranquillement dans la nacelle; et le souverain la
dirige. «Combien vous faut-il maintenant? dit le rustre arrivé au but,
et tirant sa bourse.--Rien, mon ami, répond l'empereur...--Vous ne menez
donc pas par état?--Si fait, je mène... mon empire.»
MENTON
Un Anglais et un Français se battaient au pistolet. Le premier, au
moment de tirer, n'étant pas encore bien décidé à se battre, dit:
«Parlementons.--Soit,» dit l'autre. Et la balle vint traverser la
mâchoire inférieure de son adversaire.
MERLAN
Un chercheur d'esprit disait, en passant devant une mairie où les
affaires n'allaient pas vite: «On peut faire maigre là tous les jours,
car on y trouve à tout heure un maire lent.»
MERVEILLE
En 1812, il y avait dans la rue Saint-Honoré un confiseur qui s'appelait
Veille. Dès qu'il eut un fils, il fit savoir au public qu'on pouvait
venir chez lui admirer la mère Veille.
MESSIDOR
Quel est le mois que les juifs aiment le mieux?--Le mois de juillet, qui
dans la république leur amenait un _Messie d'or_.
MESURE
On dit des musiciens que quand il s'agit de payer, ils sont rarement en
mesure.
MILLE ANS
Napoléon Ier aimait assez les calembours.
En 1796, lorsqu'il sollicitait le commandement en chef de l'armée
d'Italie, il n'avait que vingt-sept ans; et, lui opposant son âge, on
balançait à le nommer. «Vous me trouvez trop jeune, dit-il, pour
commander en chef; eh bien, accordez-moi ma demande, et je vous réponds
que dans six mois j'aurai Milan.»
MINE
Guillot-Gorjus disait à Turlupin:--Tu m'as fait la mine.--Non, répondit
Turlupin, si je te l'avais faite, tu l'aurais plus belle.
MOITIÉ
Deux villageois avaient acheté un cochon en commun; au bout de six mois,
l'un voulait le tuer, l'autre ne voulait pas. «Si vous ne voulez pas
tuer votre moitié, dit le premier, laissez moi tuer la mienne.»
MONARCHIEN
Les dictionnaires nous apprennent que monarchien signifie, comme
monarchiste, partisan de la monarchie. En 1793, un boucher, nommé Monar,
était dur aux pauvres gens, auxquels, dans la détresse générale, il
refusait tout crédit. Un pauvre homme, fâché, écrivit sur sa porte
_monar chien_. C'était une dénonciation. Il fut arrêté comme suspect, et
sans son ami Henri, le boucher historique, il eût pu y passer.
MONDE
Un bonhomme disait: «Je ne connais pas d'endroit où il se passe plus de
choses que dans le monde.»
MONORIMES
Un des plus curieux tours de force en monorimes, employant les cinq
voyelles dans leur plus rare situation, a été fait par l'abbé de
Latteignant; on le chantait jadis sur l'air: «_En quatre mots je vais
vous dire ça._»
I
Je hais les dés, les cartes, le trictrac;
Je ne bois jamais de scubac
Ni de punch, ni de rack.
Par peur de la moindre claque,
Je fuis sitôt qu'on m'attaque
Plus vite qu'un brac.
Je ne vais pas courtiser Bergerac;
Et pour grossir mon sac
Je ne fais nul micmac.
Je n'ai d'horloge et d'almanach
Que mon seul estomac.
II
Je suis ravi du bon vieillard Issec.
Son langage est un vrai sorbec.
Malgré son vilain bec
J'irais le voir à la Mecque
Et rendre à ce vrai Sénèque
Un salamalec.
Près de lui j'aime autant un hareng pec
Blême du pain tout sec,
Que perdrix et vin grec.
O mort, si tu le fais échec,
Viens m'enlever avec
III
Je suis charmé, quand je suis en pic-nic.
On est libre; c'est là le hic,
En payant ric à ric.
Je fais quelques vers lyriques,
Mais jamais de satiriques;
Ce n'est pas là mon tic.
Je crains bien moins la langue d'un aspic,
Les yeux d'un basilic,
Que le blâme public.
Je ne fais nul honteux trafic;
Je suis dans mon district
IV
Je ne voudrais, pour l'or du monde en bloc,
Le sort m'eût-il remis au soc,
D'aucun bien être escroc.
D'un ami rien ne me choque;
S'il me raille, je m'en moque,
Sans livrer le choc.
Et j'aime autant un forban de Maroc
Que le grand monsieur Roch,
Tant il a l'air d'un croc;
Contre un turban ferais-je troc?
Non, plutôt contre un froc
V
Je hais les eaux de Forge et Balaruc.
Je ne porte point chez Colduc
D'ordonnance d'Astruc.
Je ne veux, sous ma perruque,
Porter cautère à la nuque,
Dussé-je être duc.
Car de son corps qui fait un aqueduc
Devient bientôt caduc,
Fût-il un gros heiduc.
Mais le vin est, si j'en crois Luc,
De tous le meilleur suc.
On a fait aussi sur ces mêmes rimes isolées cinq adages que voici:
Le thésauriseur cherche le sac.
Le promeneur cherche le sec.
Le biographe cherche le sic.
Le laboureur cherche le soc.
Le gourmand cherche le suc.
On a publié, en février 1849, sur les désordres de l'Assemblée nationale
constituante, les vers monorimes suivants:
En voyant cet affreux micmac,
On dit partout, même à Cognac,
À Bergerac, à Ribérac,
Que la république, au bissac,
Fait un déplorable tic-tac,
Qui peut finir par un cric-crac,
Comme en a produit Polignac.
Que voulez-vous? Proudhon et Bac,
Ledru-Rollin et Cavaignac
La poussent dans un cul-de-sac,
Où, par quelque coup de Jarnac,
On renversera son hamac.
Que Dieu conserve son cornac!
MONSIEUR
Ce nom autrefois indiquait une seigneurie. On disait: M. de Mayence,
pour l'électeur de Mayence. M. de Paris, pour l'archevêque de Paris. On
appelait Bossuet M. de Meaux, et, ce qui est assez singulier, Mme de
Sévigné, en parlant du pape, disait: M. de Rome.
Un officier gascon, étant à l'armée, quitte un de ses camarades, et lui
dit assez haut et d'un ton important:--Je vais dîner chez Villars. Le
maréchal, qui se trouvait derrière cet officier, lui dit avec honte:--À
cause de mon rang et non à cause de mon mérite dites: Monsieur de
Villars.--Cadédis! répond le Gascon sans s'émouvoir, on ne dit pas
monsieur de César.
Le grand Condé, ennuyé d'entendre un fat parler sans cesse de monsieur
son père et de madame sa mère, appela un de ses gens, et lui
dit:--Monsieur mon laquais, dites à monsieur mon cocher de mettre
messieurs mes chevaux à monsieur mon carrosse.
MONTER
Une servante apporte le mémoire du mois à son maître; il y remarque pour
trente francs de lait.--Comment! dit-il, je dois tant que ça à la
laitière?--Mon Dieu oui, Monsieur; c'est qu'il n'y a rien qui monte
comme le lait.
MONTRER
Une princesse passait tous les matins à apprendre l'hébreu. Un jour que
son maître de langue était entré chez elle avec une culotte déchirée, le
prince son mari lui demanda ce que cet homme venait faire dans sa
chambre. La princesse lui dit:--Il me montre l'hébreu.
--Madame, répondit le prince, il vous montrera bientôt le derrière.
MORCEAUX D'ENCENS
On demandait à M. Castil-Blaze quels étaient les morceaux de musique qui
avaient la meilleure odeur. Il répondit:--Ce sont les morceaux dansants.
MORDANT
On demande pourquoi les gens décédés mangent du bois.--Parce qu'on les
trouve _morts dans_ leurs bières.
MORT
Trois députés des États de Bretagne étant venus pour haranguer le roi,
l'évêque, qui était le premier, oublia sa harangue, et ne put dire un
seul mot. Le gentilhomme qui le suivait, se croyant obligé de prendre la
parole, s'écria:--Sire, mon grand-père, mon père et moi sommes tous
morts à votre service.
Un plaisant en fiacre, voyant passer un convoi funèbre qui s'en allait
au cimetière du Père-Lachaise, dit au cocher:--Retenez vos chevaux et
empêchez-les de prendre le _mort aux dents_.
De tous les genres de mort dont on avait donné le choix à Arlequin, il
préféra celui de mourir de vieillesse ou d'indigestion.
MOTS
Un célibataire venait d'acheter une paire de mouchettes; sa gouvernante
lui ayant fait observer qu'elles étaient bien petites, il répondit
qu'elles étaient bien assez grandes pour une personne seule.
Une ronde arriva près d'un poste. Un seul homme se trouvait présent à ce
moment, c'était le factionnaire. Le capitaine de la ronde, furieux,
s'avance sur lui en disant:--Comment, tas de coquins, vous n'êtes qu'un?
Une femme d'esprit disait d'un orateur boursouflé qui avait une certaine
réputation d'éloquence:--Il est vrai qu'il trouve facilement ses
phrases; mais quand il les a trouvées, il est obligé de chercher ce
qu'il mettra dedans.
Un Américain, ayant vu six Anglais séparés de leur troupe, eut l'audace
de leur courir sus, d'en blesser deux, de désarmer les autres et de les
amener au général Washington. Le général lui demanda comment il avait pu
faire pour se rendre maître de six hommes.--Aussitôt que je les ai vus,
répondit-il, j'ai couru sur eux et je les ai enveloppés.
Un bourreau, conduisant au gibet un pauvre diable, lui dit:--Écoutez, je
ferai de mon mieux; mais je dois vous prévenir que je n'ai jamais
pendu.--Ma foi, répond le patient, je vous avouerai également que je
n'ai jamais été pendu non plus; mais, que voulez-vous! nous y mettrons
chacun du nôtre. Il faut espérer que nous nous en tirerons.
Le deuxième consul, Cambacérès, donnait une fête à laquelle se
trouvaient beaucoup d'artistes. Elle touchait à sa fin, lorsque
Cambacérès invita Garat à chanter. Celui-ci, piqué de ce que l'on ne se
fût pas adressé plutôt à lui, tire sa montre et répond:--Impossible,
citoyen consul; il est minuit: ma voix est couchée.
L'expression «à faire trembler» est si familière aux Gascons, qu'ils
l'emploient à tout propos. Quelqu'un faisait observer ce gasconisme à un
officier gascon, qui répondit par cette gasconnade:--Que l'expression
«cela fait trembler» est la plus forte qu'un Gascon puisse employer en
quelque circonstance que ce soit, parce qu'il n'y a rien dans la nature
qui soit au-dessus de ce qui fait trembler un Gascon.
Le mot «au contraire» pour _non_ est encore très-usité par les Gascons.
Les députés des États du Languedoc étant à Versailles à l'audience du
roi, un Gascon du cortège trébucha et tomba. Comme tout le monde lui
demandait s'il s'était fait mal en tombant, il dit gaiement en se
relevant:--_Au contraire._ Cette manière de parler fit rire ceux qui
étaient présents. Les uns prétendaient que c'étaient un gasconisme, les
autres une gasconnade. C'était l'un et l'autre.
Dans un grand dîner que donnait Louis XVIII, le vieux roi, s'adressant à
un seigneur, vieux aussi, lui demanda si un certain mets qu'il lui
désignait, et que le roi aimait fort, était de son goût.--Sire, lui
répondit le courtisan, je ne fais jamais attention à ce que je
mange.--C'est un tort que vous avez, reprit le roi; à tout âge il faut
faire attention à ce qu'on mange, et au vôtre à ce qu'on dit.
M. le comte de Mailly de Beaupré portait toujours à l'armée son chapeau
à la tapageuse, en sorte que la cocarde se trouvait derrière.--Voilà,
disait un de ses officiers, une cocarde qui a bien souvent vu l'ennemi.
Un conseiller borgne, voulant décider seul une contestation épineuse,
une autre espèce de turlupin lui dit:--Croyez-moi, empruntez les
lumières d'un de vos confrères; deux yeux valent mieux qu'un.
Un célèbre buveur, étant à l'article de la mort, pria un de ses amis,
qui était à côté de son lit, d'y faire apporter un verre d'eau, en
disant:--A la mort, il faut se réconcilier avec ses ennemis.
Le poëte Bret, qui a fait sur Molière des commentaires assez estimés,
alla voir, dans sa jeunesse, un seigneur bourguignon, qui, enflé de sa
fortune et de ses titres, lui dit que ses vassaux ne s'asseyaient et ne
se couvraient jamais devant lui.--Corbleu! réplique Bret en enfonçant
son chapeau sur ses oreilles et se jetant dans un grand fauteuil, ces
gens-là n'ont donc ni cul ni tête?
La basse bohème, à Paris, emploie une langue à part. Après s'être
traités, dans une dispute, de polichinelle et de caricature empaillée,
les deux casseurs d'assiettes se retroussent les manches pour se donner
ce qu'ils appellent une raclée, une peignée, une rincée, et le plus
rageur dit à l'autre:--Numérote tes os, que je te démolisse! On arrive
alors, et on les sépare, à moins que ce ne soient des Auvergnats.
MOURIR
Un malade interrogé pourquoi il n'appelait pas un médecin: «C'est,
répondit-il, parce que je n'ai pas encore envie de mourir.»
MOUSSES
On demande pourquoi les marins font tant de cas du vin de
Champagne.--C'est pourtant bien clair. Leur raison est que c'est le vin
qui produit le plus de mousse.
MULE
Voici un exemple de la tolérance et des lumières des ennemis
systématiques de Rome. Un journal anglais a donné, il y a dix ans, à ses
lecteurs un récit tronqué du voyage de S. S. Grégoire XVI à Ancône.
L'auteur de ce récit, copié d'après les feuilles françaises, a traduit
la mule du pape par _mule_, animal. Mais, non content de commettre cette
grossière méprise, il y ajoute quelque chose de sa façon. Ainsi, il
raconte que «Sa Sainteté était assise sur un trône, un de ses pieds
reposait sur un tabouret recouvert de velours rouge; la mule, RICHEMENT
CAPARAÇONNÉE DE MÊME COULEUR, se trouvait à ses côtés. Toutes les
personnes, ajoute-t-il, qui étaient admises dans le salon,
s'agenouillèrent trois fois et allèrent baiser la mule.»
L'écrivain accompagne ce récit des commentaires les plus ridicules; il
s'élève contre la superstition des catholiques qui s'avilissent au point
de baiser de vils animaux. C'est là de l'idolâtrie, du fétichisme, etc.
Il conclut en faisant l'éloge de la réforme, qui a aboli le culte des
mules, etc.
Si des journalistes se trompent à ce point sur ce qui concerne le chef
visible de l'Église, est-il étonnant que tant de réformés, en Angleterre
comme en Allemagne, nourrissent des préjugés absurdes contre le
catholicisme?
MUR
Lorsque les fermiers généraux enfermèrent Paris d'un mur d'enceinte en
1785, cette innovation triste souleva presque autant de clameurs que
l'enceinte continue en 1840. On fit là-dessus le vers qui suit:
Le mur murant Paris rend Paris murmurant.
N
NACELLE
Quel est l'âne qui va le mieux à l'eau?--C'est _l'âne à selle_.
NAIN
La vie que menait, au dernier siècle, le prince d'Hénin, lui attira
cette épigramme de Champcenetz:
Prince, à te juger par ton train,
Tu fais un rôle des plus minces;
Tu n'es plus le prince d'_Hénin_,
Mais seulement le nain des princes.
NAIVETÉ
On recommandait à une dame malade de boire de l'eau de sedlitz, et on
lui disait: «Il n'y a que le premier verre qui coûte à boire.--Eh bien!
dit la malade, je ne prendrai que le second.»
M. de D*** recommanda très-instamment qu'on l'ouvrît, et en donna la
raison suivante: «Les médecins n'ayant pu s'accorder entre eux sur le
genre de ma maladie, je ne serais pas fâché de savoir à quoi m'en tenir
sur la cause de ma mort.»
Un conseiller disait à un ami: «Si j'avais quelque chose de bon, je vous
dirais de dîner avec moi.» Le domestique qui le suivait lui dit à
demi-voix: «Monsieur, vous avez une tête de veau.»
Un banquier anglais, nommé Fer ou Fair, fut accusé d'avoir fait une
conspiration pour enlever le roi (George III), et le transporter à
Philadelphie. Amené devant ses juges, il leur dit: «Je sais très-bien ce
qu'un roi peut faire d'un banquier, mais j'ignore ce qu'un banquier peut
faire d'un roi.»
Un dame de la cour dit un jour: «C'est bien dommage que l'aventure de la
Tour de Babel ait produit la confusion des langues; sans cela, tout le
monde aurait toujours parlé français.»
On pressait une femme lancée dans l'esprit et dans les sciences, et qui
devait aller à l'Observatoire voir une éclipse de lune. «Ne vous
inquiétez pas, dit-elle, M. de Lalande a beaucoup de bontés pour moi; si
c'est fini quand nous arriverons, il fera recommencer.»
Un provincial, étant à Saint-Cloud, vit Napoléon dans ses jardins:
«Je l'ai vu, dit-il, ce grand empereur, qui se promenait lui-même.»
NERF DE BOEUF
On disait d'un homme colère qu'il ne s'expliquait jamais qu'avec un air
de boeuf.
NÉRON
Dans le temps où quelques hommes changeaient de nom pour prendre les
noms de Brutus, de Scévola, de Fabricius, Publicola, etc., un membre de
la section des Tuileries disait à la tribune: «Et moi aussi je veux
prendre un nom romain, afin que l'on ne doute plus de mon patriotisme;
je veux m'appeler comme celui qui mit le feu dans la commune de Rome
pour faire brûler les aristocrates, et qui manqua d'être la victime
d'Épicharis et de Séjan... celui... Parbleu!... Aidez-moi donc...
celui... qui... pardienne, vous n'en connaissez pas d'autre, celui qui
n'avait pas comme gui dirait un nez pointu...
--Que t'es bête, lui dit un collègue, c'est _nez rond_.
--Oui, c'est ça, je me baptise Nez rond.
NEUF
Ah! mon cher ami, que je suis aise de vous rencontrer. Savez-vous ce
qu'on dit de neuf?
--Non, eh bien?
--Eh bien, on dit que c'est la moitié de dix-huit.
NEZ
Un camus annonçait à ses amis que sa femme venait d'accoucher.--Ah! tant
mieux, lui répondit-on, tu auras un _nouveau-né_.
Quel événement a ruiné les marchands de tabac?
--La descente d'Énée aux enfers. (Voyez _Diné_.)
M. Fouquier-Long, n'ayant pas été réélu par le département de la
Seine-Inférieure, son épouse signa depuis ses lettres et billets: Femme
Fouquier, _née Long_.
Dans la petite pièce intitulée: _le Sourd_, le papa Doliban donne ainsi
le signalement de son gendre futur: «Front large, cheveux châtains, nez
aquilin...»
--Comment, né à Quilin! papa, vous vous trompez; vous savez bien que je
suis né à Châlons-sur-Marne.
M. Renaudot, médecin à Montpellier, avait le nez camus. Il perdit contre
Guy-Patin, médecin de Paris, un procès et s'en plaignait fort en sortant
de l'audience. Guy-Patin lui dit: «Si vous avez perdu d'un côté, vous
avez gagné de l'autre; car vous étiez entré ici avec le nez camus, et
maintenant vous avez _un pied de nez_.»
On doit à Désaugiers le joyeux pot-pourri de la bouche et du nez, qui
est farci de quelques jeux de mots. Nous le donnons ici:
POT-POURRI DE LA BOUCHE ET DU NEZ
Air: _Mon père était pot._
Jugez si je fus étonné
Lorsque, la nuit dernière,
Je sentis ma bouche et mon nez
S'agiter en colère.
Qui donc en sursaut,
Me dis-je aussitôt,
Si matin me réveille?
Le nez se moucha,
La bouche cracha,
Et je prêtais l'oreille.
LA BOUCHE, bâillant.
Air: _Je suis né natif de Ferrare._
Maudit nez! Le diable t'emporte
Ronfla-t-on jamais de la sorte!
LE NEZ.
Morbleu! quel démon m'installa
Près de cette bavarde-là?
LA BOUCHE.
Et c'est au milieu du visage
Qu'on loge un si sot personnage!
LE NEZ.
Tout sot que je suis, je me croi
Encor moins mâchoire que toi.
LA BOUCHE, piquée.
Air de _la Fanfare de Saint-Cloud_.
Que m'importent ta colère
Et tes sarcasmes mordants!
LE NEZ.
Est-ce pour me faire taire
Que tu me montres les dents?
LA BOUCHE.
Va, je ris de tes sottises;
Entends-tu, vilain camus?
LE NEZ.
Quelque chose que tu dises,
J'aurai toujours le dessus.
LA BOUCHE.
Air: _Réveillez-vous, belle endormie._
Nécessaire autant qu'agréable,
Je sers l'enfant et le barbon;
Et de toi, qui fais le capable,
On ne peut rien tirer de bon.
LE NEZ.
Air: _La bonne aventure au gué!_
De quelque titre plâtré
Que tu t'autorises.
Jamais je ne souffrirai
Que tu me maîtrises.
Si tu le veux, fâche-toi,
Je n'ai jamais craint, ma foi,
D'en venir aux prises,
Moi...
D'en venir aux prises.
LA BOUCHE.
Air: _Si Dorilas._
Je suis utile à mille choses.
LE NEZ.
De ses dons le ciel m'a comblé.
C'est pour moi qu'on plante les roses.
LA BOUCHE.
C'est pour moi qu'on sème le blé. (_bis._)
LE NEZ.
Par moi l'on respire sur terre.
LA BOUCHE.
C'est moi qui préside aux repas.
LE NEZ.
L'homme, sans moi, ne vivrait guère.
LA BOUCHE.
L'homme, sans moi, ne vivrait pas (_bis._)
LE NEZ.
Air de _l'Avare et son ami_.
Dans une maison, lorsqu'on entre,
À l'instant même du dîner,
Ne dit-on pas, frappant son ventre:
Ma foi! je vois que j'ai bon nez?
LA BOUCHE.
De tous les mets auxquels on touche,
Celui qu'on croit de meilleur goût
N'est-il pas celui que partout
On garde pour la bonne bouche? (_bis._)
LE NEZ.
Air: _Jeunes filles, jeunes garçons_.
Tu conviens pourtant que jamais
Tu ne cessas d'être gourmande? (_bis._)
LA BOUCHE.
C'est bien toi que tout affriande,
Jusqu'à la seule odeur des mets.
LE NEZ.
Oui, leur parfum me touche;
J'en dois faire l'aveu;
En tout temps, en tout lieu,
Je fus toujours un peu
Sur la bouche (_bis._)
LA BOUCHE.
Air: _Dans la vigne à Claudine_.
As-tu juré de mettre
Ma patience à bout?
C'est trop me compromettre
Avec ce marabout.
LE NEZ.
En vain tu voudrais feindre;
J'ai su te battre...
LA BOUCHE.
Moi!
Que puis-je avoir à craindre
D'un morveux comme toi? (_trois fois._)
LE NEZ, rouge de fureur.
Air: _Tenez, moi, je suis un bon homme_.
Qui? moi, morveux! dans ma colère,
Je vais te prouver sans pitié,
Que le nez est un adversaire
Qui ne se mouche pas du pied.
(Après un moment de réflexion.)
Je me salis, si je te touche...
Il vaut bien mieux nous séparer...
Et, d'ailleurs, le nez et la bouche
Sont-ils faits pour se mesurer?
LA BOUCHE.
Air: _Bon voyage, cher Dumollet._
Bon voyage,
Mon cher voisin!
Nous en ferons tous deux meilleur ménage.
Bon voyage,
Mon cher voisin!
Loin l'un de l'autre, on est toujours cousin.