--En somme,» hasarda le photographe d'Orléansville, «une
panthère, ce n'est qu'un gros chat....
--Tout juste!» fit Tartarin qui n'était pas fâché de rabaisser
un peu la gloire de Bombonnel, surtout devant des dames.
[5]Ici la diligence s'arrêta, le conducteur vint ouvrir la portière
et s'adressant au petit vieux:
«Vous voilà arrivé, monsieur,» lui dit-il d'un air très respectueux.
Le petit monsieur se leva, descendit, puis avant de refermer
[10]la portière:
«Voulez-vous me permettre de vous donner un conseil, monsieur
Tartarin?
--Lequel, monsieur?
--Ma foi! écoutez, vous avez I'air d'un brave homme, j'aime
[15]mieux vous dire ce qu'il en est.... Retournez vite à Tarascon,
monsieur Tartarin.... Vous perdez votre temps ici.... Il
reste bien encore quelques panthères dans la province; mais,
fi donc! c'est un trop petit gibier pour vous.... Quant aux
lions, c'est fini. Il n'en reste plus en Algérie ... mon ami
[20]Chassaing vient de tuer le dernier.»
Sur quoi le petit monsieur salua, ferma la portière, et s'en
alla en riant avec sa serviette et son parapluie.
«Conducteur,» demanda Tartarin en faisant sa moue,
«qu'est-ce que c'est donc que ce bonhomme-là?
--Comment! vous ne le connaissez pas? mais c'est monsieur
[25]Bombonnel.»