En écoutant ce récit invraisemblable et pourtant véridique,
Tartarin de Tarascon se délectait et reniflait l'air bruyamment.
«Ce qui me va dans tout ceci,» fit-il en matière de conclusion,
«c'est que, n'en déplaise à mons Bombonnel, il y a encore des
[5]lions en Algérie!...
--S'il y en a!» dit le prince avec enthousiasme.... «Dès
demain, nous allons battre la plaine du Chéliff, et vous verrez!....
--Eh quoi! Prince.... Auriez-vous l'intention de chasser,
vous aussi?
[10]--Parbleu! pensez-vous donc que je vous laisserais vous en
aller seul en pleine Afrique, au milieu de ces tribus féroces dont
vous ignorez la langue et les usages.... Non! non! illustre
Tartarin, je ne vous quitte plus.... Partout où vous serez, je
veux être.
[15]--Oh! _préïnce, préïnce_....»
Et Tartarin, radieux, pressa sur son coeur le vaillant Grégory,
en songeant avec fierté qu'à l'exemple de Jules Gérard, de
Bombonnel et tous les autres fameux tueurs de lions, il allait
avoir un prince étranger pour l'accompagner dans ses chasses.