Je venais de sortir de mon domicile et je flânais, le bas de mon
pantalon relevé et l'esprit ailleurs.
À la hauteur de la rue Fromentin, je fis rencontre d'un homme qui, très
poliment, à mon aspect, leva son chapeau.
Cet homme, disons-le tout de suite pour ne pas éterniser un récit dénué
d'intérêt, n'était autre qu'un nommé Benoît, le propre valet de chambre
de M. Francisque Sarcey, l'esthète bien connu.
Avez-vous remarqué, astucieux lecteurs, et vous, lectrices qui la
connaissez dans les coins, comme les méchantes idées vous arrivent avec
la rapidité de l'éclair lancé d'une main sûre, alors que les bonnes
semblent chevaucher des tortues, pour ne point dire des écrevisses?
L'idée que me suggéra la rencontre de Benoît m'advint aussi vite que le
coup de foudre professionnel le mieux entraîné.
Le miel aux lèvres, je serrai la main du valet et m'informai de la santé
de _tout le monde_.
--Et où allez-vous comme ça? continuai-je.
--Je vais au _Petit Journal_, porter l'article de Monsieur.
--Tiens! Comme ça se trouve! Moi aussi, je vais au _Petit Journal_.
Remettez-moi la chronique de M. Sarcey. Cela vous évitera une course.
L'homme obtempéra.
Et cette chronique du cénobite de la rue de Douai, croyez-vous bonnement
que je l'ai portée à la maison Marinoni? Oh! que non pas!
J'ai voulu vous faire une bonne surprise, ô clientèle de mon journal,
et, au risque d'être traîné devant la justice de mon pays, je livre à
vos méditations la littérature prestigieuse de notre oncle à tous: