_Arrivée de la femelle. Terrible combat.
Le Rendez-vous des Lapins._
Le premier mouvement de Tartarin à l'aspect de sa malheureuse
[10]victime fut un mouvement de dépit. Il y a si loin en effet
d'un lion à un _bourriquot!_.... Son second mouvement fut tout
à la pitié. Le pauvre bourriquot était si joli; il avait l'air si bon!
La peau de ses flancs, encore chaude, allait et venait comme une
vague. Tartarin s'agenouilla, et du bout de sa ceinture algérienne
[15]essaya d'étancher le sang de la malheureuse bête; et ce
grand homme soignant ce petit âne, c'était tout ce que vous
pouvez imaginer de plus touchant.
Au contact soyeux de la ceinture, le bourriquot, qui avait
encore pour deux liards de vie, ouvrit son grand oeil gris, remua
[20]deux ou trois fois ses longues oreilles comme pour dire:
«Merci!... merci!...» Puis une dernière convulsion l'agita
de tête en queue et il ne bougea plus.
«Noiraud! Noiraud!» cria tout à coup une voix étranglée
par l'angoisse. En même temps dans un taillis voisin les branches
[25]remuèrent.... Tartarin n'eut que le temps de se relever et
de se mettre en garde.... C'était la femelle!
Elle arriva, terrible et rugissante, sous les traits d'une vieille
Alsacienne en marmotte, armée d'un grand parapluie rouge et