III

DEUX AMOUREUX, <vingt-cinq ans et dix-huit ans, brun et blonde, bras

entrelacés, en forêt>.

L’AMOUREUX. Je t’aime, Valentine!

L’AMOUREUSE. Paul, je t’aime!

L’AMOUREUX. Ce sentier touffu est inaccessible aux rayons du soleil.

Laisse-moi dénouer les rubans de ton chapeau de paille.

L’AMOUREUSE. Tu as défait tous mes cheveux; je dois être affreuse

maintenant.

UNE TOURTERELLE. Comme ils sont gentils!

LES PETITES CLOCHETTES BLEUES. Bonjour! bonjour! bonjour!

L’AMOUREUSE. Où me conduis-tu, Paul?

L’AMOUREUX. Je ne sais; mais qu’importe! Le chemin des amoureux est

toujours devant eux.

L’AMOUREUSE. Alors, pourquoi quitter le chemin fréquenté?

L’AMOUREUX. Je cherche une place pour nous reposer, ma charmante.

L’AMOUREUSE. Je ne suis pas fatiguée...

LA TOURTERELLE. Par ici! par ici! l’allée à droite, en descendant vers

les saules; vous trouverez ce qu’il vous faut.

L’AMOUREUX. Viens, chère belle; nous avons tant de choses à nous dire.

L’AMOUREUSE. Crois-tu?

UN COQUELICOT, <à demi-voix>. Mais rougis donc!

L’AMOUREUSE. Ces branches ont failli me déchirer la joue. C’est égal;

c’est bien beau la campagne, n’est-ce pas, mon Paul?

L’AMOUREUX. J’aime la campagne!

ENSEMBLE. Nous aimons la campagne, parce qu’on y sent mieux son cœur

battre; parce que les aveux y fleurissent naturellement sur les lèvres;

parce que les serments sont faits pour être prononcés sous le ciel et

dans les parfums!

Nous aimons la campagne, parce que la campagne c’est le désert. (<Un

bruit semblable à un baiser.>)

UN LÉZARD. C’est étonnant; ceux-là ne me font pas fuir.

Les femmes qui font des scènes · 第 102 / 248 题