Balzac a trop exagéré le drame dans les âmes d’en bas. Il les a dosées
à sa mesure.
Il vous a dit à quoi pensent:
Le paysan qui chasse à la loutre;
L’invalide qui regarde jouer au cochonnet;
La garde malade qui remue une tisane;
Le clerc d’avoué qui feuillette un dossier.
A mon tour, si j’avais le temps,--moi, Duval,--je vous dirais à quoi ne
pensent pas:
L’épicier qui casse son sucre;
L’expéditionnaire qui taille sa plume;
Le valet de pied qui attend ses maîtres sous le vestibule de l’Opéra;
La sentinelle qui baye aux étoiles.
Accoutumez-vous à regarder comme immense le nombre des individus qui ne
pensent à rien.
Penser à rien,--c’est peut-être le bonheur!
A coup sûr, c’est la santé.
... Voulez-vous que je continue?