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Le Sidi Tart'ri en question qui a laissé de si gais souvenirs

autour de la Casbah n'est autre, on le devine, que notre Tartarin....

Qu'est-ce que vous voulez? Il y a comme cela, dans la vie

[5]des saints et des héros, des heures d'aveuglement, de trouble,

de défaillance. L'illustre Tarasconnais n'en fut pas plus exempt

qu'un autre, et c'est pourquoi--deux mois durant--oublieux

des lions et de la gloire, il se grisa d'amour oriental et s'endormit,

comme Annibal à Capoue, dans les délices d'Alger la Blanche.

[10]Le brave homme avait loué au coeur de la ville arabe une

jolie maisonnette indigène avec cour intérieure, bananiers, galeries

fraîches et fontaines. Il vivait là loin de tout bruit en compagnie

de sa Mauresque, Maure lui-même de la tête aux pieds,

soufflant tout le jour dans son narghilé, et mangeant des confitures

[15]au musc.

Étendue sur un divan en face de lui, Baïa, la guitare au poing,

nasillait des airs monotones, ou bien pour distraire son seigneur

elle mimait la danse du ventre, en tenant à la main un petit

miroir dans lequel elle mirait ses dents blanches et se faisait

[20]des mines.

Comme la dame ne savait pas un mot de français ni Tartarin

un mot d'arabe, la conversation languissait quelquefois, et le bavard

Tarasconnais avait tout le temps de faire pénitence pour

les intempérances de langage dont il s'était rendu coupable à la

[25]pharmacie Bézuquet ou chez l'armurier Costecalde.

Mais cette pénitence même ne manquait pas de charme, et

c'était comme un spleen voluptueux qu'il éprouvait à rester là

tout le jour sans parler, en écoutant le glouglou du narghilé, le

frôlement de la guitare et le bruit léger de la fontaine dans les

[30]mosaïques de la cour.

Le narghilé, le bain, l'amour remplissaient toute sa vie. On

sortait peu. Quelquefois Sidi Tart'ri, sa dame en croupe, s'en

allait sur une brave mule manger des grenades à un petit

Tartarin de Tarascon(#10687) · 第 103 / 170 题