NOTES DU CHAPITRE Ier

L'ouvrage le plus digne d'être consulté sur le ministère du duc et

connétable de Luynes est assurément l'_Histoire du règne de Louis XIII_,

3 vol. in-4º, Paris, 1758, par le P. Griffet, de la compagnie de Jésus.

Griffet est tout à fait de la famille de Daniel et de Bougeant, et ce

serait un historien d'un ordre très-relevé, s'il avait l'art de la

composition et du style. Les recherches les plus étendues dans les

dépôts publics et dans les archives privées lui ont fait découvrir un

grand nombre de pièces rares et précieuses, qu'il met en œuvre avec

équité et discernement. Faute de connaître le véritable auteur de

l'_Histoire de la Mère et du Fils_, il s'y est beaucoup trop fié, ce qui

rend d'autant plus remarquable la fermeté de jugement qui l'a empêché de

succomber à l'entraînement général contre Luynes.--Dans nos articles du

_Journal des Savants_, de l'année 1861, sur Luynes, auxquels nous avons

pris la liberté de renvoyer, nous avons fait grand usage de deux

documents nouveaux qui n'avaient jamais été employés. Le premier est la

collection des dépêches du nonce apostolique en France, de septembre

1616 au 31 janvier 1621, adressées au cardinal Borghèse, cardinal-neveu,

et secrétaire d'État sous Paul V. Ce nonce était le célèbre Guido

Bentivoglio, homme de beaucoup d'esprit, fin diplomate, excellent

écrivain, dont les _Relations_ et les _Lettres_ sont si connues et si

estimées. Les dépêches de sa légation de France ne diminueront pas sa

réputation. Restées jusqu'ici inédites, elles ont paru pour la première

fois, il y a quelques années, à Turin: _Lettere diplomatiche di Guido

Bentivoglio, arcivescovo di Rodi e nuncio in Francia, poi cardinale di

Santa Chiesa e vescovo Prenestino, ora per la prima volta pubblicate per

la cura di Luciano Scarabelli_, 2 vol., Torino, 1852. La politique de

Bentivoglio est naturellement celle de sa cour: il est favorable à la

reine mère et à l'Espagne, et d'abord assez mal disposé pour Luynes;

puis, le temps le ramène vers le favori qui l'emporte et s'établit, et

il s'insinue assez bien dans ses bonnes grâces pour en obtenir, en 1621,

en quittant la nonciature, le titre de comprotecteur de France. Nous

avons ici un observateur bel esprit, d'une perspicacité peu commune, et

qui voit surtout le mauvais côté des choses. Il a la confiance de

l'ambassadeur d'Espagne, celle du confesseur du roi et des partisans de

Marie de Médicis; il abonde en détails intimes souvent piquants,

quelquefois un peu lestes, qu'il raconte sans y faire de façons, bien

sûr de ne pas scandaliser le cardinal Borghèse. Le second document qui a

passé sous nos yeux est à la fois semblable et différent: ce sont aussi

les dépêches d'un ambassadeur auprès de la cour de France à la même

époque, mais cet ambassadeur est celui de la république de Venise,

médiocrement bien avec Rome, très opposé à l'Espagne, lié avec le

Piémont, avec la Hollande et l'Angleterre, se félicitant de la chute du

maréchal d'Ancre et de la disgrâce de la reine mère, et poussant de

toutes ses forces le gouvernement français à reprendre la politique de

Henri IV. Ces dépêches écrites par diverses personnes, Bon, Grissoni,

Angelo Contarini, Priuli, etc., que nous confondons sous le titre de

l'ambassadeur vénitien, n'ont jamais vu le jour; elles ont été tirées

tout récemment des archives de Venise par M. Armand Baschet, qui a bien

voulu nous les communiquer et nous permettre de nous en servir avant de

les faire entrer lui-même dans les grandes publications qu'il médite.

C'est à ces deux sources que nous avons puisé la plupart des détails

nouveaux relatifs à la duchesse de Luynes répandus dans notre premier

chapitre.

I.--Nous avons dit, p. 29 et 30, que le lendemain de la chute du

maréchal d'Ancre et lorsqu'il eut succédé à son pouvoir et à sa fortune,

Luynes eut le choix des plus opulentes et des plus illustres alliances,

soit avec la fille du vidame d'Amiens, Mlle d'Ailli, une des plus riches

héritières de France, soit avec une fille de Henri IV, Mlle de Verneuil,

et même avec une autre fille du grand roi, Mlle de Vendôme; que Louis

XIII tenait fort à ce dernier projet qui était même assez avancé, mais

que Luynes ne voulut pas se condamner à servir l'ambition des Vendôme,

et qu'il épousa Marie de Rohan par raison à la fois et par inclination.

C'est là ce qu'on ignorait, et ce que l'ambassadeur de Venise et celui

du pape affirment de concert. Dans une dépêche vénitienne du 16 mai

1617, c'est-à-dire à peine une vingtaine de jours après le meurtre du

maréchal d'Ancre, il est déjà question du mariage de Luynes avec Mlle de

Vendôme; une autre dépêche vénitienne du 23 mai parle encore de ce

mariage et de plusieurs autres proposés à Luynes; et une dépêche de

Bentivoglio, du même jour, fait connaître les motifs qui portèrent le

nouveau et puissant favori à ne pas contracter ces alliances.

DÉPÊCHE VÉNITIENNE DU 23 MAI.--«Louines intanto si va impossessando

sempre più della grazia di S. M. che amandolo sopra tutti procura di

farlo grande per tutti i mezzi possibili. Il matrimonio di

madamosella di Vendomo col detto Louines si avanza, perche il saper

che il Rè lo vogli basta à fare che i principi interessati sene

contentino; anzi intendemo che Vendomo suo fratello lo desideri per

havere con questa via il sicuro favore d'un soggetto di tanta

autorità, il quale, perche degnamente possi ricevere l'honore della

figlivola del re Henrico in moglie, prima sarà, per quanto viene

detto, fatto duca pari di Francia. Le sono anco proposte altre

principesse e dame di gran qualità e di estraordinarie richezze, trà

le quali una figlivola del duca di Mombasone, ed una del vidama

d'Amiens che sarà herede di più di trenta mille ducati di

rendita.»--BENTIVOGLIO, 23 MAI: «Del matrimonio di Louines con

madamosella di Vendomo si stà in sospenso. Molti uomini gravi l'han

consigliato à non alzarsi tanto si presto, e sopra tutto à non

gettarsi in partiti, e particolarmente nel partito di Vendomo che è

ambiziosissimo e non hà fede. E perche si è parlato ancora di

madamosella di Vernul è pur anche stato Louines disviato dà questo

matrimonio e quasi per le medesime ragioni poiche egli si getterà al

partito della marchesa di Vernul, donna ambitiosissima, sorella di

conte d'Overnia... Louines mostra d'ascoltare volontieri e di stimar

questi consigli.»

II.--Nous mettons quelque prix à établir que les fameuses pierreries de

Mme de Chevreuse dont nous parlons plus d'une fois dans le cours de

cette histoire, qu'elle confia tour à tour à La Rochefoucauld et à

Montrésor, ne sont pas et ne peuvent être celles de la maréchale

d'Ancre, comme on pouvait le croire et comme on l'a dit, par cette

raison décisive que dans la distribution des dépouilles du maréchal et

de sa femme, Louis XIII réserva les joyaux, les bijoux, les diamants,

pour en faire cadeau à la jeune reine Anne d'Autriche, particularité peu

connue, mais attestée par l'ambassadeur de Venise. La part de Luynes est

déjà bien assez large, et voici à cet égard des détails qui paraissent

d'une entière exactitude, et qui ont la garantie de témoins bien

informés.

DÉPÊCHE VÉNITIENNE DU 2 MAI 1617.--«Li carichi ed honori che godeva

il maresciale mentre era in vita sono stati distribuiti dal Rè frà

li suoi favoriti e bene meriti. Monsù di Vittri è stato dichiarato

maresciale di Francia, con un donativo appresso di settanta mille

ducati che in mano di questi mercanti Lumaga erano tenuti sopra

cambii di ragione della maresciala d'Ancre. Monsù di Aglie (du

Hallier, depuis le maréchal de L'Hôpital) hà havuto il carico che

prima teneva il fratello di colonello delle guardie del Rè. Monsù

Louines è stato fatto primo gentiluomo di camera di S. M. ed inoltre

hà havuta la luogotenenza della Normandia, con un libero dono di

_tutti i mobili_ del maresciale e maresciala d'Ancre, _eccettuati

gioie, ori ed argenti_. Furono ritrovate adosso al maresciale

d'Ancre polizze di crediti per circa un million e mezzo, e di

ragione della maresciala in diverse parti cosi d'Italia come di

Fiandra si fà conto per altri cinque o sessento mille scudi, oltre

le gioie ed argenterie che importano poco meno di un million d'oro,

fra le quali gioie ve n'erano per gran somma di quelle che sono

espresse della corona. Fu alla suddetta maresciala poste le guardie,

e prese le scritture, e cose più preciose che furono portate à

S. M., ed essa mandò subito le gioie in dono alla regina

regnante...»--DÉPÊCHE VÉNITIENNE DU 11 JUILLET: «Il marchesato

d'Ancre e la terra di Lieseni (Lesigni), che erano della maresciala,

con gran parte della sua argenteria e buona somma de' denari che

erano in mano de' mercanti in questa città, sono stati dati in dono

dà S. M. à Monsù Louines, havendoci il signor duca di Nevers detto

che l'amontare di tutto ciò importa _ottocento mila scudi_. Nella

Normandia si sono ritrovate ducento mila scudi, che restano alla

corona, insieme con li crediti delle polizze che al maresciale

furono trovati adosso, che importano molti migliara di scudi,

essendo il rimanente stato dispensato alla regina in gioie, à Monsù

di Vittri ed altri in denari.» Tel serait donc le compte du partage

de la fortune du maréchal et de sa femme: les joyaux et bijoux d'or

et d'argent à la reine Anne; à Luynes, Ancre et Lesigni, avec huit

cent mille écus (monnaie du temps), en argenterie et en argent; le

reste à Vitri et aux autres. Pour les objets mobiliers, _tutti i

mobili_, le don royal était d'une exécution facile; mais pour les

immeubles que le parlement avait attribués à la couronne et qui y

étaient incorporés, il y avait des difficultés: il fallait un nouvel

arrêt du parlement pour distraire du domaine de la couronne le

marquisat d'Ancre et Lesigni. Le parlement fit d'abord quelque

résistance et finit par se rendre.--DÉPÊCHE VÉNITIENNE DU 22 AOÛT

1617: «Doppo praticato il parlamento per l'approbatione del donativo

fattole dà S. M. dei beni stabili che erano del maresciale d'Ancre,

nel che pareva che fosse qualche difficoltà perche non inclinava il

parlamento ad aprire l'adito di smembrare i stati alla corona una

volta incorporati ad essa, come per la sua sentenza contra il

maresciale appare di questi, mentre per altra via il Rè haveva modo

di premiarlo (Luynes) e riconoscerlo, tuttavia questa matina il

parlamento hà decretato che ne sia infeudato.»--Quant aux sommes

d'argent que le maréchal et sa femme avaient placées en Italie, à

Florence et à Rome, le nonce apostolique nous en donne le chiffre.

L'argent de Florence, comme il dit, _il denaro di Fiorenza_, était

de deux cent mille écus; Bentivoglio le savait par Bartolini,

l'envoyé florentin. Cet argent avait été déposé à Florence au nom de

la maréchale et par le moyen d'officiers publics, _per via

d'istromenti publici_: le grand-duc ne refusait donc pas de le

livrer, mais la reine mère le réclamait comme étant à elle, bien que

sous un autre nom. Nous ne voyons pas trop comment cela finit; mais

il est certain que la cour pontificale refusa nettement de rendre

les cent trente mille écus de la maréchale que la France

redemandait, se fondant sur les droits du fils et des parents, et

voulant connaître de la sentence du parlement de Paris. Le procureur

général du parlement, Mathieu Molé, le ministre des affaires

étrangères, Puisieux, Luynes et le roi, en parlèrent en vain avec

force au nonce apostolique: on ne put rien tirer de Rome. Voy.

Bentivoglio, t. Ier, p. 153, 178, 203, 207, 217, 245 et suiv.

III.--Il est certain que la reine Anne, qui a tant aimé la duchesse de

Luynes et la duchesse de Chevreuse, commença par un sentiment tout

contraire, et qu'elle eut assez longtemps de l'humeur et de la jalousie,

en voyant les empressements de Louis XIII auprès de la belle

surintendante. Le roi, en effet, au rebours de la reine, commença par

aimer Marie de Rohan autant qu'il finit par la haïr. La jalousie d'Anne

d'Autriche n'avait pas le moindre fondement et fit place à la plus

intime amitié, à ce point qu'à la fin de 1620, lorsque la duchesse de

Luynes accoucha de son unique enfant mâle, la reine voulut rester toute

la nuit auprès de son amie et la veilla avec la plus parfaite tendresse.

BENTIVOGLIO. DÉPÊCHE DU 19 DÉCEMBRE 1617.--«Intendo dà buona parte

che la regina giovane è in gelosia del Rè, dubitando di qualche

principio d'amore colla moglie di Louines... Può essere che il Rè

l'accarezzi più per rispetto di marito che di lei stessa,

crescendo ogni di più l'affettione del Rè verso Louines.»--LE

MÊME, DÉPÊCHE DU 3 JANVIER 1618: «Intorno à questi sospetti

d'amore del Rè con la moglie di Louines ne cessò ogni ombra, e

mene hà assicurato il medesimo duca di Monteleone (l'ambassadeur

d'Espagne).--LE MÊME, DÉPÊCHE DU 20 MAI 1620: «La regina regnante

si strugge di gelosia per i favori che il Rè fà alla duchessa di

Louines, sebbene la sua passione è piuttosto invidia che gelosia,

parendo à S. M. che quelle dimostrazioni del Rè verso la duchessa

cadano à un certo modo in suo disprezzo, e dispiacendogli più che

altro gli atti della medesima duchessa co' i quali procura anche

in presenza della regina i favori del Rè. Mà, come si sia, si vede

che ella è appassionata ed ultimamente si è veduto chiaro il suo

dispiacere d'animo. Il padre Arnoldo (le confesseur du roi et de

Luynes) però ancora di nuovo m'ha assicurato della purita del Rè,

e che per questo non si può temere che frà le Maestà loro siano

per nascere disgusti.»--AMBASSADEUR VÉNITIEN, DÉPÊCHE DU 29

DÉCEMBRE 1620: «La notte di Natale frà l'allegrezza e lo strepito

delle campane; la moglie del signor duca di Luines hà partorito il

primo figliuolo maschio. La regina regnante vegliò tutta quella

notte e stette sempre à canto di lei.»

Il s'en faut bien que Luynes et sa femme aient cherché à porter le

trouble dans le jeune ménage royal: tout au contraire ils travaillèrent

à mettre bien ensemble le jeune roi et la jeune reine, et, comme nous

l'avons dit, page 32, c'est à Luynes qu'on doit la tendre intimité qui

les unit quelque temps. Né en septembre 1601, Louis avait quatorze ans

lorsqu'en 1615 on le maria avec l'infante d'Espagne, qui était du même

âge que lui. Une juste prudence les sépara d'abord, mais la séparation

se prolongea au delà de la nécessité, grâce à la timidité du jeune roi.

Anne était belle et Espagnole; elle souffrait d'être négligée; le roi

son père s'en plaignait; l'ambassadeur d'Espagne, le duc de Monteleone,

en fit des représentations, et les relations des deux époux étaient

devenues une affaire d'État. C'est Luynes qui parvint à les rapprocher,

en secondant les attraits et les coquetteries de la jeune reine des

remontrances du confesseur, et en osant lui-même, au commencement de

l'année 1619, faire à propos à Louis XIII une sorte de violence.

Bentivoglio entre ici dans des détails délicats où il nous serait

difficile de le suivre, et nous nous bornons à renvoyer aux pages 157,

240, 242 et 300 du tome Ier, et aux pages 10, 31, 39, 40, 44, 80, 82 et

84 du tome II. Citons au moins quelques lignes du nonce et de son

collègue.

BENTIVOGLIO, DÉPÊCHE DU 30 JANVIER 1619: «Il Rè si risolse,

venerdi notte di 25 venendo verso il sabbato, di congiungersi con

la regina.... Luines anche egli s'è portato benissimo, perche la

notte stessa che il Rè ando à dormire con la regina, stando anche

tuttavia quasi in forze ed in gran contrasto frà se medesimo,

Luines lo prese a traverso e lo condusse quasi per forza al letto

della regina.»--AMBASSADEUR VÉNITIEN, DÉPÊCHE DU 27 JANVIER 1619:

«Venerdi, notte passata, 25 del corrente, questo Rè christianissimo

hà dormito e consummato il matrimonio con la regina.»--DÉPÊCHE DU

5 FÉVRIER: «Louines havendo accompagnata la Maestà sua che erà

spoliata del tutto quella sera al letto della regina, e vedendo egli

che il Rè stava pur ancora iresoluto se dovesse o no andar à dormire

con lei, levò una certa zimarra che sua Maestà haveva d'intorno,

e stesso con le proprie braccia pigliò il Rè e lo getto nel letto,

usci poi egli fuori della stanza e serrò la porta.»

Le roi finit par aimer sa femme, et par lui montrer même une vivacité de

tendresse dont on ne l'aurait pas cru capable. Il lui sacrifiait jusqu'à

la chasse qui avait été jusque-là sa grande passion. Dans une maladie

qu'elle fit au commencement de 1620, il lui prodigua les soins les plus

dévoués, et il est certain que tant que vécut Luynes, leur union ne

connut pas le plus léger nuage. On dit même quelque temps que la reine

était grosse.

AMBASSADEUR VÉNITIEN, DÉPÊCHE DU 5 FÉVRIER 1619: «Il Rè non cosi

spesso usci alla caccia come faceva,... di cacciatore sollecito è

divenuto ubidientissimo marito, mutando la crudeltà contra le

fiere in amor verso la moglie.»--LE MÊME, DÉPÊCHE DU 18 FÉVRIER

1620: «Il Rè hà dimostrato sentir incredibil dolore per tal

infermità, ne hà dati segni e col' star assistente tre giorni e

tre notti continue nel fervor del male al letto della regina con

lagrime agli occhi et altre apparenze di vivissimo sentimento e

quasi disperazione.»--BENTIVOGLIO, DÉPÊCHE DU 12 FÉVRIER 1820:

«Non potrei esprimere il dolor grande che S. M. hà mostrato... e

l'hà fatto apparir con pianti et con altri più teneri affetti di

vivissimo senso. Non si partiva mai quasi della camera della

regina e la serviva, porgendole con sua mano con grand'amore varie

cose che ella doveva pigliare, il che hà edificato incredibilmente

la corte e tutto questo popolo.»--LE MÊME, DÉPÊCHE DU 4 DÉCEMBRE

1619: «Di parte molto sicura ho inteso che si stà con ferma

speranza che la regina sia gravida, il che piaccia a Dio segua per

beneficio di questo regno. Nel resto ella se governa bene, ed il

Rè l'ama.»

IV.--Nous avons rappelé, p. 31, ces paroles de Mme de Motteville: «La

duchesse de Luynes était très-bien avec son mari.» Sans doute sa beauté

et son esprit lui faisaient bien des adorateurs, au premier rang

desquels était le duc de Chevreuse, mais elle répondit à l'amour de son

mari par un attachement fidèle; elle tenait admirablement sa maison;

elle était dans le secret de toutes ses affaires, et elle l'y assistait.

L'ambassadeur vénitien, dépêche du 14 juin 1620, l'appelle «bellissima e

gentilissima.» Il nous apprend que, lorsque Luynes se décida à tirer de

prison le prince de Condé, il envoya sa femme porter cette bonne

nouvelle à Madame la Princesse au bois de Vincennes.

DÉPÊCHE DU 17 OCTOBRE 1819: «I passati giorni madama di Louines fù

al bosco di Vicena à visitare la Principessa, rallegrandosi del

suo felice parto (la naissance d'Anne-Geneviève de Bourbon, la

future duchesse de Longueville), e darle pegna di sicura ed

indubitata fede che, subito giunto il Rè a Parigi, il Principe

sarà liberato.»

C'est encore la duchesse de Luynes qui, pendant la campagne de 1620,

restée à Paris, donnait des nouvelles aux ambassadeurs et y représentait

son mari. Enfin après cette campagne mémorable et les grands succès du

duc en Normandie, en Anjou, en Guienne et en Béarn, Bentivoglio,

recommandant au Saint-Père de s'appliquer à gagner de plus en plus

l'heureux et tout-puissant favori, l'engage à faire quelque cadeau de

dévotion à sa femme, parce qu'elle a sur son mari un pouvoir absolu.

DÉPÊCHE DU 18 NOVEMBRE 1620: «Qualche corona per la moglie, _la

quale è padrona, si può dire, del marito_.»

V.--L'opinion que nous avons exprimée sur la place que Luynes mérite

dans l'histoire par sa rupture avec la politique tout espagnole de Marie

de Médicis et du maréchal d'Ancre, par sa ferme résistance aux

prétentions des Grands en 1620, par l'entreprise formée par lui et à

demi exécutée de mettre un frein aux perpétuelles usurpations des

protestants et de les faire rentrer dans les sages limites de l'édit de

Nantes, cette opinion n'est point entièrement nouvelle; et sans parler

des équitables appréciations du P. Griffet, divers auteurs

contemporains, français et étrangers, cités par Moreri et par

Pithon-Curt (dans son _Histoire de la noblesse du Comté venaissin_, 4

volumes in-4º 1743), ont en quelque sorte devancé notre jugement sur les

services de celui qu'on s'obstine à représenter comme un favori de la

force du maréchal d'Ancre. Voici par exemple un éloge de Luynes, conçu

en des termes un peu emphatiques, mais qui repose sur des faits

incontestables, et qui a pour nous l'avantage de se rapporter à la fois

au duc et à la duchesse.

François Raymond, baron de Modène, gentilhomme du Comtat, parent et ami

de Luynes, joua sous lui un assez grand rôle, remplit d'importantes

missions, et occupa la charge de grand prévôt de France. Son fils aîné,

Esprit Raymond, comte de Modène, s'attacha à la fortune du duc de Guise,

le suivit dans son aventureuse expédition, de Naples, comme mestre de

camp général, déploya, ainsi que son héros et son chef, une rare valeur,

fut fait prisonnier avec lui, resta deux ans dans les fers, et à son

retour en France écrivit l'histoire de ce brillant et malheureux fait

d'armes: _Histoire des révolutions de la ville et du royaume de Naples,

composée par le comte de Modène_. Il y en a deux éditions, l'une in-4º,

de 1666 à 1667, l'autre in-12, en trois volumes, en 1668. Le comte de

Modène était aussi galant que brave. Il fut l'amant de la Béjart et le

père de la femme de Molière. Il aimait les lettres, particulièrement la

poésie, et il a laissé des sonnets, des odes, et toute sorte de pièces

de vers qu'a publiées en 1825 M. de Fortia d'Urban: «_Supplément aux

diverses éditions des œuvres de Molière, ou Lettres sur la femme de

Molière, et Poésies du comte de Modène son beau-père._» L'_Histoire des

révolutions de Naples_ n'est point sans mérite; elle est dédiée à Mme

de Chevreuse; et nous allons donner ici les principales parties de cette

dédicace, qui n'a pas été assez remarquée.

Madame de Chevreuse Nouvelles études sur les femmes illustres et la société du 17e siècle · 第 18 / 119 题