Ce n'est que le faict droicturier.
Vous voulez vivre d'avantaige,
Et n'avez maille ne denier!
Estes-vous larron ou meurtrier? [P. 208]
Par Dieu, ains que d'icy je hobe,
Vous me payerez, pour abréger,
Ou vous y laisserez la robbe.
--Quant est d'argent, je n'en ay point,
Affin de le dire tout hault.
Comment! m'en iray-je en pourpoint,
Et desnué comme ung marault?
Dieu mercy! je n'ay pas trop chault;
Mais, s'il vous plaisoit m'employer,
Je vous serviray, sans deffault,
Jusques à mon escot payer.
--Et comment? Que sçavez-vous faire?
Dites-le moy tout plainement.
--Quoy? toute chose nécessaire.
Point ne fault demander comment;
Je gaige que, tout maintenant,
Je vous chanteray ung couplet,
Si hault et si cler, je me vant,
Que vous direz: «Cela me plaist!»
L'ACTEUR.
Lors, le varlet, voyant cecy,
Fut content de ceste gaigeure,
Et pensa en luy-mesme ainsi,
Qu'il attendroit ceste adventure;
Et s'il chantoit bien d'adventure,
Il lui dirait, pour tous desbats,
Qu'il payast l'escot, bon alleure,
Car son chant ne lui plaisoit pas.
L'accord fut dit, l'accord fut faict, [P. 209]
Devant tous, non pas en arrière.
Lors le gallant tire, de faict,
De dedens sa gibecière
Une bourse, d'argent legière,
Qui estoit pleine de mereaulx,
Et chanta, par bonne manière,
Haultement, ces mots tout nouveaulx:
De sa bourse dessus la table
Frappa, affin que je le notte,
Et, comme chose convenable,
Chanta ainsi à haulte notte:
«Faut payer ton hoste, ton hoste!»
Tout au long chanta ce couplet.
Le varlet, estant coste à coste,
Respondit: «Cela bien me plaist!»
Toutesfoys, il n'entendoit pas
Qu'il ne fust de l'escot payé,
Parquoy il failloit sur ce pas.
De son sens fut moult desvoyé.
Devant tous fut notiffié
Qu'il estoit gentil compaignon,
Et qu'il avoit, par son traicté,
Bien disné pour une chanson.
C'est bien disné, quand on eschappe
Sans desbourser pas ung denier,
Et dire adieu au tavernier
En torchant son nez à la nappe.
[P. 210]
LA CINQUIESME REPEUE
DU PELLETIER.
Ung jour advint qu'ung Pelletier
Espousa une belle femme
Qui appetoit le bas mestier,
En faisant recorder sa game.
Le Pelletier, sans penser blasme,
Ne s'en soucioit qu'ung petit:
Mieulx aymoit du vin une dragme,
Que coucher dedens ung beau lict.
Ung curé, voyant cest affaire,
De la femme fut amoureux,
Et pensa qu'à son presbytaire
Il maineroit ce maistre gueux.
Il s'en vint à luy tout joyeux,
A celle fin de le tromper,
En disant: «Mon voysin, je veux
Vous donner ennuyt à soupper.»
Le Pelletier en fut content,
Car il ne vouloyt que repaistre,
Et alla tout incontinent
Faire grant chère avec le prestre,
Qui luy joua d'un tour de maistre,
Disant: «Ma robbe est deffourrée;
Il vous y convient la main mettre,
Affin qu'elle soit reffourrée.
--Et bien, ce dist le Pelletier, [P. 211]
Monseigneur, j'en suis bien content,
Mais que vous m'en vueillez payer;
Je suis tout vostre, seurement.»
Ils firent leur appoinctement
Qu'il auroit, pour tout inventoire,
Dix solz tournois entièrement,
Et du vin largement pour boire,
Pourvu qu'il la despecheroit,
Car il luy estoit necessaire,
Et que toute nuyt veilleroit,
Avec son clerc, au presbitaire.
Il fut content de cest affaire.
Mais le Curé les enferma
Soubs la clef, sans grant noyse faire,
Puis hors de la maison alla.
Le Curé vint en la maison
Du Pelletier, par ses sornettes,
Et trouva si bonne achoyson
Qu'il fist très bien ses besongnettes.
Ilz firent cent mille chosettes,
Car, ainsi comme il me semble,
Il contenta ses amourettes,
Et puis hors de la maison emble.
Ce fourreur, pour la repeue franche
Fut fait coqu bien fermement;
Et luy chargea la dame blanche
Qu'il y retournast hardiment,
Et que, par son sainct sacrement,
Jamais nul jour ne l'oubliera,
Mais luy fera hébergement, [P. 212]
Toutes les foys qu'il luy plaira.
Et pourtant, donne soy bien garde
Chascun qui aura belle femme
Qu'on ne lui joue telle aubade
Pour la repeue: c'est grant diffame;
Quant il est sceu, ce n'est que blasme
Et reproche, au temps advenir.
Vela des repeues la grant game;
Pourtant, ayez-en souvenir!
SIXIESME REPEUE FRANCHE
DES GALLANTS SANS SOULCY.
Une assemblée de compaignons,
Nommez les _Gallans sans soucy_,
Se trouvèrent entre deux pontz,
Près le Palays, il est ainsi;
D'aultres y en avoit aussi,
Qui aymoient bien besoigne faîcte,
Et estoient, de franc cueur transi,
A l'abbé de Saincte Souffrette.
Ces compaings ainsi assemblez
Ne demandèrent que repas;
D'argent ilz n'estoyent pas comblez,
Non pourtant ne faillirent pas.
Ilz se boutèrent, c'est le cas, [P. 213]
A l'enseigne du Plat d'estaing,
Où ilz repeurent par compas,
Car ilz en avoient grant besoing.
Quant ce vint à l'escot compter,
Je crois que nully ne s'en cource;
Mais le beau jeu est au payer,
Quant il n'y a denier en bourse.
Nul d'eulx n'avoit chère rebourse:
«Pour de l'escot venir au bout,
Dist ung gallant, de plaine source,
Il n'en faut qu'ung pour payer tout.»
Ilz appointèrent tous ensemble,
Que l'ung d'iceulx on banderait:
Par ainsi, selon qui me semble,
Le premier qu'il empoigneroit,
Estoit dit que l'escot payeroit.
Mais ilz en eurent grand discord:
Chascun bandé estre vouloit,
Dont ne peurent estre d'accord.
Le varlet, voyant ces desbas,
Leur dit: «Nul de vous ne s'esmoye;
Je suis content que, par compas,
Tout maintenant bandé je soye.»
Les gallans en eurent grand joye,
Et le bandèrent en ce lieu,
Puis chascun d'eux si print la voye
Pour s'en aller sans dire adieu.
Le varlet, qui estoit bandé,
Tournoyoit parmy la maison.
Il fut de l'escot prébendé [P. 214]
Par ceste subtile achoison.
Affin d'avoir provision
De l'escot, l'hoste monte en hault:
Quand il vit ceste intention,
A peu que le cueur ne lui fault.
En montant, l'hoste fut happé
Par son varlet, sans dire mot,
Disant: «Je vous ay attrapé,
Il faut que vous payez l'escot,
Ou vous laisserez le surcot.»
De quoy il ne fut pas joyeux,
****************************
Cuydant qu'il fust mathelineux.
Quand le varlet se desbanda,
La tromperie peut bien congnoistre:
Fut estonné quand regarda,
Et vit bien que c'estoit son maistre.
Pensez qu'il en eut belle lettre,
Car il parla lors à bas ton,
Et, pour sa peine, sans rien mettre,
Il eut quatre coups de baston.
Ainsi furent, sans rien payer,
Les povres gallans délivrez
De la maison du tavernier,
Où ilz s'estoyent presque enyvrez
Des vins qu'on leur avoit livrez
Pour boire à plain gobelet,
Que paya le povre varlet.
Et que ce soit vray ou certain, [P. 215]
Ainsi que m'ont dit cinq ou six,
Le cas advint au Plat d'estain
Près Sainct-Pierre-des-Arsis.
Bien eschéoit ung grant mercis,
A tout le moins, pour ce repas,
Et si ne le payèrent pas.
Aussi fut si bien aveuglé,
Le povre varlet malheureux,
Qui fut de tout l'escot sanglé,
Et fallust qu'il payast pour eulx;
Et s'en allèrent tous joyeux
Les mignons, torchant leur visaige,
Qui avoyent disné d'advantaige.
LA SEPTIESME REPEUE
FAICTE AUPRÈS DE MONTFAULCON.
Pour passer temps joyeusement,
Raconter vueil une repeue
Qui fut faicte subtillement
Près Montfaulcon, c'est chose sceue,
Et diray la desconvenue
Qu'il advint à de fins ouvriers;
Aussi y sera ramenteue
La finesse des escolliers.
Quand compaignons sont desbauchez,
Ilz ne cherchent que compaignie;
Plusieurs ont leurs vins vendangez [P. 216]
Et beu quasy jusqu'à la lye.
Or advint qu'une grant mesgnie
De compaignons se rencontrèrent.
******************************
******************************
Et, sans trouver la saison chère,
Chascun d'eulx se resjouyssoit
Disant bons motz, faisant grant chère;
Par ce point le temps se passoit.
Mais l'ung d'iceulx promis avoit
De coucher avec une garce,
Et aux aultres le racontoit,
Par jeu, en manière de farce.
Tant parlèrent du bas mestier,
Que fut conclud, par leur façon,
Qu'ilz yroyent ce soir-là coucher
Près le gibet de Montfaulcon,
Et auroyent pour provision
Ung pasté de façon subtile,
Et meneroyent, en conclusion,
Avec eulx chascun une fille.
Ce pasté, je vous en respons,
Fut faict sans demander qu'il couste,
Car il y avoit six chapons,
Sans la chair, que point je n'y boute.
On y eust bien tourné le coute,
Tant estoit grant, point n'en doubtez.
Le Prince des Sots et sa routte
En eussent esté bien souppez.
Deux escolliers voyant le cas, [P. 217]
Qui ne sçavoyent rien que tromper,
Sans prendre conseil d'advocatz,
Ilz se voullurent occuper,
Pensant à eux, comme atrapper
Les pourroyent d'estoc ou de trenche;
Car ilz voulloyent ce soir soupper
Et avoir une repeue franche.
Sans aller parler au devin,
L'ung prist ce pasté de façon,
L'autre emporta un broc de vin,
Du pain assez, selon raison,
Et allèrent vers Montfaulcon,
Où estoit toute l'assemblée.
Filles y avoit à foyson,
Faisant chère desmesurée.
Aussi juste comme l'orloge,
Par devis et bonne manière,
Ilz entrèrent dedans leur loge,
Espérant de faire grant chière,
Et tastoient devant et derrière
Les povres filles, hault et bas.
*****************************
*****************************
Les escolliers, sans nulle fable.
Voyant ceste desconvenue,
Vestirent habitz de diable,
Et vindrent là, sans attendue:
L'ung, ung croc, l'autre, une massue,
Pour avoir la franche repue,
Vindrent assaillir les gallans.
*****************************
Disant: «A mort! à mort, à mort! [P. 218]
Prenez, à ces chaisnes de fer,
Ribaulx, putains, par desconfort,
Et les amenez en enfer;
Ilz seront avec Lucifer,
Au plus parfond de la chauldière,
Et puis, pour mieulx les eschauffer,
Gettez seront en la rivière!»
L'ung des gallans, pour abbreger,
Respondit: «Ma vie est finée!
En enfer me fault heberger.
Vecy ma dernière journée;
Or suis-je bien ame dampnée!
Nostre peché nous a attains,
Car nous yrons, sans demourée,
En enfer avec ces putains!»
Se vous les eussiez veu fouyr,
Jamais ne vistes si beau jeu,
L'ung amont, l'autre aval courir;
Chascun d'eulx ne pensoit qu'à Dieu.
Ilz s'en fouyrent de ce lieu,
Et laissèrent pain, vin et viande,
Criant sainct Jean et sainct Mathieu,
A qui ilz feroyent leur offrande.
Noz escolliers, voyant cecy,
Non obstant leur habit de diable,
Furent alors hors de soulcy,
Et s'assirent trestous à table;
Et Dieu sçait si firent la galle [P. 219]
Entour le vin et le pasté,
Et repeurent, pour fin finalle,
De ce qui estoit appresté.
C'est bien trompé, qui rien ne paye,
Et qui peut vivre d'advantaige,
Sans desbourser or ne monnoye,
En usant de joyeux langaige.
Les escolliers, de bon couraige,
Passèrent temps joyeusement,
Sans bailler ny argent ny gaige,
Et si repeurent franchement.
Si vous vouliez suyvre l'escolle
De ceulx qui vivent franchement,
Lisez en cestuy prothocolle,
Et voyez la façon comment;
Mettez-y vostre entendement
A faire comme ilz faseyent,
Et, s'il n'y a empeschement,
Vous vivrez comme ilz vivoyent.
FIN DES REPEUES FRANCHES
ET DES POÉSIES ATTRIBUÉES A VLLLON.
NOTES.
_(Les chiffres renvoient aux pages du volume. V. signifie_ vers;
_Pr._, Prompsault; _P. L._, M. Paul L. Jacob, bibliophile.)
P. 1. _Clément Marot aux Lecteurs._ Cette préface, avec le
huitain qui l'accompagne, est en tête de l'édition de _Paris,
Galiot du Pré,_ 1533, la première donnée par Marot.
P. 2, lig. 28. _Toutesfoys_... Marot dit clairement qu'il n'a
pas consulté un seul manuscrit. Il n'a pas non plus eu sous les
yeux toutes les éditions du XVe siècle.
P. 4, lig. 5. _Après _... Les vers que Marot dit avoir refaits
sont au nombre de dix ou douze seulement, et, chose singulière,
on les trouve tels quels dans les manuscrits et les anciennes
éditions. (P. L.)
P. 7. _Le Petit Testament_. Ce titre, que Villon n'avait pas
eu l'intention de donner à ses _lays_ (voy. p. 50, v. II), se
trouve en tête des plus anciennes éditions de ses oeuvres.
P. 8-9. Les huitains IV à IX ont été publiés pour la première
fois par Prompsault, d'après un mss. La Monnoye ne les a pas
connus.
P. 9, huitain IX. L'invocation par laquelle Villon commence son
Testament n'est qu'une affaire de simple formule. Ce n'est pas
là qu'il faut chercher la preuve de ses sentiments religieux.
P. 14, huit. XXIII. Ce huitain, publié pour la première fois par
Prompsault, se trouve en manuscrit dans l'exemplaire annoté de
La Monnoye.
P. 17-19. Les huitains XXXVI-XXXIX, publiés pour la première
fois par M. Prompsault, n'étaient pas connus de La Monnoye.
C'est une satire du jargon scolastique du temps. Il n'est pas
certain que Villon en soit l'auteur. J'ai conservé quelques-unes
des corrections introduites dans ce texte par M. P. L.
P. 21. _Le Grand Testament_. Huit. I. _En l'an trentiesme de mon
eage_... On a conclu de ce vers que Villon n'avait pas trente
ans accomplis en 1461. La mesure du vers ne lui permettait pas
d'être plus exact; mais dans le _Débat du corps et du coeur_ (p.
113), fait dans la prison de Meung, il dit positivement: «Tu as
trente ans.» Il était donc réellement né en 1431.
P. 22, huit. V. La leçon de l'édition Prompsault est meilleure
que celle de La Monnoye. La voici:
_Si prieray pour lui de bon cueur,
Par l'ame du bon feu Cotard..._
C'est-à-dire que Villon jure par l'âme de son procureur Cotard
(voy. ce nom au _Glossaire-index_), de prier Dieu pour Thibault
d'Aussigny. La suite nous apprend ce qu'il entend par là.
P. 37-38. On a cru que dans les huitains XLIII-XLV Villon
parlait de lui-même; c'est évidemment une erreur. Pour le
reconnaître, il suffit de se rappeler qu'il n'avait que trente
ans, et n'était pas un «pauvre vieillart.»
P. 45, huit. LIV. Je n'ai pas adopté la correction de La
Monnoye, qui termine ainsi ce huitain:
_C'est pure vérité decellée:
Pour une joye cent doulours_.
P. 56. Les six premiers vers de l'_Envoi_ donnent en acrostiche
le nom de _Villon_, ainsi que M. Nagel l'a remarqué le premier.
Il a découvert aussi que le premier huitain de la _Ballade
de Villon à s'amye,_ p. 57, donne en acrostiche le nom de
_Françoys._ Le second huitain donne _Martheos,_ sans doute par
l'effet du hasard.
P. 90. _Lays._ Publié pour la première fois par Prompsault. En
manuscrit dans La Monnoye. Il en est de même du huitain CLIII,
p. 91.
P. 99. «_Et je croy bien que pas n'en ment._» Le huitain qui
commence par ce vers et le reste de la ballade ont été publiés
pour la première fois par Prompsault. Ils existent en manuscrit
dans La Monnoye.
P. 101. _Poésies diverses_. Le titre de plusieurs éditions
annonce un _Codicille_, ce qui a préoccupé quelques éditeurs
plus que de raison. L'édition de Pierre Levet, 1489, et une
autre édition du XV'siècle (la troisième décrite par M. Brunet),
disent ce qu'il faut entendre par là. Dans celle de Pierre Levet
on lit: _Cy commence le grant Codicille et Testament de maistre
François Villon,_ et dans l'autre: _Sensuit le grant Testament
et Codicille de maistre François Villon._ Le _Codicille_ n'est
donc autre chose que le _Grand Testament,_ postérieur de cinq
ans au _Petit Testament._
Les _poésies diverses_ ont été classées de différentes
façons, selon le gré des éditeurs. J'ai cherché à les ranger
chronologiquement. Le _quatrain_ et _l'épitaphe_ (p. 101), la
_Requeste au Parlement_ (p. 103), la _Ballade de l'appel_ (p.
104), le _Dit de la naissance Marie_ (p. 105) et la _Double
ballade_ (p. 107) se rapportent au procès de 1457. Je parlerai
des autres pièces plus tard.
P. 105. _Le Dit de la naissance Marie_. Cette pièce et les deux
suivantes se trouvent dans un très-beau manuscrit des Poésies de
Charles d'Orléans, conservé à la Bibliothèque impériale. Elles
ont été publiées pour la première fois par M. Prompsault.
P. 107. _Double ballade_. Cette pièce, adressée à Marie
d'Orléans, fut composée longtemps après la précédente, et
lorsque la princesse était déjà grande, et avait «port assuré,
maintien rassis» (p. 109, v. 17).
P. 110. _Ballade Villon._ Cette pièce est incontestablement de
Villon, dont elle porte le nom dans le manuscrit des poésies
de Charles d'Orléans. Il n'est pas aussi certain que les deux
autres pièces tirées du même manuscrit soient de lui, mais c'est
on ne peut plus vraisemblable.
Cette ballade fut composée sur un sujet donné par le duc
d'Orléans. On trouve dans le manuscrit de ses poésies celles qui
furent composées à la même occasion par onze autres poëtes.
P. 111 _Epistre_, Cette pièce fut composée dans la prison de
Meung. Elle a été publiée pour la première fois par Prompsault,
mais elle existe en manuscrit, avec des variantes, dans La
Monnoye.
P. 112. _Le Débat du cueur et du corps_. Composé dans la prison
de Meung. Les précédents éditeurs n'ont pas remarqué que le nom
de Villon se trouve en acrostiche dans les six vers qui, non
compris le refrain, forment l'_envoi_.
P. 113. _La, Requeste à Monseigneur de Bourbon_. Prompsault se
trompe lorsqu'il dit que Marot a fait le titre de cette ballade.
On le trouve dans les éditions du XVe siècle tel qu'il est
reproduit ici.
Le duc de Bourbon était Jean II, qui mourut en 1487; ce ne
pouvait être Charles Ier, mort en décembre 1456, à l'époque
précisément où Villon, peu connu comme poëte, se faisait
fouetter publiquement.
P. 119. _Ballade des povres housseurs_. Cette pièce a été tirée
du _Jardin de plaisance_ par Prompsault. Il n'est pas bien
prouvé qu'elle soit de Villon. On ne sait pas au juste ce
que signifie ce mot _housseurs_. Cotgrave le traduit par
_balayeurs_, _ramoneurs_; M. P. L., par _batteurs de tapis_;
Prompsault, par _porteurs de housseaux_ ou de bottes; M.
Campeaux, par écoliers portant des _housses_, comme ceux du
collège de Navarre. Son explication me paraît la meilleure, à
moins que _housseurs_ ne signifie _faiseurs de housseaux_. Il
y a un rapprochement à faire entre cette supposition et,
d'une part, les conjectures de M. Campeaux relativement à la
profession du père de Villon; d'autre part, l'affirmation
très-nette de la onzième des pièces attribuées à Villon, que je
publie, p. 139. «...Mon père est cordouennier.» Malheureusement
ce rondeau n'est pas plus certainement de Villon que la _Ballade
des povres housseurs_.
P. 120. _Problème ou Ballade_. Publié pour la première fois par
Prompsault. En manuscrit dans La Monnoye.
P. 121. _Ballade contre les mesdisans de la France_. Prompsault
a cru publier cette pièce pour la première fois; mais il en
existe une édition en caractères gothiques, reproduite par M. A.
de Montaiglon dans les _Anciennes Poésies françoises_, t. V,
p. 320, qui m'a fourni de bonnes variantes. La Monnoye la
connaissait. Elle existe en manuscrit dans son exemplaire
annoté, avec le titre qu'elle porte ici.
P. 124. _Le Jargon ou Jobelin_. Tous les éditeurs de Villon ont
reculé devant l'explication de ces ballades en argot. Je
suis leur exemple; mais cela ne doit pas décourager ceux qui
voudraient tenter l'entreprise. En recueillant avec soin toutes
les variantes des anciennes éditions, en rapprochant les
ballades de Villon des monuments assez nombreux de ce langage
qui nous restent du XVe siècle et du commencement du XVIe, on
arriverait probablement à quelque chose de satisfaisant.
P. 133. _Poésies attribuées à Villon_. J'ai choisi ce titre à
cause de son élasticité. Je ne suis pas convaincu que ces pièces
soient de notre poëte; mais je n'ai pas voulu, en les donnant
comme émanant de ses disciples, lui faire tort de celles qui
peuvent lui appartenir.
P. 133-143. Dix-sept pièces choisies parmi celles que M.
Campeaux a tirées du _Jardin de plaisance_. On ne peut, lire son
travail sans être tenté d'admettre que plusieurs de ces pièces
sont réellement de Villon.
P. 144-146. Les ballades XVIII, XIX et XX ont été réunies pour
la première fois aux oeuvres de Villon dans l'édition de 1723.
Je ne crois pas qu'elles soient de lui.
P. 147. _Ballade joyeuse des taverniers_. Cette pièce se trouve
dans toutes les éditions de _la Chasse et le Départ d'Amours,_
d'Octavien de Saint-Gelais, dont la première est de 1509. Je
dois cette indication à mon ami M. Louis Moland.
P. 150. _Monologue du franc archier de Baignollet_. Réuni pour
la première fois aux oeuvres de Villon en 1532, dans une
édition de Galiot du Pré. Il existe de ce monologue une édition
gothique, format d'agenda, qui a été reproduite dans l'_Ancien
théâtre françois_, t. II, p. 326. J'en ai tiré quelques
variantes.
P. 164. _Dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent_.
De même que le _Monologue du franc archer_, cette pièce fut
réunie pour la première fois aux oeuvres de Villon dans
l'édition de Galiot du Pré, 1532. Elle est écrite, comme l'a
remarqué le premier M. A. de Montaiglon, «en strophes de six
vers sur deux rimes, qui s'enchaînent de telle façon que la
rime placée dans une strophe au troisième et au sixième vers
se répète, dans la strophe suivante, aux quatre autres vers,
c'est-à-dire au premier, au second, au quatrième et au cinquième.»
Je l'ai divisée selon ces indications, et l'on conviendra qu'elle
y a beaucoup gagné.
Deux strophes sont incomplètes, l'une d'un vers, p. 172, et
l'autre de deux, p. 177.
P. 178. _Les Repeues franches_. Ce recueil fut imprimé plusieurs
fois dans le XVe siècle et la première moitié du XVIe. Il n'est
pas de Villon; mais le poëte y joue un tel rôle qu'on ne peut se
dispenser de le joindre à ses oeuvres, ce qu'on fait, du reste,
depuis plus de trois cents ans. Il est écrit presque tout
entier en strophes de huit vers, ce que les précédents éditeurs
n'avaient pas assez remarqué, comme l'a dit M. A. de Montaiglon.
Il y a vers la fin quelques strophes que je n'ai pu compléter,
bien que j'aie consulté plusieurs éditions anciennes, y compris
celle de Jean Trepperel, que je crois la première.
P. 187. _La Manière d'avoir du poisson_. Le moyen employé par
Villon pour se débarrasser du _porte-pannier_ rappelle le
fabliau des _Trois Avugles de Compiengne_, par Cortebarbe. Voir
aussi les _Aventures de Til Ulespiègle_, chap. LXXI (_Nouvelle
collection Jannet_); _Morlini_, nouv. XIII; les _Facétieuses
Nuits de Straparole_, édition Jannet, _Paris_, 1857, t. Ier, p.
liv.
P. 190. _La Manière d'avoir des trippes_. Voir un expédient
analogue dans les _Aventures de Til Ulespiègle_, édition citée,
chap. LXXII.
P. 191. _La Manière d'avoir du pain_. Imité par l'auteur des
_Aventures de Til Ulespiègle_, chap. VI.
P. 192. _La Manière d'avoir du vin_. Se retrouve dans _Til
Ulespiègle_, chap. LVII.
P. 206. _La Repeue franche du Souffreteux_. Imité par l'auteur
de _Til Ulespiègle_, chap. LXI, et par Bonaventure Des Périers.
Voy. l'édition de M. Louis Lacour, 1856. In-16, p. 122.
GLOSSAIRE-INDEX.
----------A----------
_A_, avec. P. 34, v. 18; p. 158, v. 12.
_A coup_, vite, tout de suite.
_A tout_, avec.
_Abandonné_, libéral, prodigue. 172.
_Abayer_, aboyer.
_Aboluz_, abolis, absous. §§.
_Aboy_ (en), aux abois, abaissé.--«Trois poulx rampans en aboy»,
c'est-à-dire descendant le long de la chemise, telles sont
les armoiries que le seigneur de Mallepaye assigne à son ami
Baillevent, P. 168.
ABSALON, 121, 122.
_Absoluz, absolz_, absous.
_Abusion_, peine inutile, fait de quelqu'un qui s'abuse. (P. 35,
v. 2.)
_Acabit_, accident (?). 175.
_Accollèe, acollée_, accolade.
_Accouter_, appuyer, accoter. 47, 136.
_Acherin_, acéré, d'acier.
_Achoison, achoyson_, occasion, feinte, ruse.
_Acongnoistre_, connaître. 195.
_Accueillir_, tenir. 145.
_Acquester_, acquérir.
_Acreuz_, acquis, augmentés. 165.
_Acteur_ (l'), l'auteur. 182.
_Adextre_, adroit, habile.
_Adirer_, absenter, supprimer. 135.
_Admenez_ (en) (?), P. 38, v. 25.
_Adonc, adoncques_, alors.
_Advantaige_, voy. _avantaige_.
_Affier_, assurer, certifier.
_Affiques_, affiquets. 185.
_Affoler_, blesser. 152.
_Affuyt_, suit.
_Aguet (aller d')_, marcher avec précaution et sans bruit, c'est
ce que faisaient sans doute les soldats de police à pied dont
parle Villon, p. 13, v. 21.
_Aherdre_, p. 52, se trouve dans Cotgrave avec le sens de
toucher, prendre.
_Ahonti_, déshonore, couvert de honte. 142.
_Aid_, aide, assiste «Ainsi m'aid Dieux!» P. 26, v. 6.
_Aignel_, agneau. 107.
_Ainçoys_, avant.
_Ains_, avant.
_Aist_, aide. «Ainsi m'aist Dieux!» 107.
_Aiz_, planche. 84.