_Sixième_:
Luxurieux point ne seras
De corps ni de consentement.
_Neuvième_:
L’œuvre de chair ne désireras
Qu’en mariage seulement.
--Que défend le sixième commandement?
--Il défend, non seulement toute impureté, mais, qui plus est, la
seule convoitise et tout plaisir qu’on aurait à y penser
volontairement.
--Que défend le neuvième commandement?
--Il défend toute impureté, c’est-à-dire, de prendre aucun plaisir
charnel, sur soi ou sur autrui, en dehors du mariage, par œuvre, par
attouchements, baisers, paroles, chansons, dites ou écoutées, regards,
lectures de livres impudiques ou malhonnêtes.
Misérables hypocrites! Les premiers livres impudiques et malhonnêtes, ce
sont vos _Examens de conscience_, messieurs les prêtres.
Continuons. Le paragraphe qui suit prouve, mieux que toutes nos
affirmations, que les confesseurs se mêlent de ce qui se passe dans les
alcôves conjugales.
Le neuvième commandement, en général, défend toute impureté,
c’est-à-dire tout plaisir sensuel honteux, charnel, à tous ceux qui ne
sont pas mariés. Ce serait cependant une grave erreur que de se croire
tout permis dans le mariage. Les personnes mariées pèchent dans l’état
du mariage, par suite de la crainte d’avoir trop d’enfants, _par des
abus dans ce qui est permis, par des désobéissances dans ce qui est
ordonné_. Celles dont la conscience est inquiète sur cette matière
délicate DOIVENT CONSULTER LEUR CONFESSEUR (textuel).
Avis aux républicains faibles qui permettent à leur femme de fréquenter
l’église: c’est monsieur l’abbé qui règle comment madame doit rendre à
son mari le devoir conjugal. La jeune fille qui se prépare à la première
communion sait, dès l’âge de onze ans, que, lorsqu’elle sera grande,
elle devra consulter son confesseur sur la manière dont elle devra se
comporter envers celui qu’elle épousera. Comment, avec cela, les
fillettes élevées au confessionnal pourraient-elles devenir des honnêtes
femmes?
Continuons:
1º _Pensées_.
Ruminer dans son esprit, occuper son esprit de choses déshonnêtes,
former dans son esprit des images d’objets ou d’actions déshonnêtes,
sans la volonté de les commettre.
--1. Avez-vous donné occasion volontaire à des pensées déshonnêtes?
--2. Vous êtes-vous arrêté volontairement à considérer dans votre
esprit des objets ou des actions déshonnêtes, défendues?--Combien de
fois?--Combien de temps?--Quel était l’objet de cette pensée
volontaire?--Telle action? telle sorte de personne?--Quelles ont été
les suites, les désordres de ces mauvaises pensées?--Des mouvements
déréglés en vous, etc.?--Des passions violentes?
--3. Avez-vous repoussé ces sortes de mauvaises pensées dès que vous
vous en êtes aperçu?--Sans y prendre positivement plaisir, n’avez-vous
pas été lâche à les rejeter?
--4. Avez-vous rappelé dans votre esprit le souvenir des péchés
passés?
2º _Désirs_.
--1. Avez-vous désiré, souhaité dans votre cœur, de voir, de toucher,
de faire, d’entendre, etc., quelqu’une de ces choses que le sixième
commandement défend de faire?
--2. Avez-vous pris les moyens, fait les démarches, les efforts,
quoique sans effet, pour exécuter ces mauvais désirs?
--3. N’avez-vous pas regretté le manquement d’exécution?--Dites ce que
vous avez désiré; ses qualités, la vôtre.--S’agissait-il de personnes
mariées? ou parentes? ou consacrées à Dieu?
--4. Quels ont été les effets de ces désirs sur votre corps?--Pendant
combien de temps vous êtes-vous entretenu de ces désirs impurs?
Remarquons, en passant, que messieurs les curés, sous prétexte de
questionner les jeunes garçons et les jeunes filles sur leurs péchés,
leur demandent, d’une manière détournée, des renseignements sur les
tierces personnes, à cause de qui les péchés ont été commis.
3º _Actions_.
--1. Avez-vous fait des actions honteuses, impures?
--2. Étiez-vous seul?--Avec d’autres?--De même ou de différent sexe?
mariés? parents? ou alliés?--Dans la crainte du déshonneur?--_Avec des
bêtes?_--Dans un lieu public ou sacré?--Combien de fois?--Toujours
avec les mêmes?--Depuis combien de temps?--Sous promesse de
mariage?--Quelles en sont les suites?
4º _Attouchements_.
--1. Avez-vous touché avec la main ou autrement, par plaisir et sans
nécessité, des parties du corps que la pudeur veut que l’on
cache?--Sur vous-même?--Sur d’autres de même ou de différent
sexe?--Mariés, parents, etc.?--_Sur des animaux?_
--2. Avez-vous permis, souffert de ces criminelles et honteuses
libertés?
--3. Les avez-vous provoquées, excitées?--Combien de fois?--Êtes-vous
dans l’habitude?--Depuis quand?--Quel désordre ou accident a suivi ces
actes coupables?
5º _Baisers_.
--Avez-vous donné ou reçu des baisers, surtout entre jeunes gens de
différents sexes, avec mauvaises intentions?--Avec durée?--D’une
manière indécente?--Avec danger de consentir ultérieurement aux suites
impures?
6º _Paroles_.
--1. Avez-vous dit des paroles déshonnêtes, sales, exprimant
clairement ces péchés, ou objets d’impureté? ou des paroles à
double entente, plus couvertes?--En présence de combien de
personnes?--Quelles étaient leurs qualités? jeunes? mariées?
etc.--Ont-elles été scandalisées?
Pour le coup, voilà une question passablement indiscrète. Il est facile
de voir quel parti le confesseur peut tirer de la réponse qui lui est
faite.
Quoique sans se faire nommer une personne, il se la fait d’abord
désigner de la façon la plus explicite possible. Puis, suivant qu’il a
des vues sur cette personne, suivant qu’il a intérêt à savoir si elle
est ou non accessible, il pose cette question:
--Mon enfant, cette personne à qui vous avez dit des paroles
déshonnêtes, sales, exprimant clairement un désir ou un objet
d’impureté, cette personne, dis-je, a-t-elle été scandalisée?
Supposons que la jeune pénitente réponde:
--Non, mon père, elle n’a pas été scandalisée du tout.
Le confesseur se dira, à part lui:
--Très bien, voilà une vertu facile dont je pourrai prochainement tenter
l’assaut.
Le motif de ces questions indiscrètes ne peut faire aucun doute.
Continuons encore:
--2. Avez-vous écouté avec plaisir des paroles déshonnêtes?--Combien
de fois par jour, par semaine ou par mois?--Depuis quand dure cette
habitude?
--3. Vous êtes-vous vanté de péchés commis en secret, diffamant ainsi
les personnes dont vous avez abusé?
7º _Chansons_.
--1. Avez-vous chanté des obscénités ou des chansons avec mots à
double entente?--Devant combien de personnes, etc.?
--2. Les avez-vous apprises à d’autres?
--3. Avez-vous écouté des chansons déshonnêtes?--Y avez-vous applaudi,
etc.?
8º _Regards_.
--1. Avez-vous regardé par curiosité, par passion, des objets
déshonnêtes sur vous-même?--Sur d’autres de même, de différent
sexe?--Indiquez la qualité des personnes; je dis toujours _qualité_,
parce qu’on ne doit nommer personne à confesse.
Tartufes!... On ne doit nommer personne à confesse, disent-ils...
Seulement, ils posent des questions comme celles-ci:
--Cette personne, à qui vous avez manifesté des désirs impurs et qui
n’en a pas été scandalisée, est-elle jeune? Est-elle mariée? Quelle est
sa qualité? Êtes-vous parente avec elle? Du même sexe? Depuis combien de
temps la fréquentez-vous?
Je vous demande un peu si quand une enfant naïve a répondu à toutes ces
questions, le confesseur a besoin de se faire ajouter le nom de la
personne sur laquelle il s’enquiert.
De même quand il interroge une jeune fille sur le chapitre des désirs,
supposez qu’il lui pose ces questions que nous avons reproduites plus
haut:
--Mon enfant, avez-vous désiré dans votre cœur de faire quelqu’une de
ces choses que nous défend le sixième commandement? Dites ce que vous
avez désiré, les qualités de la personne qui était l’objet de votre
désir. S’agissait-il d’une personne consacrée à Dieu?
Je suppose un jeune vicaire posant ces trois questions à une fillette
qui, sans trop s’en rendre compte, aura une inclination pour lui.
L’enfant rougira, surtout à la dernière des trois questions. Il faudra
qu’elle réponde. Elle sera de plus en plus confuse, embarrassée. Et le
prêtre possédera le secret de la pauvrette, lui aura ouvert les yeux sur
le sentiment qu’elle éprouvait sans se l’expliquer; de ce jour, le
misérable sera maître de l’enfant.
Continuons toujours. Voici une question, que le confesseur, suivant
l’invitation de l’auteur de l’_Examen de conscience_, doit avoir souvent
à expliquer aux fillettes candides et pures. Quelle honte que cette
question! Quelle honte que ces explications!
--2. Avez-vous regardé certains actes des animaux?
--3. N’avez-vous pas souffert, permis à d’autres des regards coupables
sur vous?--Par imprudence ou manque de pudeur?
--4. Avez-vous considéré des tableaux, des statues indécentes?
etc.--Des nudités?
9º _Lecture_.
--1. Avez-vous lu par curiosité ou passion, sans nécessité, des
lettres d’amour, des livres impudiques, de médecine, de théologie, des
romans, des livres, des chansons déshonnêtes, de sales histoires, des
journaux du même genre? etc.
--2. Les avez-vous encore?--Les avez-vous communiqués à d’autres ou
laissés exposés à leur vue?
10º _Conservation de la chasteté_.
--1. Vous êtes-vous exposé volontairement au danger de pécher sans
graves raisons, et quelles raisons?
--2. Êtes-vous resté volontairement dans l’occasion?--Avez-vous aimé,
recherché l’occasion prochaine du péché mortel d’impureté?--Combien de
fois?--Combien de temps?--Quelle est cette occasion?--Est-ce dans la
même maison que vous habitez?--Cette occasion est-elle libre ou
nécessaire?--Avez-vous employé les moyens prescrits par votre
confesseur?
--3. Êtes-vous resté seul à seul avec une personne de différent sexe
que vous affectionnez, dans l’obscurité, hors de tout œil de
surveillance, dans la maison, sur le seuil des portes?--Avez-vous été
à des rendez-vous?--Dans des mauvaises compagnies?--Dans les veillées
où se trouvent réunis des jeunes gens des deux sexes?--Dans des danses
de nuit ou de cabaret?--Courez-vous les fêtes le soir, les allées ou
venues?
--4. Avez-vous eu des fréquentations pour le mariage longues,
imprudentes?
--Êtes-vous dans quelque habitude d’impureté?--Laquelle?--Seul ou avec
d’autres?--Depuis combien de temps?
Etc., etc.
Quelle abomination! Voilà comment les prêtres entendent leur sacerdoce!
Voilà les côtés secrets de la religion catholique!
M. Jules Ferry, à l’époque où il n’était pas encore ministre, a dit
ceci: «La religion, c’est l’embrigadement de la bêtise humaine.» Il
aurait pu ajouter: «Et le confessionnal, c’est la tanière des plus
immondes cochons.»
Il faut être, en effet,--passez moi l’expression,--le dernier des
saligots, pour se complaire à enseigner le vice graduellement, par menus
détails, aux petits garçons et aux petites filles.
Et ils osent dire, ces hypocrites, que leur sacrement de pénitence
purifie et rend plus vertueux!
Mensonge! exécrable mensonge! La confession n’est pas autre chose que
l’école de l’impureté.
Voyez ce prêtre de Namur; il met sous les yeux de la jeunesse un
questionnaire infect, ignoble; et, en tête de son livre, il écrit dans
son avant-propos: «Sans le secours de la direction et des explications
des catéchistes, cet _Examen de conscience_ serait encore bien peu utile
aux enfants.»
Il trouve qu’il n’en a pas dit assez. Il fait appel aux directeurs de
conscience, aux catéchistes pour qu’ils développent ses infamies.
D’abord l’examen sommaire, les interrogations générales, conformes au
livre de M. le curé et du petit catéchisme du diocèse. Ensuite,
viendront les demandes précises et détaillées du confesseur, les
explications compliquées, embarrassées et très minutieuses des jeunes
pénitents et des jeunes pénitentes.
Doit-on s’étonner que dans ces longues conversations, roulant
complaisamment sur des sujets scabreux, sensuels, sur des tableaux à
damner saint Antoine lui-même,--doit-on s’étonner que parfois confesseur
et pénitente se soient laissés aller à des explications que je
m’abstiendrai de qualifier, qu’ils aient passé de la théorie du
catéchisme à la pratique?
En effet, imaginez-vous un jeune gaillard de vingt-cinq ans, plein de
santé et de sève, sortant du séminaire où il a prêté ce serment absurde
et contre nature de chasteté; le voyez-vous, lui, dont le cœur éclate
par l’explosion des passions longtemps comprimées, le voyez-vous,
entreprenant de confesser une jeune et jolie fillette qui, la pauvre
enfant, ne pense pas à mal?
Catéchisme en main, il procède par interrogations scrupuleuses. Il est
novice dans le métier, il craint de laisser passer la moindre peccadille
sur la conscience de sa timide et tremblante cliente. Et voilà cette
ravissante jeune fille de quinze ans qui, rougissant, raconte à ce jeune
homme des choses intimes qu’elle n’oserait pas dire à sa mère. Elle
devra énumérer les pensées qu’elle a eues en prenant son bain, etc.
Et la pauvrette, de ses lèvres chastes et roses, devra glisser dans le
tuyau de l’oreille de son jeune directeur les réponses les plus exactes
à toute sorte de questions qu’elle considérerait comme des injures en
toute autre circonstance.
Dites, après cela, si des parents qui se sont appliqués pendant de
longues années à éloigner de l’esprit, de l’imagination de leurs
enfants, toute pensée qui puisse ternir la pureté de leur cœur, ne
doivent pas redouter le confessionnal!
Et notez bien que je viens de parler seulement du jeune prêtre au moment
où il sort du séminaire, au moment où il a peut-être encore quelques
bons instincts, au moment où le contact des vétérans du sacerdoce ne l’a
pas encore vicié.
Celui-là faiblit, mais il répare quelquefois sa faute. On en a vu, de
ces jeunes vicaires,--rarement, il est vrai,--on en a vu jeter leur
soutane aux orties et épouser la jeune fille dont ils avaient effeuillé
la couronne virginale. A ceux-là, nous accordons le pardon; ce qui ne
nous empêche pas de continuer à dire que l’institution de la confession
est quand même mauvaise; car, si le prêtre ne s’était pas trouvé là, la
jeune fille en aurait aimé un autre plus digne d’elle.
Un petit vicaire peut rentrer dans la vie civile; il ne vaut jamais un
bon et honnête ouvrier qui n’a pas fait cet apprentissage de fainéantise
dont la livrée est une soutane.
Méfiez-vous toujours de quiconque a accepté, ne serait-ce que pendant
une année, de porter cette livrée honteuse. Dans l’ancien calotin, dans
l’ancien séminariste, dans quiconque s’est destiné un moment au métier
malhonnête de prêtre, il reste toujours un fond de malhonnêteté.--Il n’y
a à cette règle que bien peu d’exceptions; les Raspail et les Lamennais
sont de plus en plus rares.
A plus forte raison, fuyez comme la peste ceux qui ont croupi dans la
fange sacerdotale. Ceux-là ne répareront pas les brèches faites à
l’honneur des jeunes filles; ils se joueront d’elles, ils les abuseront
sans cesse. Ce ne sont pas des hommes, ce sont des boucs à face humaine.
Ils portent partout sur leurs pas, la dépravation, l’obscénité, la honte
la plus crapuleuse.--Qu’ils soient maudits!
*
* *
Nous avons examiné la confession dans ce qu’elle a de corrupteur pour la
vertu des adolescents. Nous avons dit comment elle prédispose même les
enfants à l’impureté. Voyons comment elle peut porter le trouble dans
les ménages; car, tandis que je citais mes extraits de l’_Examen de
conscience_ du curé Lenfant, on a pu remarquer que messieurs les
confesseurs ont de fortes tendances à vouloir pénétrer les secrets de
l’alcôve.
Après avoir parcouru les livres que l’on met dans les mains des
pénitents, parcourons un peu ceux qui sont destinés aux jeunes abbés des
séminaires.
Pour que le prêtre puisse expliquer certaines choses à l’homme ou à la
femme qui se confesse à lui, il faut nécessairement qu’il en soit
instruit lui-même d’une façon très complète.
C’est dans ce but que les grands théologiens ont imaginé des ouvrages
qu’ils appellent _Manuels des confesseurs_. Le plus célèbre d’entre tous
est celui qui a été écrit par Mgr Bouvier, évêque du Mans, qui vivait
encore il n’y a pas longtemps.
Ce Mgr Bouvier, qui devait à coup sûr avoir dans les veines le même sang
que le marquis de Sade, a été honoré de distinctions toutes spéciales
par le pape Pie IX, le Borgia du XIXe siècle.
* * * * *
Ici, dans sa conférence, M. Léo Taxil donnait quelques rapides aperçus
des _Diaconales_ de Mgr Bouvier; bien entendu, en choisissant ses
extraits, en sautant des mots, en supprimant les passages par trop
scabreux. Il lisait encore des morceaux du fameux _Compendium_, ouvrage
dû à la collaboration d’une société de casuistes du XVIIIe siècle, des
_Pieuses Exhortations_ de Mgr Claret, archevêque et confesseur
d’Isabelle d’Espagne, et enfin de la _Mœchialogie_ (Cours de luxure), du
R. P. Debreyne, religieux trappiste.
Nous donnons comme appendice à cette conférence de M. Léo Taxil de
nombreux extraits des quatre ouvrages ci-dessus dénommés.
On pourra se faire ainsi une idée de l’enseignement qui est donné aux
jeunes abbés des grands séminaires. Comme dans un livre il est loisible
de reproduire textuellement des citations quel que soit leur degré
d’obscénité (ce qui ne se peut dans une conférence), les lecteurs
trouveront donc, à la fin du discours, cent fois plus d’extraits que
n’en ont eus les auditeurs.
Une fois faites les citations pour lesquelles nous renvoyons le lecteur
à l’appendice qui termine ce volume, M. Léo Taxil ajoutait:
* * * * *
On le voit, messieurs les curés se mêlent de ce qui est le plus intime
dans les ménages. Ils demandent à Madame de quelle manière Monsieur se
comporte envers elle, s’ils font ensemble ceci ou cela... Oh! ces
questions, disent-ils, sont nécessaires; il faut qu’ils connaissent tous
les détails du péché pour savoir s’ils doivent donner l’absolution ou la
refuser.
Est-il possible de pousser plus loin l’astuce et la dépravation?
Si, chez vous, un des amis de la maison venait demander à votre femme
des renseignements sur la manière dont vous agissez avec elle, est-ce
que vous ne prendriez pas une trique pour en frictionner avec vigueur
les épaules de l’impertinent?--Oui, n’est-ce pas?--Pourquoi n’en
use-t-on pas de la sorte vis-à-vis de ces calotins dévergondés qui, eux,
ne sont pas les amis, mais les ennemis de la maison?
Est-ce que ces gens-là ont le droit de s’immiscer dans les mystères de
l’intérieur des autres?
Ils ont trouvé cette belle excuse à leur indiscrétion de satyres!...
C’est pour éclairer, disent-ils, la conscience des femmes sur les péchés
qui se peuvent commettre, qu’ils leur font subir des interrogatoires si
minutieux.
Mauvais prétexte! Nouvelle imposture!
Moins que personne, ils n’ont le droit de connaître comment les époux
conjuguent le verbe «se marier», eux qui disent s’être interdit de
contribuer à l’accroissement de l’espèce humaine.
S’il est une question dont ils ne doivent pas s’occuper, c’est à coup
sûr celle-là.
Qu’ils aillent confesser les nonnes hystériques, leurs dignes femelles,
et qu’ils laissent en paix les ménages des honnêtes gens!
*
* *
Mais voilà! la confession des femmes mariées leur est nécessaire, à ces
misérables!
Leur pouvoir est bâti sur la division et sur l’intrigue. Or, par la
confession, il leur est facile de semer la discorde dans les familles;
par la confession, ils sont au courant de mille secrets, ils connaissent
les côtés faibles des individus. Ils manœuvrent dans l’ombre; mais leurs
plans sont tracés d’après des indications sûres.--Voyez-vous bien le
danger?
Aussi, ce droit de confession qu’ils se sont attribué sera-t-il toujours
le privilège qu’ils défendront avec le plus d’énergie.
Cette institution abominable, ils la soutiennent effrontément par les
mensonges les plus audacieux. Il est juste de dire que les mensonges ne
leur coûtent rien.
Pour défendre leur sacrement de pénitence, il y a des curés qui ont
l’aplomb de soutenir que, grâce à la confession, pas mal de voleurs ont
restitué ce qu’ils avaient dérobé.
D’abord, il ne suffirait pas d’avancer cela; il faudrait encore le
prouver. J’ai souvent entendu faire valoir cet argument; mais à ma
connaissance jamais aucun curé n’a cité un fait précis.
Si des voleurs ont rendu l’argent dérobé, à la suite d’une visite au
confessionnal, que messieurs les prêtres les nomment!
--Ah! voilà. Ils ne nommeront personne, cela leur est défendu. Il y a le
secret de la confession.
Quel procédé commode pour toujours avoir raison! On articule un fait à
l’appui d’une thèse que l’on soutient, et, quand on vous demande les
moyens de contrôler votre assertion, on s’efface derrière une consigne.
Monsieur l’abbé veut bien affirmer que, grâce au sacrement de pénitence,
il a fait opérer des restitutions; seulement, il ne peut pas, à son
grand regret, désigner les personnes en cause, ni même indiquer les
circonstances de l’aventure.
Soit.--Mais alors on me permettra de révoquer en doute les assertions de
monsieur l’abbé; car des assertions qui ne sont appuyées d’aucune preuve
sont sans valeur, surtout quand celui qui les émet a intérêt à les
émettre.
Bien plus, l’excuse du secret de la confession ne me paraît pas sérieuse
le moins du monde; car la prêtraille sait parfaitement passer par-dessus
son fameux secret de la confession quand elle y a intérêt.
A-t-on oublié que lors du coup d’État de 51, grand nombre d’ouvriers qui
faisaient partie des sociétés de résistance ont été dénoncés par les
confesseurs de leurs femmes?
*
* *
Personnellement, je ne crois pas que les confesseurs aient jamais fait
restituer un centime mal acquis. Il se peut que, à des pénitents
s’accusant d’avoir dérobé une somme quelconque, les confesseurs aient
dit:
--Mon fils, votre action est très coupable. Pour l’expier et l’effacer,
vous allez m’apporter la somme que vous détenez indûment et je
l’appliquerai à une bonne œuvre catholique. Ce sera la réparation de
votre faute.
Voilà ce qui arrive en fait de restitution; mais on avouera que, si le
voleur restitue de cette façon, le volé n’en a pas une plus belle jambe.
La vérité m’oblige à dire qu’il y a un curé,--il existe encore,--qui a
opéré quelques restitutions en rendant à des personnes volées l’argent
qui leur avait été pris.
Ce curé s’appelle l’abbé Cameigt; tout récemment, il était à la tête
d’une paroisse dans le département des Pyrénées-Orientales.--Voici quel
était son manège: quand il allait en visite chez quelqu’un, il filoutait
tout ce qui se trouvait à sa portée; il ne se gênait pas; si l’on ne
s’apercevait pas du larcin avant un certain nombre de jours, il gardait
l’argent ou les objets dérobés; comment se douter que monsieur le curé
était le voleur? Si par contre la disparition de ce que l’abbé Cameigt
avait confisqué était aussitôt constatée, dès que notre voleur savait
que les victimes faisaient une petite enquête et recherchaient l’auteur
du méfait, il se rendait chez le commissaire de police et lui tenait ce
langage:
--Monsieur le commissaire, pas plus tard que ce matin, un de mes
pénitents est venu se confesser à moi et m’a remis cette somme qu’il a
dérobée, il y a quelques jours à Untel. Vous comprendrez, monsieur le
commissaire, que les devoirs de mon sacerdoce sacré m’interdisent de la
façon le plus absolue de vous dévoiler le nom de ce malheureux pécheur;
tout ce que je puis vous affirmer, c’est que l’infortuné était sous le
coup des plus vifs remords. Aussi, je vous prie d’intercéder pour lui
auprès de M. Untel afin qu’il retire sa plainte; vous lui rendrez son
argent; et moi, de mon côté, je prierai Dieu pour que ce pécheur
repentant ne succombe plus à la tentation.
Ce n’était pas plus malin que cela. L’affaire s’arrangeait à l’instant;
les volés étaient heureux de rentrer en possession de leur bien; on
soupçonnait Pierre, Paul ou Jacques; mais en revanche, monsieur le curé
se faisait une réputation exceptionnelle de probité.
Malheureusement pour le saint homme, il abusa un peu trop du procédé; si
bien que dans une affaire assez grave qu’il n’était plus temps
d’étouffer, un substitut incrédule persista, malgré la restitution, à
faire son enquête; ce qui amena la découverte du pot-aux-roses, et la
condamnation de monsieur l’abbé Cameigt à sept années de réclusion. Le
procès a été jugé tout récemment par la cour d’assises de Perpignan.
*
* *
Les curés, du reste, sont connus pour être forts pour encaisser, mais
durs à la détente. On voit pas mal de monacos entrer chez eux, mais on
n’en voit pas beaucoup sortir.
Tenez, j’ai encore entre les mains un petit travail écrit par un
ecclésiastique, qui traite la question de la confession, et je vous
certifie que M. le théologien ne conseille pas du tout, mais là pas du
tout, de restituer l’argent mal acquis.
Ce traité de la confession est l’ouvrage d’un de nos contemporains.
L’auteur vit encore, puisque le journal qui les publie au fur et à
mesure n’en est qu’à sa quatrième année d’existence.
Ce journal est rédigé spécialement pour les prêtres et par des prêtres.
Voici son titre:
Le _Journal du Presbytère_, fondé et rédigé d’après le programme des
assemblées catholiques, organe des congrégations religieuses, des
pèlerinages, des cercles catholiques et de toutes œuvres pies.
Nouvelles et _Instructions religieuses_. Paraissant tous les jeudis:
bureaux et administration du journal, 4, rue Chauchat, à Paris.
Le numéro que j’ai sous les yeux porte la date du 10 juin 1880. Vous
voyez que ce n’est pas vieux.
Dans ce numéro, je lis l’avis suivant:
--«L’administration du _Journal du Presbytère_ s’est assuré la
collaboration et le concours zélé de théologiens érudits et de
casuistes aussi expérimentés que prudents, afin de répondre, à bref
délai, à toutes les difficultés ou consultations du domaine
théologique, telles que: _Cas de conscience_, questions de dogme, de
_morale pratique_, etc.»
Nous allons un peu voir comment les calotins de nos jours entendent la
morale pratique et comment ils traitent les cas de conscience. On ne
pourra pas récuser ma citation; je crois qu’elle ne saurait être plus
précise.
Voici donc de quelle façon le moniteur des confessionnaux envisage la
question si délicate du chantage, qui est une des manières les plus
odieuses d’escroquer de l’argent.
Sous le titre _Théologie morale et pratique_, l’abbé Olivier Piquand
écrit ceci:
On nous demande quelle doit être, pour un confesseur, la solution à
donner dans le cas suivant:
Justine, témoin d’un crime que Calixte, son maître, vient de
commettre, menace de le dénoncer s’il ne porte à cent francs ses gages
qui jusque-là n’étaient que de quatre-vingts francs, et ne s’oblige à
la garder toujours à son service. Justine, ayant du regret d’avoir
imposé à son maître ces conditions onéreuses, se présente au tribunal
de la pénitence et s’accuse de ce qu’elle croit être une faute.