III

=Allocution de la femme à la bonne.=

--Ma fille, la maison n’est pas dure, mais il y a de quoi s’occuper.

Je m’en vais vous dire en quoi consistera votre travail; écoutez-moi

bien, afin que je n’aie plus besoin d’y revenir. D’abord, j’entends que

vous soyez levée tous les jours à six heures; être matinale entretient

la santé. Vous commencerez par faire la salle à manger, ensuite les

chaussures. Monsieur salit beaucoup. Vous battrez ses habits sur le

palier et vous nettoierez mes robes à la fenêtre. Nous déjeunons à

neuf heures, parce qu’il faut que Monsieur soit à dix heures à son

ministère; nous nous contentons des restes du dîner et d’un plat, soit

d’œufs, soit de légumes. Après déjeuner, vous aurez à faire la chambre

à coucher; vous n’époussetterez pas les étagères: il y a des choses

très-susceptibles; ce soin me regarde. Vous aurez une demi-heure pour

vous habiller; je n’aime pas la coquetterie, mais je veux que l’on soit

toujours propre. Votre tablier devra vous durer deux jours. Une fois

habillée, vous vous occuperez du dîner. Je descendrai tout à l’heure

avec vous, afin de vous faire connaître les fournisseurs. Nous sommes

assez regardants, Monsieur et moi, pour la nourriture. Tous les jeudis,

le pot-au-feu; tous les dimanches, le gigot de mouton ou une volaille.

Il est rare que nous ayons du monde à dîner plus de deux ou trois

fois par mois. Nous avons du vin en cave et du charbon. On nous monte

l’eau et le pain. Vous voyez qu’il y a bien des petites douceurs. Par

exemple, vous savonnerez et vous repasserez une fois par semaine; vous

frotterez tous les jours. Il faudra aussi que votre cuisine soit lavée

chaque soir avant de vous coucher; ne remettez jamais la vaisselle

au lendemain, c’est un très-mauvais système. Quand vous aurez un

moment de loisir dans la journée, vous aiguiserez les couteaux, vous

entretiendrez les boutons de porte, vous nettoierez les peignes. Je ne

peux pas souffrir qu’une bonne reste sans rien faire, la bouche ouverte

comme b, a, ba. Le soir, vous raccommoderez le linge. Vous aurez un

jour de sortie par mois. Je n’ai pas besoin de vous recommander la

modestie au dehors; si j’apprenais que vous ayez mis le pied dans un

bal public, je vous renverrais sur-le-champ. Je n’aime pas votre nom de

Joséphine; vous vous appellerez Marie. Toutes les bonnes s’appellent

Marie. Évitez de vous lier avec les autres domestiques de la maison; ne

vous familiarisez pas avec le concierge, et n’entrez dans sa loge que

le moins possible. Ah! j’oubliais! vous vous coucherez sans chandelle,

de peur des incendies. C’est tout.--Je crois que vous vous plairez

beaucoup ici, ma fille.

Les femmes qui font des scènes · 第 14 / 248 题