I
L’ŒIL.--Pendant que, dans son alcôve, Hélène, brisée par le bal,
s’agite sous les flèches noires du Sommeil, disons ses douleurs et les
nôtres. Pauvre Hélène!
LA DENT.--Pauvre Hélène!
LE CHEVEU.--Pauvre Hélène!
L’ŒIL.--Elle est une des quatre ou cinq reines de Paris, la ville
aux prodiges. Les peintres et les sculpteurs s’agenouillent quand
elle passe; les musiciens écoutent en elle chanter la voix d’argent.
Assurément, il faut la reconnaître pour une des femmes les plus
victorieusement belles de sa génération.
LA DENT.--De quelle génération?...
L’ŒIL.--Chut! la voilà qui fait un mouvement.
LE CHEVEU.--Un mouvement et un soupir. Hélène souffre depuis quelque
temps, et je sais le secret de sa souffrance.
LA DENT.--Moi aussi.
L’ŒIL.--Moi aussi.
LE CHEVEU.--Elle songe que ses jardinières ne regorgent plus, comme
autrefois, de ces bouquets miraculeux que les amoureux seuls savent
cueillir en plein janvier.
LA DENT.--Elle songe que, depuis un an, personne ne s’est tué ni battu
en duel pour elle.
L’ŒIL.--Elle trouve que les jeunes gens d’aujourd’hui commencent à
devenir bien respectueux.
LA DENT.--Hélène s’inquiète.
LE CHEVEU.--Hélène s’effraie.