INTRIGUES D'ANGLETERRE.

Établissons bien d'abord les rôles officiels de tous les personnages.

L'ambassadeur ordinaire d'Angleterre en France sous Jacques Ier et sous

Charles Ier était Goring, qui fut fait baron en 1625, à l'occasion du

mariage. Henri Rich, lord Kensington, avait été envoyé en France dès

1624 par le roi Jacques, comme ambassadeur extraordinaire, pour traiter

l'affaire du mariage, et on lui avait adjoint pour cette même affaire,

et sur sa demande, le comte de Carlisle. Tous deux avaient aussi reçu

leur récompense: milord Rich avait été nommé comte de Holland, et le

comte de Carlisle avait eu la Jarretière. L'ambassadeur français en

Angleterre était d'abord le comte de Tillières, qui n'avait pas fort

bien réussi; on l'avait remplacé ou soutenu par le comte d'Effiat,

depuis maréchal et surintendant des finances, le père de Cinq-Mars, qui

lui-même, plus tard, en 1626, avait été remplacé par le comte de

Blainville. Outre l'ambassadeur ordinaire, le duc de Chevreuse, grand

chambellan de France, accompagnait la nouvelle reine d'Angleterre, au

nom du roi son frère, avec le titre d'ambassadeur extraordinaire; et il

avait avec lui sa femme, alors encore surintendante de la maison de la

reine, qui avait été autorisée à suivre son mari et à escorter Madame,

au moins jusqu'à la frontière de France; il paraît qu'elle avait pris

sur elle et obtenu à grand'peine de M. de Chevreuse d'aller jusqu'à

Londres. Le duc, par sa naissance et sa magnificence, était fort propre

à la grande représentation, mais les affaires étaient en d'autres mains.

La nouvelle reine eut d'abord pour confesseur le père de Berulle,

fondateur et supérieur de l'Oratoire, l'homme de la reine mère et encore

celui de Richelieu; il avait été remplacé de bonne heure par un autre

père de l'Oratoire, le père de Sanci, de la maison de Harlay. Le chef de

la maison ecclésiastique de la reine était l'évêque de Mende, un peu

parent de Richelieu, qui avait toute sa confiance, et correspondait avec

lui. L'ambassadeur ordinaire avait ordre de s'entendre avec l'évêque, et

ils devaient agir de concert. La grande affaire était l'établissement de

la jeune reine, selon les conventions et stipulations de son contrat de

mariage. Enfin Charles Ier, comme son père Jacques, s'efforçait

d'intéresser la France au sort du prince Palatin du Rhin, son

beau-frère, qui pour avoir prétendu à la couronne de Bohème avait fini

par perdre ses États, que Charles Ier travaillait à lui faire rendre par

la diplomatie ou par la guerre.

Cela posé, on s'oriente aisément dans une précieuse correspondance de

Richelieu avec d'Effiat, Blainville, le père de Sanci et l'évêque de

Mende, dont on trouve des extraits aux archives des affaires étrangères,

dans le fond si souvent cité par nous, FRANCE, en un volume relié en

vert, séparé du reste de la série, sans numéro d'ordre, mais portant ce

titre: de 1624 à 1627; à ce volume séparé, il faut joindre, dans la

série FRANCE, les t. XXXVII, XXXVIII, XXXIX et XL, qui se rapportent aux

années 1625 et 1626.

Henri Rich, comte de Holland, était insinuant, flatteur, courtisan et

diplomate habile. Il avait fort réussi en France et avait d'abord été

assez bien avec Richelieu. Mais il était par-dessus tout dévoué à

Buckingham. Dans le volume précité on rencontre divers billets polis de

Holland au cardinal, sans aucune importance; nous en possédons un qui

n'est point aux archives des affaires étrangères, et qui, comme nous

l'avons dit, p. 51, montre avec quel soin Holland relevait auprès de

Richelieu les mérites et les services de Mme de Chevreuse. Le billet est

autographe, en français, fort incorrect, comme on le pense bien; il

n'est pas daté, mais il est évidemment de 1625; le cachet est intact

ainsi que les soies vertes.

Madame de Chevreuse Nouvelles études sur les femmes illustres et la société du 17e siècle · 第 21 / 119 题