ans fumait des cigarettes. C'était le fameux Ali, le frère en
question. En voyant arriver les deux visiteurs, il frappa deux
coups à la poterne et se retira discrètement.
La porte s'ouvrit. Une négresse parut qui, sans dire un seul
[5]mot, conduisit ces messieurs à travers l'étroite cour intérieure
dans une petite chambre fraîche où la dame attendait, accoudée
sur un lit bas.... Au premier abord, elle parut au Tarasconnais
plus petite et plus forte que la Mauresque de l'omnibus.
Au fait, était-ce bien la même? Mais ce soupçon ne fit
[10]que traverser le cerveau de Tartarin comme un éclair.
La dame était si jolie ainsi avec ses pieds nus, ses doigts
grassouillets chargés de bagues, rose, fine, et sous son corselet
de drap doré, sous les ramages de sa robe à fleurs laissant deviner
une aimable personne un peu boulotte, friande à point, et
[15]ronde de partout....Le tuyau d'ambre d'un narghilé fumait
à ses lèvres et l'enveloppait toute d'une gloire de fumée blonde.
En entrant, le Tarasconnais posa une main sur son coeur, et
s'inclina le plus mauresquement possible, en roulant de gros
yeux passionnés.... Baïa le regarda un moment sans
[20]dire; puis, lâchant son tuyau d'ambre, se renversa en arrière,
cacha sa tête dans ses mains, et I'on ne vit plus que son cou
blanc qu'un fou rire faisait danser comme un sac rempli de
perles.