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et notre héros en fut quitte pour _deux mille cinq cents francs_

d'indemnité, sans les frais.

Comment faire pour payer tout cela? Les quelques piastres

échappées à la razzia du prince s'en étaient allées depuis longtemps

[5]en papiers légaux et en absinthes judiciaires.

Le malheureux tueur de lions fut donc réduit à vendre la

caisse d'armes au détail, carabine par carabine. Il vendit les

poignards, les kriss malais, les casse-tête.... Un épicier acheta

les conserves alimentaires. Un pharmacien, ce qui restait du

[10]sparadrap. Les grandes bottes elles-mêmes y passèrent et

suivirent la tente-abri perfectionnée chez un marchand de

bric-à-brac, qui les éleva à la hauteur de curiosités cochinchinoises....

Une fois tout payé, il ne restait plus à Tartarin

que la peau du lion et le chameau. La peau, il l'emballa

[15]soigneusement et la dirigea sur Tarascon, à l'adresse du brave

commandant Bravida. (Nous verrons tout à l'heure ce qu'il

advint de cette fabuleuse dépouille.) Quant au chameau, il

comptait s'en servir pour regagner Alger, non pas en montant

dessus, mais en le vendant pour payer la diligence, ce qui

[20]est encore la meilleure façon de voyager à chameau. Malheureusement

la bête était d'un placement difficile, et personne

n'en offrit un liard.

Tartarin cependant voulait regagner Alger à toute force. Il

avait hâte de revoir le corselet bleu de Baïa, sa maisonnette, ses

[25]fontaines, et de se reposer sur les trèfles blancs de son petit

cloître, en attendant de l'argent de France. Aussi notre héros

n'hésita pas: et navré, mais point abattu, il entreprit de faire

la route à pied, sans argent, par petites journées.

En cette occurrence, le chameau ne l'abandonna pas. Cet

[30]étrange animal s'était pris pour son maître d'une tendresse

inexplicable, et, le voyant sortir d'Orléansville, se mit à marcher

religieusement derrière lui, réglant son pas sur le sien et ne le

quittant pas d'une semelle.

Tartarin de Tarascon(#10687) · 第 137 / 170 题