NOTES DES CHAPITRES V, VI ET VII

_Divers passages des Carnets de Mazarin qui se rapportent à ces trois

chapitres._

Le cardinal Mazarin avait l'habitude d'écrire de temps en temps sur un

de ces petits cahiers, qu'on appelle ordinairement _agendas_ ou

_carnets_, ce qu'il devait faire, ou même ce qu'il se proposait de dire

à diverses personnes, au conseil, surtout à la reine; et il mettait cet

agenda, ce carnet dans la poche de sa simarre pour s'en servir au

besoin. La plupart du temps, on n'y rencontre que des lignes fort

obscures, où Mazarin seul aujourd'hui pourrait reconnaître sa pensée.

Quelquefois il se développe davantage, et dans ces notes, jetées à la

hâte sur le papier à mesure que les événements se succédaient, on

découvre ses sentiments véritables, on a comme un tableau fidèle de ce

qui se passait alors dans son esprit. Ce ne sont point des mémoires que

l'on compose après coup pour justifier sa conduite, et où l'on arrange

les faits sur le rôle et le personnage que l'on veut se donner auprès de

la postérité. Ici, rien de pareil: tout est écrit sur place, sous

l'impression du moment, sans aucun dessein préconçu. Ces notes n'étaient

pas faites pour d'autres yeux que ceux de leur auteur; c'est une sorte

d'entretien qu'il institue avec lui-même, un compte qu'il se rend de ses

actions et même de ses intentions; par où l'on peut se convaincre que

Mazarin n'a rien entrepris sans y avoir mûrement pensé, et qu'ainsi que

Richelieu il a voulu tout ce qu'il a fait.

Colbert, le premier domestique de Mazarin, comme on disait alors, son

homme de confiance, l'intendant de ses affaires et de sa maison,

recueillit ces carnets, à ce qu'il paraît; des mains de Colbert ils ont

passé aisément dans celles de son bibliothécaire Baluze, et c'est de là

qu'ils sont arrivés à la Bibliothèque impériale, FONDS DE BALUZE,

_armoire_ VI, paquet 1. Chacun de ces carnets est tout petit, à peu près

comme un in-32. Il y en a quinze; il est certain qu'autrefois il y en

avait au moins seize; car le seizième est à Tours entre des mains bien

connues qui le gardent sévèrement. Ces quinze carnets commencent en

1642, et vont jusqu'à l'exil de Mazarin en 1651. Ils embrassent donc

près de dix années qui ne sont pas assurément les moins remplies et les

moins glorieuses du XVIIe siècle.

Sans entrer dans de trop minutieux détails, il suffit de dire que ces

carnets sont écrits tantôt au crayon, tantôt à l'encre. Le crayon est

aujourd'hui assez effacé; l'écriture a mieux résisté; mais elle est

souvent bien difficile à lire. Les noms propres surtout sont presque

méconnaissables. Pour surcroît de difficulté, Mazarin écrit d'abord en

italien, et, quand il songe plus particulièrement à la reine, en

espagnol; il ne se hasarde que peu à peu et assez tard à se servir du

français. Nous ne craignons donc pas d'avancer que la moitié à peu près

des premiers carnets est ou matériellement indéchiffrable, ou presque

inintelligible faute de développements suffisants; mais l'autre moitié

nous paraît digne de la plus sérieuse attention: tantôt elle confirme,

tantôt elle rectifie, toujours elle éclaire les idées qu'on s'est faites

des desseins, des sentiments et de la conduite de Mazarin.

M. Ravenel, auquel on doit les _Lettres du cardinal Mazarin à la Reine

et à la princesse Palatine_, etc., _pendant sa retraite hors de France,

en 1651 et 1652_, était plus propre que personne, et par ses études

antérieures et par sa pénétration ingénieuse, à continuer ce qu'il avait

si bien commencé, et à donner des extraits intelligents et fidèles des

carnets de Mazarin. Malheureusement M. Ravenel nous a déclaré qu'il

avait renoncé à ce travail, et c'est à son refus, plus d'une fois

renouvelé, que nous nous sommes engagé dans l'étude difficile de ce

précieux document. Il a bien voulu nous communiquer une copie

qu'autrefois il en avait fait faire: nous nous empressons de reconnaître

que cette copie nous a été fort utile et nous a épargné bien des peines;

mais nous pouvons dire aussi sans ingratitude qu'elle est

très-imparfaite, et il n'est pas besoin d'ajouter qu'il ne paraîtra pas

ici une seule ligne qui n'ait été soigneusement vérifiée sur le texte

original.

Enfin, M. Léon Delaborde qui, dans tous les sujets, recherche avec tant

de patience les renseignements les plus cachés et les met en lumière

avec tant d'art, a eu connaissance de ces carnets, et il en a semé

plusieurs passages dans les notes de sa curieuse histoire du _Palais

Mazarin_.

Déjà nous-même, dans _La Jeunesse de Mme de Longueville_, nous avons

fait usage de cette source riche et peu connue. Ici nous allons

rassembler, sur les personnes et les choses engagées dans notre récit,

les notes éparses dans les neuf premiers carnets, depuis 1643 jusqu'aux

approches de la Fronde, en avertissant bien qu'il nous a fallu négliger

plus d'une ligne qui nous ont été indéchiffrables, et en demandant grâce

pour les fautes qui nous seraient échappées dans cette première et

difficile transcription.

Madame de Chevreuse Nouvelles études sur les femmes illustres et la société du 17e siècle · 第 56 / 119 题