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Trois heures sonnaient à l'horloge du Gouvernement, quand

Tartarin se réveilla. Il avait dormi toute la soirée, toute la nuit,

toute la matinée, et même un bon morceau de l'après-midi; il

faut dire aussi que depuis trois jours la _chéchia_ en avait vu de

[5]rudes!...

La première pensée du héros, en ouvrant les yeux, fut celle-ci:

«Je suis dans le pays du lion!» pourquoi ne pas le dire? à

cette idée que les lions étaient là tout près, à deux pas, et

presque sous la main, et qu'il allait falloir en découdre, brr! ... un

[10]froid mortel le saisit, et il se fourra intrépidement sous

sa couverture.

Mais, au bout d'un moment, la gaieté du dehors, le ciel si

bleu, le grand soleil qui ruisselait dans la chambre, un bon petit

déjeuner qu'il se fit servir au lit, sa fenêtre grande ouverte sur

[15]la mer, le tout arrosé d'un excellent flacon de vin de Crescia,

lui rendit bien vite son ancien héroïsme. «Au lion! au lion!»

cria-t-il en rejetant sa couverture, et il s'habilla prestement.

Voici quel était son plan: sortir de la ville sans rien dire à

personne, se jeter en plein désert, attendre la nuit, s'embusquer,

[20]et, au premier lion qui passerait, pan! pan!... Puis revenir

le lendemain déjeuner à l'hôtel de l'Europe, recevoir les félicitations

des Algériens et fréter une charrette pour aller chercher

l'animal.

Il s'arma donc à la hâte, roula sur son dos la tente-abri dont

[25]le gros manche montait d'un bon pied au-dessus de sa tête, et

raide comme un pieu, descendit dans la rue. Là, ne voulant

demander sa route à personne de peur de donner l'éveil sur

ses projets, il tourna carrément à droite, enfila jusqu'an bout

les arcades Bab-Azoun, où du fond de leurs noires boutiques

[30]des nuées de juifs algériens le regardaient passer, embusqués

Tartarin de Tarascon(#10687) · 第 78 / 170 题