La Chartreuse du Val de Bénédiction, à Villeneuve-lès-Avignon;

Le Chapitre de Notre-Dame des Doms, à Avignon;

La Collégiale de Notre-Dame de Villeneuve;

La Collégiale de Saint-Didier, à Avignon;

La Collégiale de Saint-Pierre, à Avignon;

La Collégiale de Saint-Agricol, à Avignon;

Les Couvents des Célestins d'Avignon et de Gentilly;

La Chartreuse de Bonpas;

La Commanderie de Saint-Jean-de-Jérusalem, à Avignon;

Le Couvent des Jacobins d'Avignon;

Les Couvents de Sainte-Catherine, Saint-Laurens et Saint-Véran

d'Avignon;

Le Couvent de Sainte-Madeleine, à Carpentras;

Les Administrateurs et les Frères de l'Hôpital Saint-Benoît

d'Avignon;

Les Orphelins de l'Aumône, à Avignon;

Les Orphelins de la petite Fusterie;

Les Seigneurs de Montfort et d'Aiguières;

Pierre de Sade, Thomas Busaffi et Tronchin, escuyer.

Arch. municip., B. 69, no 16

[551] Les rois de France avaient de tout temps à Avignon des

agents pour la gabelle du sel.

Dans la question des limites du Rhône et de la navigation, Louis XI,

qui avait déjà donné à Lyon des preuves non équivoques de ses bonnes

dispositions à l'encontre des Avignonnais, accorde, au mois d'avril

1480, à la sollicitation de Jules de la Rovère, une faveur

exceptionnelle aux sujets du pape contre laquelle protestaient les

officiers royaux comme une renonciation des droits du roi sur la rive

droite du fleuve[552]. Le maître des ports de Villeneuve-lès-Avignon

ayant fait accoter un moulin à l'une des arches du pont, ce qui

constituait pour la navigation un danger permanent «parce que les ditz

molinz qui ainsi y seroient édiffiez et mis retiendroient et

empescheroient le cours de l'eau de la dite rivière en manière que la

dite eau pourroit estre cause pour la grant habondance et impetuosite

d'icelle, faire desmolir et abastre le dit pont», bien que le maître

des ports prétendît que, de par ses fonctions, il avait autorité sur

la rive du Rhône et que le lit où coulait le fleuve faisait partie du

royaume, néanmoins, Louis XI, «considérant que s'il estoit permis et

souffrir faire tenir et construire les ditz moulins ou aultrez près du

dit pont et les ataicher à la dicte arche, iceulx moulins peussent

estre cause de faire rompre et desmolir icelle arche et les autres

arches du dit pont, lesquelles ainsi estoit à granz difficultez et

sans granz fraiz se pourront rediffier à cause de l'impetuosité du dit

Rosne qui seroit au grand grief, prejudice et dommaige de nostre dict

Sainct Père et des dits recteurs et gouverneurs du dit pont et des

mananz et habitanz de la dite ville et cite d'Avignon et de toute la

chose publique du pays et environ», Louis XI donne l'ordre de démolir

ledit moulin et de le transporter là où on avait auparavant la coutume

de le placer. «Et se les ditz moulinz ou aulcuns deux y avoient este

miz, affichez et ataichez, quils les ostent ou facent oster et mectre

ailleurs incontinent et sans delay, et remettez ès lieux où ils

souloient estre le temps passé.»

[552] Donné à Tours le..... jour d'avril 1480, avant Pâques.

Arch. municip,, B. 63, no 19, Cott. T., Origin.--Cf. Pilot,

_Catalog._, II, 1754 _bis_, p. 295.

A la suite des diverses ambassades qui lui furent envoyées par la

ville au moment des affaires de Tinteville, en 1481[553], Louis XI

confirma aux Avignonnais le privilège que leur avaient accordé les

rois, ses prédécesseurs, et que maintinrent ses successeurs, de

transporter de leurs terres situées dans le royaume de France tous les

produits nécessaires à leur alimentation, blé, vin, légumes, viande,

fruits, etc., librement et sans payer aucun droit[554]. On comprend

quelle était l'importance de cette liberté de transit pour les

Avignonnais qui vivaient exclusivement des produits importés. La

mauvaise volonté, l'esprit jaloux et tracassier des officiers royaux

pouvaient, au passage du Rhône ou de la Durance, par suite d'exigences

fiscales et de droits de douane exorbitants, suspendre l'entrée des

produits du sol qui alimentaient les marchés d'Avignon et affamer les

habitants, mesures restrictives dont l'application était facile toutes

les fois que, par suite des mauvaises récoltes en Bourgogne, Dauphiné

ou Languedoc, le transport des céréales était interdit. Louis XI,

tenant compte que les vassaux du Saint-Siège avaient coutume de payer

régulièrement les aydes et autres impôts pour les terres à eux

appartenant enclavées dans les domaines de la couronne, donna toute

facilité aux réclamants. Cette revendication légitime des Avignonnais

et des Comtadins fut confirmées à nouveau par lettres patentes datées

du Plessis du Parc-les-Tours, le 23 mai 1482. Louis XI écrivait à ses

officiers, sénéchaux, maîtres des ports ou à leurs lieutenants, pour

que «aux dits suppliants vous leur souffriez et laissez prendre et

faire prendre, lever et cuillir, quant bon leur semblera, leurs dits

bledz, vins et autres fruictz creuz et qui croistront en leurs dits

heritaiges, terres et possessions, quelque part quils soyent situez

et assiz en nostre dit royaume, pays et seigneuries et iceulx mener et

conduire en la dite ville et cité d'Avignon pour leur vivre et

substantation ainz quils ont accoustumé de faire, sans leur faire

mettre ou donner ne souffrir estre fait, mis ou donné aucun arrest

destourbier ou empeschement au contraire[555]».

[553] Ambassades de Bernard de Codertio, 1er septembre 1481.

[554] Cette franchise avait déjà été accordée aux Avignonnais par

Charles VII, novembre 1432.

[555] Arch. municip., Origin., B. 47, no 7, Cott. G.

RESUME ET CONCLUSIONS

Au XVe siècle, la situation politique des états citramontains de

l'Église offre un caractère particulier que nous avons étudié dans ses

moindres détails. Cette organisation reste ce qu'elle était, à peu de

chose près, jusqu'à la réunion définitive de ces états à la France.

Par l'essence même de sa constitution municipale, par l'étendue des

pouvoirs de ses magistrats, par l'indépendance et l'autorité de son

corps de ville, par la prépondérance des corps de métiers, Avignon, au

XVe siècle, constitue une sorte de république italienne d'en deçà des

monts, avec tous les privilèges et les prérogatives d'une ville libre

placée sous la suzeraineté temporelle du Saint-Siège mais en pleine

possession de son autonomie communale. Quant au Comtat Venaissin, son

indépendance n'en est pas moins réelle et non moins franchement

affirmée au sein des états. La vie municipale n'y est pas moins

intense qu'à Avignon; l'esprit de solidarité dans ce qu'il a de plus

étroit anime ses représentants, et, comme à Avignon, l'autorité papale

y est surtout honorifique et nominale. C'est l'assemblée des élus du

pays qui a entre ses mains le gouvernement du pays.

I

Comment les rois de France considéraient-ils, dans leurs rapports avec

la couronne, les villes et territoires du domaine de l'Église?

Depuis Charles VI aucun souverain n'élève de prétentions sur la

légitimité de possession du Saint-Siège. Tous proclament Avignon et

«la Conté de Venisse» «territoire et patrimoine de l'Église», et, à ce

titre, ils considèrent comme un devoir pour la royauté, «fille aînée

et bras droit de l'Église», d'assurer aux vassaux du Saint-Siège une

protection effective. Il est à constater que dans aucune circonstance

ils n'ont failli à cet engagement. Charles VI, qui était d'abord resté

neutre dans la lutte entre les cardinaux et les Avignonnais contre

Benoît XIII, envoie des secours en hommes en argent et munitions dès

que la guerre, par l'arrivée des renforts catalans et aragonais,

menace l'existence même de la cité avignonnaise. Charles VII, par

lettres patentes de 1423, 1426, 1428, 1451 et autres, déclare que les

états de l'Église sont placés sous la protection royale, «et nous

vouldrions tousjours entretenir et favoriser les faiz de vostre cité

comme de nos propres subgectz» (1451). Louis XI, qui avait eu à se

plaindre des Avignonnais, oublie les injures faites au dauphin,

accueille avec la plus grande affabilité leurs ambassadeurs et les

appelle «ses confédérez, aliez et devotz de sa couronne». Il les

protège par des envois de gens d'armes contre les attaques des

routiers et les comble de privilèges et de faveurs. Il ne fait que

confirmer les actes de générosité de ses prédécesseurs vis-à-vis

d'Avignon et du comté. Faut-il conclure de cette politique

uniformément suivie qu'il n'avait pas intérieurement conscience de ses

droits sur Avignon, par cette raison que dans aucun document public,

jusqu'à Henri II, il n'est fait allusion aux revendications de la

couronne sur cette partie des domaines de l'Église? ou bien faut-il

admettre que si Louis XI a toujours traité si favorablement les

Avignonnais c'est qu'il voulait, ce faisant, être agréable au

Saint-Siège? Cette seconde raison ne nous semble pas suffisante et

nous sommes convaincus que si Charles VII et Louis XI ne se sont

jamais prévalus des droits de la couronne sur les états citramontains

de l'Église, c'est qu'ils en considéraient l'aliénation comme

temporaire et qu'ils ne voyaient là qu'un apanage de la couronne donné

en hommage aux souverains pontifes mais dont les rois de France

étaient en réalité les souverains naturels. Dans tous leurs actes,

comme nous allons l'exposer sommairement, les rois de France ne

traitent pas les Avignonnais ou les Comtadins autrement que les vrais

regnicoles.

II

Charles VII et son fils interviennent dans l'administration intérieure

de la ville et les parlements royaux ne craignent pas de contrecarrer

ouvertement l'autorité du légat. Charles VII, le premier, veut avoir

un agent royal dans le conseil de ville, qui le tiendra au courant de

tout ce qui se dira et se fera au sein de cette assemblée et

surveillera le représentant du Saint-Siège. Il propose Pierre Arcet et

Martin Héron, son valet de chambre, pour occuper à Avignon les

délicates fonctions de viguier. Louis XI, suivant la politique de son

père, obtient la même charge pour son maître d'hôtel Raymond de

Mombardon. A une époque où Louis XI cherche à transformer, dans toutes

les villes du royaume, les magistrats municipaux en agents royaux,

cette tentative est à noter, car elle montre chez ce monarque un

calcul bien arrêté de faire sentir l'action royale à Avignon comme

ailleurs. Mais le soin jaloux qu'avaient les Avignonnais de maintenir

intactes leurs institutions locales, aussi bien vis-à-vis des papes

que contre les tentatives des rois de France, devait déjouer toutes

les ruses du monarque pour arriver à ses fins.

Louis XI et son père, quand un événement important pour la couronne

vient à se produire, ne manquent jamais d'en faire part aux

Avignonnais, absolument comme aux villes du royaume, pensant bien que

rien de ce qui intéresse la patrie française ne leur est étranger. En

même temps qu'il annonce aux Lyonnais la victoire de Castillon et la

conquête de la Guyenne (1453), Charles VII avise les syndics d'Avignon

et les conseillers du succès de ses armes et de la déroute des

Anglais. A-t-il à se plaindre des agissements de son fils, le dauphin

Louis, et de ses projets ténébreux sur les états de l'Église, vite il

les met en garde et leur envoie plusieurs ambassadeurs pour leur

donner à entendre leurs véritables intérêts. Louis XI multiplie les

missions diplomatiques à Avignon et les agents secrets. Il emploie le

crédit des Avignonnais en Cour de Rome pour forcer la main au pape,

quand il désire faire donner la légation à un candidat de son choix.

Ses ambassadeurs sont reçus avec un appareil princier. Le bailli des

montagnes du Dauphiné, le maréchal de Comminges, Petit-Jean, Jean de

Loqueto, agents du roi, sont traités avec toutes sortes d'égards. Les

sénéchaux royaux sont comblés de cadeaux et de «pots de vin». Le

sénéchal de Languedoc, qui avait défendu auprès de Louis XI les

intérêts de la ville, reçoit pour sa dame une magnifique pièce de

velours cramoisi tissée à Avignon. Quand le roi de France meurt, ses

obsèques solennelles sont célébrées à la Métropole, aux frais de la

ville.

III

Il n'est pas de ville du domaine royal qui ait été dotée plus

qu'Avignon de beaux privilèges et l'objet des plus grandes faveurs

royales. Charles V et Charles VI donnent aux Avignonnais le droit de

faire transporter par eau, dans leur ville, tous les matériaux

nécessaires à la construction et aux réparations de leurs maisons.

Louis XI confirme ce droit (1477) et permet en outre aux habitants de

construire un radeau et de tirer deux cents quintaux de fer du

royaume, sans payer de droit pour réparer le pont démoli en partie par

une inondation (1479). Il les autorise à élever des pallières pour

protéger leur terroir et décide que le produit du pontonage sera

appliqué à l'entretien du pont (1476). Bien mieux, le maître du port

de Villeneuve ayant fait établir un moulin accoté à une arche du pont,

de façon à gêner la navigation, Louis XI, sur la réclamation des

Avignonnais, ordonne la démolition immédiate dudit moulin (1480).

Au moment où ce roi accordait aux habitants de Verdun, ville

étrangère, le droit de transporter dans leur ville le blé qu'ils

auront acheté dans le royaume, Louis XI octroie la même faveur aux

Avignonnais (mars 1461). Il confirme dans leurs prérogatives les

vingt-cinq particuliers ou couvents d'Avignon qui avaient le droit de

prélever leur provision sur les bateaux employés au tirage du sel sur

le Rhône, et cela sans payer de droits (1478).

En matière de commerce et d'échanges les Avignonnais sont traités sur

le pied des regnicoles et leurs affaires sont placées sous la

protection du roi de France. Ils conduisent par barque, sur le Rhône,

leurs marchandises jusqu'à Arles et à la mer, et du côté de Lyon; ils

envoient à dos de mulet en Languedoc et en Dauphiné leurs soieries,

étoffes brodées, si recherchées pour les bannières et tentures, sans

payer d'autres droits ou péages que ceux accoutumés, et qu'acquittent

les sujets du roi. Ce n'est point chez Louis XI un calcul, au moment

où il cherchait par tous les moyens à attirer les étrangers pour

accroître la prospérité du commerce français. Cette attitude de la

couronne vis-à-vis des sujets du pape, en matière de relations

mercantiles, est une tradition. Un sieur de Grignan ayant arrêté en

Dauphiné un marchand avignonnais, et lui ayant volé plusieurs balles

de drap, Charles VII donne des ordres pour que le sieur de Grignan

soit mis en demeure de restituer le produit de son vol, et le roi fait

des excuses aux consuls d'Avignon (1428).

Charles VII, Louis XI (1476, 1479, 1481), défendent à quiconque de

«laxer» des lettres de marques ou de représailles contre les

Avignonnais et les Comtadins, à l'occasion de revendications en

matière commerciale sans expresse licence et permission de Leur

Majesté. Charles VII enjoint aux sénéchaux et maîtres des ports de

permettre aux habitants du Languedoc de se rendre aux foires d'Avignon

(1424). Louis XI veut que les sujets du pape puissent «commerser et

fréquenter ensemble comme ils souloient faire le temps passé» (1461).

Bien plus, il casse et annule les lettres de représailles «laxées»

contre les Avignonnais. L'évêque de Gap ayant laxé des représailles

contre Avignon, les habitants s'adressent au roi, lequel écrit au

gouverneur du Dauphiné pour que suspension soit faite de l'exécution

desdites lettres jusqu'à «Pâques prochains venanz».

Dans les questions qui le regardaient personnellement et lorsqu'il

avait à se plaindre des Avignonnais ou des Comtadins dans les affaires

d'extradition, d'incarcération, de dettes, etc., Louis XI recourait,

il est vrai, aux lettres de représailles, mais ce n'étaient là que des

mesures de rigueur passagères, conséquence d'un moment de mauvaise

humeur ou d'emportement, et jamais elles ne recevaient d'exécution.

Généralement, ce procédé d'intimidation amenait les Avignonnais à

solliciter leur pardon, et la bonne harmonie dans les relations était

aussitôt rétablie.

Telle est à grands traits la politique de Louis XI dans ses rapports

avec les sujets de l'Église; son père et lui prennent à tâche de

gagner à leur cause les Avignonnais et les Comtadins; ils les comblent

de bienfaits; ils les associent à tous les événements de la couronne;

ils favorisent et protègent leur commerce. Ils se font juges et

arbitres de leurs différends; ils traitent directement avec eux par

ambassades ou par dépêches les affaires les plus importantes en dehors

du légat. Ils ne contestent pas ouvertement la suzeraineté temporelle

du Saint-Siège sur le pays, mais par leur tutelle effective, par leur

intervention constante, ils tendent à la transformer en une simple

formule. Voyons maintenant ce qu'en échange de leurs bons procédés ils

exigent des habitants.

IV

Charles VII et son fils prétendent exercer, à Avignon et dans toute

l'étendue des états pontificaux d'en deçà des monts, le droit de

réquisition et ils le pratiquent en réalité ni plus ni moins que s'il

s'agissait des villes de leur propre royaume. Le dauphin Charles

emprunte à la ville son artillerie pour forcer la garnison de

Pont-Saint-Esprit (1420). Comme pour Reims, Amiens, Orléans, villes

royales, Louis XI réquisitionne les chevaux nécessaires pour le

transport de son artillerie à Lyon, et c'est la ville d'Avignon qui en

solde la dépense (1476).

L'armée royale envoyée en Roussillon en 1473 manque de blé; c'est aux

Avignonnais que les officiers de Louis XI s'adressent pour en avoir,

et leur complaisance sauve l'armée en détresse.

En matière de finances, Charles VII et Louis XI ne se montrent pas

plus scrupuleux avec les sujets du pape qu'avec les leurs propres;

Charles VII contracte avec la ville d'Avignon plusieurs emprunts. Le

dauphin Louis demande 1,000 livres une première fois; il en reçoit

5,000 comme indemnité de règlement de compte pour l'héritage de

Boucicaut. Il exige (1476) que les Avignonnais servent de caution à

Charles de Bourbon, archevêque de Lyon et légat d'Avignon, pour une

somme de 3,200 livres dont ce dernier fait l'avance au souverain.

V

Charles VII et son successeur s'attribuent sur les états du

Saint-Siège enclavés dans leur royaume un droit de haute police, et

ils considèrent que les rapports fréquents de voisinage rendent ce

contrôle indispensable. Dans le cas où la cour de France a à se

plaindre du pape, les Avignonnais et les Comtadins supportent les

conséquences du conflit, et aucun des deux souverains n'hésite à user

des voies de fait vis-à-vis des sujets de Sa Sainteté pour amener le

souverain pontife à de meilleurs sentiments à l'égard de la France.

La situation topographique d'Avignon «assise ès extrémités du royaume»

et confinant à la fois au Languedoc, à la Provence et au Dauphiné, en

faisait un lieu de refuge pour les bannis, malfaiteurs, réfugiés

politiques, faux-monnayeurs, criminels de droit commun ou de

lèse-majesté, contumaces et autres vagabonds qui échappaient à la

justice royale. Les faux-saulniers trouvaient dans la cité papale un

asile assuré, et la qualité de ville étrangère faisait aussi d'Avignon

un centre de contrebande douanière destiné à dissimuler les

certificats d'origine des marchandises importées et exportées. Louis

XI, dans ces conditions, ne considère pas que la violation des

frontières puisse être opposée à la raison d'état. Charles VII

n'hésite pas à laxer des représailles contre les Avignonnais qui

différaient de livrer les compagnons de Jacques Coeur couverts par

l'immunité du couvent des Célestins. Louis XI use du même moyen quand

il découvre la trahison de Jules de la Rovère. En 1481, un certain

clerc non marié, Jean de Vaux, coupable de lèse-majesté, s'étant

réfugié dans une église d'Avignon, les agents du roi pénètrent dans la

ville pour s'emparer de sa personne. Sixte IV intervient; il adresse

un bref à Jean Rose, notaire, pour être lu en conseil de ville,

déclarant qu'on attente ouvertement aux privilèges de l'Église qu'en

sa qualité de pasteur il est obligé de sauvegarder. Il engage vivement

les habitants à résister aux ordres du roi et leur ordonne de faire

réintégrer dans l'église ledit Jean de Vaux, dans le cas où il en

aurait été arraché. Louis XI, furieux contre le pape et les

Avignonnais met la ville en interdit (1481). Même quand ils ne sont

pas coupables, les habitants d'Avignon demeurent toujours responsables

en cas d'atteinte portée aux droits du roi, et on leur demande compte

des abus et des excès de pouvoir des officiers pontificaux.

VI

Après avoir nettement établi les rapports de la cour de France avec

les vassaux du Saint-Siège dans cette seconde partie du XVe siècle, il

nous reste maintenant, comme terme de cette conclusion, à fixer le

caractère de la politique de Louis XI dans ses rapports avec Rome pour

la solution des questions qui se rattachent aux affaires intérieures

et extérieures des états pontificaux de France. En un mot, il s'agit

pour nous de déterminer dans quelles limites le monarque permettait au

Saint-Siège de désigner le représentant de son autorité temporelle

dans les villes et territoires dont il avait charge; et aussi quelles

garanties il exigeait, en retour, pour s'assurer de la fidélité

politique des hommes qu'il considérait comme ses sujets propres mais

qui étaient placés, en fait, sous une domination étrangère?

Lorsqu'un conflit, et cela arrivait fréquemment, s'élevait entre

l'autorité pontificale et ses administrés, Charles VII et Louis XI

s'étaient fait une règle de ne jamais intervenir, même lorsque le

mécontentement de la population avignonnaise prenait le caractère d'un

soulèvement grave. Quand la nomination, comme légat du Saint-Siège à

Avignon, de Marc Condulmaro (1431-1432) provoque une prise d'armes

contre la décision du pape, Charles VII défend, sous les peines les

plus sévères, à ses sujets de se mêler à l'émeute. Il ne veut prendre

parti pour personne, bien qu'il ait un candidat; il se montre

souverain respectueux et fils soumis de l'Église. C'est un fait

historique sans conteste que, jusqu'à Louis XIV, jamais les rois de

France ne veulent intervenir dans les querelles intérieures du pape

avec ses propres sujets.

Charles VII, le premier, pose comme un principe que le pape doit tenir

compte de l'agrément de la cour de France dans la désignation du légat

placé à la tête de l'administration des états pontificaux de France.

Il insiste pour le choix de Carillo, cardinal de Saint-Eustache, mais

sans succès. Louis XI reprend la même politique, mais il se montre

exigeant, importun et autoritaire avec le Saint-Siège. Il propose,

l'un après l'autre, plusieurs évêques ou archevêques que le pape

écarte systématiquement. Le roi se fâche, et suivant cette politique

occulte qui est le plus grand ressort de sa diplomatie, il pousse en

secret les Avignonnais à la révolte contre leur évêque, Alain de

Coëtivy, et il les engage à refuser de le recevoir, au cas où le pape

voudrait le leur imposer. Mais, malgré ses efforts, il n'obtient qu'un

demi-succès, le Saint-Siège ayant l'habileté de confier la légation à

un légat intérimaire pour ne pas pousser plus loin le conflit et en

venir aux voies de fait. C'est que Louis XI voyait là une raison

d'état à faire prévaloir. Il voulait avoir la haute main sur le légat,

lui donner des ordres, comme au cardinal de Foix en 1463, au moment du

siège de Barcelone, en faire un serviteur dévoué des intérêts

français. Il comprenait le danger d'avoir une portion de territoire

enclavée en son royaume ouverte à l'influence étrangère, aux ordres de

Rome, et où un gouverneur brouillon et remuant pouvait compromettre le

succès de la politique royale. La nomination de Charles de Bourbon

(1470) est un triomphe pour la diplomatie de Louis XI; la substitution

de Jules de la Rovère une cause de conflit (1476). La suzeraineté

temporelle des papes sur Avignon est même un moment menacée.

VII

Dans toute la correspondance qu'ils entretiennent avec la cour, les

consuls assurent Charles VII et Louis XI de leur absolu dévouement à

la couronne. Les ambassadeurs que la ville envoie auprès de chacun

d'eux, à son avènement, se confondent en protestations d'hommage et de

respect pour sa personne. Ils se disent eux-mêmes, dans toutes les

occasions, les dévots et loyaux sujets de Sa Majesté et jamais ils ne

laissent échapper une occasion de rappeler les services qu'ils ont

rendus à la couronne.

Louis XI et Les États Pontificaux de France au XVe siècle · 第 16 / 19 段