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que l'annonce de son départ avait eu dans la ville, le malheureux

déclara formellement qu'il était las de chasser la casquette et

qu'il allait, avant peu, se mettre à la poursuite des grands lions

de l'Atlas.

[5]Un hourra formidable accueillit cette déclaration. Là-dessus,

nouveau punch aux oeufs, poignées de mains, accolades et sérénade

aux flambeaux jusqu'à minuit devant la petite maison du

baobab.

C'est Tartarin-Sancho qui n'était pas content! Cette idée de

[10]voyage en Afrique et de chasse au lion lui donnait le frisson par

avance, et, en rentrant au logis, pendant que la sérénade d'honneur

sonnait sous leurs fenêtres, il fit à Tartarin-Quichotte une

scène effroyable, l'appelant toqué, visionnaire, imprudent, triple

fou, lui détaillant par le menu toutes les catastrophes qui l'attendaient

[15]dans cette expédition, naufrages, rhumatismes, fièvres

chaudes, dysenteries, peste noire, éléphantiasis, et le reste....

En vain Tartarin-Quichotte jurait-il de ne pas faire d'imprudences,

qu'il se couvrirait bien, qu'il emporterait tout ce qu'il

faudrait, Tartarin-Sancho ne voulait rien entendre. Le pauvre

[20]homme se voyait déjà déchiqueté par les lions, englouti dans les

sables du désert comme feu Cambyse, et l'autre Tartarin ne

parvint à l'apaiser un peu qu'en lui expliquant que ce n'était

pas pour tout de suite, que rien ne pressait et qu'en fin de

compte ils n'étaient pas encore partis.

[25]Il est bien clair, en effet, que l'on ne s'embarque pas pour

une expédition semblable sans prendre quelques précautions

Il faut savoir où l'on va, que diable! et ne pas partir comme

un oiseau....

Avant toutes choses, le Tarasconnais voulut lire les récits des

[30]grands touristes africains, les relations de Mungo-Park, de Caillé,

du docteur Livingstone, d'Henri Duveyrier.

Là, il vit que ces intrépides voyageurs, avant de chausser leurs

sandales pour les excursions lointaines, s'étaient préparés de

Tartarin de Tarascon(#10687) · 第 49 / 170 题