Du cahier lavande.
Je n’y comprends rien! Il n’a pas dû recevoir ma lettre. Que pense-t-il
de moi? Pourtant, je l’ai portée à la poste moi-même; une lettre où
j’avais mis toute ma tendresse... Ce sont toujours celles-là qui se
perdent!... ou bien n’est-ce qu’un simple retard? Cela est déjà arrivé.
Que je suis donc inquiète!
Maurice va mieux. On l’a transporté à l’hôpital, ici. Ce garçon a toutes
les chances. D’ailleurs, je ne suis pas son infirmière: il se trouve
dans la salle 7. Je le vois souvent... Bientôt, on lui permettra de
sortir et j’espère qu’il viendra passer le jeudi après-midi à la maison.
Hélas! il ne fera plus de musique! son bras s’ankylose de plus en plus.
Néanmoins, il n’est pas à plaindre: en si peu de temps, il retrouve son
appétit, la fièvre disparaît, il peut marcher, il pourra se promener la
semaine prochaine.
Mahoudiaux a d’ailleurs gardé toute sa gaîté. On l’admire beaucoup pour
cela, mais, en toute justice, il doit se considérer comme un des heureux
de la guerre.--Passé sous-lieutenant très vite (il connaissait depuis
longtemps le colonel et avait, je crois, fait ses périodes en temps de
paix)... oui, mais quand je songe que Roger est encore maréchal des
logis!... Enfin!
Et puis Maurice a une blessure qui, grâce à l’ankylose, se voit comme
celle d’un grand blessé et qui n’a pas dû, quoi qu’on dise, le faire
tant souffrir. La guérison eût été moins rapide, car, en somme, le voilà
guéri.
Une ankylose du bras droit doit beaucoup gêner, les premiers temps. Oh!
certainement, on s’y accoutume, mais, au début... Tout cela est bien
triste! Et puis Roger aurait eu si grand plaisir à l’entendre jouer le
_Petit Carnaval_ de Schumann!