DE L’USAGE DU MARIAGE, DES CIRCONSTANCES DE L’ACTE CONJUGAL ET DES
PÉCHÉS QU’Y COMMETTENT LES ÉPOUX
§ I
DE L’USAGE DU MARIAGE ET DES PÉCHÉS VÉNIELS QU’Y COMMETTENT LES ÉPOUX
QUANT AUX MOTIFS
1º L’acte conjugal exercé pour le seul plaisir est exempt de toute faute
même vénielle.
2º L’usage du mariage est-il permis pour éviter l’incontinence?
Tous les théologiens conviennent qu’il est permis de rendre le devoir à
l’époux qui le demande, sans autre raison que celle d’éviter
l’incontinence.
«A cause de la fornication, que chacun ait son épouse, et chaque femme
son mari... Ne vous trompez pas l’un l’autre, si ce n’est par un
consentement mutuel pour un temps, pour vaquer à l’oraison, et
retournez-y de nouveau, de peur que Satan ne vous tente à cause de votre
incontinence; je dis cela par indulgence, et non par commandement, car
je voudrais que vous fussiez tous comme moi.» (I Corinth. 4.)
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L’époux qui désire que l’acte conjugal soit stérile pèche selon
l’opinion de tous les théologiens, mais seulement d’une manière
vénielle.
Cependant _Sœttler_ s’exprime ainsi:
Si quelqu’un désire n’avoir pas d’enfants, d’après un grand nombre de
théologiens il pèche mortellement, parce que ce désir répugne gravement
à la fin du mariage... Selon d’autres beaucoup plus nombreux, ce désir,
si on s’arrête là, s’il est purement spéculatif, et si l’on ne fait rien
pour empêcher la génération, est seulement véniel, mais dangereux, dit
Vernier, comme tendant au péché mortel.
Tout peut donc se résumer en ces quatre paroles de _Collet_: «La
copulation exercée pour toute autre fin que celle de la génération ou de
la justice est toujours un péché.» Cette proposition est d’ailleurs
fondée sur ce passage de _saint Augustin_:
«Le coït nécessaire pour la génération n’est pas coupable... Mais celui
qui va au delà de cette nécessité n’obéit plus à la raison, mais au
libertinage. Et cependant ne pas l’exiger, mais le rendre à son époux,
de peur qu’il ne pèche gravement en forniquant, est une nécessité pour
la personne conjugale.» (_Manuel des bons époux._)
§ II
DES CIRCONSTANCES OU L’USAGE DU MARIAGE EST GÉNÉRALEMENT PÉCHÉ MORTEL
QUANT A L’ACTE, CONFORMÉMENT A L’OPINION DE TOUS LES THÉOLOGIENS
1º D’après tous les théologiens, il y a péché mortel si quant à la
position le coït n’est pas naturel, et s’il y a grave danger d’effusion
en dehors du vase, soit en demandant, soit en rendant le devoir: «Mais,
en dehors de ce danger, demander ainsi ou rendre le devoir sans
nécessité est un péché seulement véniel, parce qu’une telle inversion
n’est pas essentielle et n’est pas opposée à la génération. Cependant
elle doit être sévèrement blâmée. S’il y a nécessité d’agir ainsi, comme
par exemple à cause de la grossesse, ou parce que le corps ne peut
souffrir une autre position, il n’y aura aucun péché, pourvu qu’il n’y
ait pas danger probable d’effusion en dehors du vase.»
2º Les époux pèchent mortellement, quand, comme nous le verrons mieux
plus bas, ils excitent volontairement une semblable effusion, ou même
commencent d’une façon sodomitique le coït avec l’intention de le
consommer selon les règles; car un tel acte, désordonné, tendant de soi
à l’effusion hors du vase, doit être considéré comme une sodomie
commencée. C’est l’avis de _Sanchez_, _S. Liguori_, _Bouvier_ et
beaucoup d’autres. Il faut ajouter que généralement les époux pèchent
mortellement, s’ils ne rougissent pas d’exercer des actes très honteux
et répugnant gravement à la nature et à l’honnêteté (tels que la
masturbation labiale, etc.)
3º De même pèchent mortellement les époux qui de quelque façon que ce
soit empêchent la génération, ou s’exposent, comme dit _Collet_, au
danger de rejeter le fœtus par voie d’avortement, ou de le blesser
gravement.
4º L’homme pèche mortellement, dit encore le savant _Collet_, quand il
se retire et ne consomme pas l’évacuation de la semence dans le vase. De
même la femme si elle élimine à dessein la semence ou s’efforce de
l’éliminer, ou répand à dessein sa propre semence.
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_Saint Antonin_, _saint Liguori_, etc., etc., affirment qu’il n’y a pas
péché mortel, si la copulation une fois commencée, les époux arrêtent
l’effusion, c’est-à-dire, si avant l’effusion, l’homme se retire du
consentement de la femme, pourvu qu’il n’y ait pas danger d’effusion au
dehors du vase, ou de pollution chez l’un ou l’autre époux. Plusieurs
autres, comme les RR. PP. _Navarre_, _Ledesma_, _Azor_, etc., pensent
qu’il y a alors péché mortel, parce qu’on empêche la génération pour
laquelle la copulation est faite, et qu’ainsi l’acte conjugal est
frustré de sa fin essentielle, qui est la génération.
Saint Liguori demande au cas où l’homme a déjà éjaculé: si la femme
pèche en se retirant ou si l’homme pèche mortellement en n’attendant pas
la sémination de la femme.
Voici notre réponse: la quasi-spermatisation de la femme ne paraissant
pas nécessaire à la génération, nous ne voyons pas trop la solidité des
raisons qu’on apporte en faveur du péché mortel, parce que la matière
qui forme la spermatisation de la femme n’est point une véritable
semence, mais de simples mucosités vaginales et utérines... La femme,
d’après tous les physiologistes modernes de l’Europe et du monde entier,
est incapable d’une véritable sécrétion séminale ou spermatique; elle
n’a point d’organe spécial pour cela. Elle fournit seulement l’ovule ou
le germe qui vient de l’ovaire, plus ordinairement une certaine quantité
de mucosités ou d’humeurs lubréfiantes, qui sont l’effet de l’organisme
érotique et qui sont propres à faciliter ou à compléter l’acte conjugal,
mais qui ne paraissent pas du tout essentielles à la fécondation.
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De ce fait d’union sexuelle accomplie du côté de la femme avec dégoût,
répugnance, une sorte d’horreur, malaise et souffrance physique, il
s’ensuit que, dans ces cas de coïts froids et insensibles, il n’y a
point de sémination prolifique dans le sens que l’entendent les
théologiens, parce que, dans un tel acte, il est physiologiquement
impossible qu’une effusion de sperme s’accomplisse sans sensation
érotique ou voluptueuse de la part de la femme, comme du côté de
l’homme. Donc la sémination féminine n’est pas nécessaire à la
conception, puisque celle-ci peut s’accomplir sans elle par le seul fait
de la sémination virile.
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Les théologiens _demandent_:
Est-il permis à la femme, quand l’homme s’est retiré après la
sémination, de s’exciter aussitôt elle-même par des attouchements à sa
propre éjaculation pour se procurer un soulagement nécessaire?
_Réponse_: Nous pensons que cela n’est pas permis à la femme, parce que
cette action solitaire n’a plus aucun but physiologique dans l’ordre de
la procréation ni aucune relation avec l’acte conjugal, et que ce serait
une véritable masturbation. Quant au soulagement ou au besoin à
satisfaire, nous n’y voyons d’autre remède que la prolongation de l’acte
ou un autre acte plus complet et plus normal. Les théologiens qui
pensent comme nous apportent pour raison que la semence de la femme
n’est pas nécessaire à la génération, et que cette effusion de la femme,
étant un acte séparé, ne fait plus une seule chair avec l’homme. _Saint
Liguori_ ajoute: Si on le permettait aux femmes, il faudrait aussi le
permettre aux hommes, dans le cas où la femme se retirerait après sa
sémination, et où l’homme resterait en état d’irritation. (Livr. 6, nº
219.)
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«Quoique la semence de la femme, dit _Sanchez_, ne soit pas nécessaire à
la génération, cependant elle aide beaucoup à la rendre plus facile...
Il n’est pas nécessaire que les deux époux sèment ensemble. C’est
pourquoi pendant que l’homme sème, il n’est pas du tout tenu à attendre
l’effusion de la femme. La preuve en est que Galien et d’autres
enseignent que la semence de la femme n’est pas nécessaire, et ne
concourt pas activement à la génération, etc.» Un grand nombre d’auteurs
sont ici cités enseignant tout ce que Sanchez vient d’établir, à savoir
que la semence de la femme n’est pas nécessaire à la génération...
_Sanchez_ ajoute: «et beaucoup d’autres, et toute l’école des
théologiens (_excepté les disciples de Scot_)»... Ce qui le prouve
encore, c’est que d’après l’expérience les femmes conçoivent même malgré
elles, en recevant dans le bain la semence virile (ce qui est fabuleux
et faux); car alors elles ne sèment en aucune façon, autrement elles ne
pourraient pas ressentir une très grande délectation vénérienne... Donc,
puisque la génération a lieu sans cette semence, même lorsque la
sémination a lieu après le coït, il n’y a aucun précepte qui oblige à
semer en même temps. On ne peut faire valoir contre cette conclusion que
cette sémination simultanée est plus favorable à la génération. Parce
que les époux ne sont pas tenus à choisir la voie la plus convenable et
la plus favorable à la génération, mais il leur suffit de ne point s’y
opposer.
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Les époux pèchent mortellement, s’ils s’accouplent avec une affection
adultère et fornicatrice, c’est-à-dire, si l’homme en voyant son épouse
désire et ait l’intention de s’accoupler avec une autre femme qu’il se
représente; il en est de même de l’épouse, quand elle songe à un autre
homme. Tous les deux commettent l’adultère dans leur cœur. Il n’y a rien
de plus honteux, dit saint Jérôme, que d’aimer une épouse comme une
adultère. De même ils pèchent mortellement s’ils exercent le coït pour
une fin gravement mauvaise, par exemple, pour faire mourir la femme en
couches.
Les époux pèchent encore mortellement s’ils se livrent au coït devant
témoins, à cause du grand scandale; ils doivent donc prendre garde que
d’autres personnes ne couchent dans leur chambre. Les pauvres et les
paysans qui n’ont souvent qu’une seule chambre à coucher pour eux, leurs
enfants et leurs domestiques, doivent veiller attentivement, le jour et
la nuit, à ce que, en usant de leurs droits, ils ne soient pas pour les
autres une occasion de scandale.
§ III