Je regrette les boutiques, et je regrette aussi les enseignes des
boutiques. Les unes n’allaient pas sans les autres. Je parle de
l’enseigne originale, allégorique, compliquée, appelant à son aide la
sculpture ou la serrurerie. Je parle des _Barbes d’or_, des _Tours
d’argent_, des _Chats noirs_, des _Saint-Esprit_, des _Bons coings_,
des _Paniers fleuris_, des _Puits d’amour_, des _Verts galants_,
de tous ces caprices qui étaient la poésie de l’ancienne boutique.
Aujourd’hui, on se passe volontiers de l’enseigne, que l’on trouve de
mauvais goût; on écrit simplement: _Félix, pâtissier_, là où on aurait
écrit jadis: _Au Flan couronné_.--Qui me rendra les vieilles enseignes,
hélas! Il y en avait de naïves, et ce n’étaient pas celles que j’aimais
le moins. Le bois y jouait un grand rôle; le bois se pliait à tous les
attributs. Des saucissons en bois, balancés par le vent, invitaient
à entrer chez les charcutiers; des gants en bois et des bas en bois
d’une longueur interminable, disaient l’industrie des bonnetiers; les
chapeliers étalaient des chapeaux en bois de diverses formes, depuis
les demi-lunes démesurées des généraux de l’Empire, jusqu’aux élégants
chapkas des lanciers polonais.