Les noix sèches sont pilonnées par les indigènes et réduits en poudre

impalpable que l’on consomme en la délayant dans du lait ou en

l’ajoutant à du miel.

A la Jamaïque, depuis longtemps, d’après le _Bulletin de Kew_[379], sur

les indications du Dr NEISH, on a essayé d’en faire « un breuvage

stimulant préférable au cacao, parce que la noix de Kola contient moins

d’amidon et moins de matière grasse et donnerait ainsi un produit plus

facile à digérer ».

Enfin, en Europe, la préparation du Kola au lait dont font usage

quelques indigènes du Soudan, a été recommandée par le Dr SCHUMBURG

comme un produit alimentaire de première valeur.

A titre documentaire ajoutons qu’en beaucoup de régions africaines, la

noix de Kola est employée pour fabriquer une teinture rouge[380].

=Régime de la propriété des Kolatiers.=

Il existe chez divers peuples des usages particuliers au sujet de la

propriété des Kolatiers et de leur transmission par succession.

Chez les peuplades des régions côtières, ils sont ordinairement en

propriété individuelle et ils se transmettent par héritage suivant les

mêmes règles que les autres biens.

Il en est encore ainsi dans le Kissi.

Dans les cercles de Kouroussa et de Kankan où ils sont souvent nés de

graines perdues, les Kolatiers appartiennent à celui qui les a semés ou

à celui près de l’habitation duquel ils sont apparus et qui les a

soignés pendant qu’ils étaient jeunes. Alors que les autres biens

passent par héritage aux collatéraux (frères ou neveux), les Kolatiers

appartiennent toujours au fils aîné ou à la fille aînée.

Chez les Dans ou Dyolas, les chefs et certains notables peuvent

seulement posséder des Kolatiers. D’après le capitaine LAURENT, ces

arbres demeurent tant qu’ils durent, la propriété de celui qui les a

plantés. « Les femmes, écrit-il, peuvent posséder toutes sortes de

biens, excepté des Kolatiers. En cas de mort, le frère aîné du chef de

famille hérite des Kolatiers et de tous les autres biens, mais il doit à

chaque récolte répartir les fruits entre ses frères. »

Chez les Bétés, les Kolatiers sont surtout la propriété des chefs.

Même lorsqu’ils se rencontrent au loin dans la forêt, ils sont toujours

la propriété de familles déterminées et il est très rare que les fruits

existant sur ces arbres difficiles à surveiller, soient pillés par les

étrangers. Il est aussi très rare que des contestations surviennent au

sujet de la possession de cette essence précieuse, et ces contestations

n’entrainent jamais de guerre.

Chez les Lôs, d’après le lieutenant BEIGBEDER, ces arbres seraient en

communauté.

Dans l’ancien Dahomey, les rois étaient seuls possesseurs des bouquets

de forêts dans lesquels sont habituellement cultivés les Kolatiers.

Aujourd’hui ces arbres appartiennent à ceux qui les ont plantés.

D’après SAVARIAU[381], beaucoup de Dahoméens ont pris l’habitude « de

planter, lorsqu’il leur naît un enfant, un ou plusieurs Kolatiers qui

deviennent la première propriété du nouveau-né. A la mort d’un chef de

famille qui possède des arbres à Kola, ceux-ci sont répartis également

entre tous les descendants, de sorte qu’un Kolatier a parfois plusieurs

propriétaires. »

Tout en respectant les usages locaux, notre administration devra

s’efforcer dans les diverses colonies de l’Ouest africain, de développer

la propriété privée des Kolatiers. Les arbres ensemencés doivent

appartenir à celui qui les plante (à moins qu’il ne soit employé

rémunéré d’un autre Noir) et ils doivent être transmis par héritage

suivant les règles habituelles à chaque peuplade.

C’est en répandant cette notion chez les tribus où elle n’existe pas

encore, que nous arriverons à développer la culture de l’essence

précieuse.

Chez presque toutes les tribus primitives, le sentiment de la propriété

des Kolatiers existe réellement déjà.

Ainsi dans tout le Pays Bakoué (Basse Côte d’Ivoire), bien que les Kolas

ne donnent lieu à aucun commerce, on trouve des Kolatiers plantés aux

abords de chaque village, mélangés aux orangers, aux corosoliers, aux

arbres à pain. On attache à ces arbres une sorte de culte ancestral. Il

en coûterait à un indigène d’être obligé de couper un de ces Kolatiers,

non point qu’on lui attache la moindre valeur pécuniaire, mais on

respecte l’arbre planté par quelque ascendant et qui perpétue le

souvenir de l’ancêtre disparu. L’emplacement des villages change

fréquemment dans la région forestière de la Côte d’Ivoire, mais à de

longs intervalles les diverses familles d’une tribu reviennent cependant

réhabiter au même endroit, à moins qu’elles n’aient été chassées au loin

par une guerre. Chaque chef de famille retrouve alors l’endroit où il

doit bâtir sa case, grâce aux arbres que ses aïeux ont planté autrefois.

Il n’y a presque jamais de contestation à ce sujet et c’est un fait

social bien remarquable que de retrouver chez ces peuples extrêmement

primitifs, le respect de ce qui vient des aïeux ; la notion de propriété

concerne seulement le produit de la culture et non la terre elle-même ;

celle-ci appartient à la collectivité du village, mais elle n’est ni

individuelle ni familiale. Quant à l’arbre planté par un ancêtre, il

constitue une propriété inaliénable, et c’est seulement en l’absence

d’héritiers qu’il échoit au chef du village, lequel en dispose à sa

guise.

* * * * *

[Note 365 : Il est curieux de constater le même procédé de dégustation

dans des régions aussi éloignées que la Côte d’Ivoire et le Gabon.]

[Note 366 : Bas-Niger Soudan, p. 102.]

[Note 367 : CHALOT in HECKEL. — L. c., p. 283.]

[Note 368 : J. et H. VUILLET. — Les Kolatiers et les Kolas. _Agr. Pays

Chauds_, 1906, 1er sem., p. 326.]

[Note 369 : MATTEI. — L. c., p. 102.]

[Note 370 : SAVARIAU. — L. c., p. 214.]

[Note 371 : Commandant MATTEÏ. Bas-Niger, Bénoué, Dahomey, 1890, p.

101.]

[Note 372 : A. ARCIN. — Guinée française, Paris, 1907, p. 485.]

[Note 373 : FAMECHON. — La Guinée française. _Exposition de 1900_, p.

100.]

[Note 374 : CASTÉRAN. — Les Kolatiers du Pays de Kissi. _Bull. Soc.

Acclim._, 1909, p. 277.]

[Note 375 : SAVARIAU. — L. c., _Agr. Pays Chauds_, 1906, 2e sem., p.

213.]

[Note 376 : CAZALBOU. — Les jardins d’essai au Soudan français. _Rev.

cult. col._, IV, 1899, 1er sem., p. 87.]

[Note 377 : CASTÉRAN. — _Bull. Soc. Acclim._, 1909, p. 277.]

[Note 378 : CASTÉRAN. — _Bull. Soc. Acclim._, 1909, p. 277.]

[Note 379 : _Bull. of miscell. inform._, 1890, p. 253.]

[Note 380 : BINGER. — L. c., I, p. 312.]

[Note 381 : SAVARIAU. — L. c., p. 213.]

=CONCLUSIONS.=

* * * * *

Nous nous bornerons à résumer ici les principaux faits nouveaux qui

découlent de l’étude précédente en nous étendant surtout sur les

conséquences pratiques qu’on peut en tirer.

I. — La noix de Kola est utilisée par les indigènes de l’Afrique

occidentale depuis une très haute antiquité.

Léon l’AFRICAIN est le premier auteur qui en ait fait mention en 1556.

Le Portugais Edoardo LOPEZ et l’Italien PIGAFETTA signalent, en 1593,

les propriétés des noix rouges à quatre cotylédons. En 1605, CLUSIUS

indique la noix rouge à deux cotylédons comme venant de la région du

Cap-Vert. De nombreux voyageurs des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, dont

nous avons cité les textes, ont aussi appelé l’attention sur ce

produit ; mais, comme le remarquait LAMARCK, l’arbre producteur était

encore inconnu en 1789.

En 1804, furent publiées les descriptions : 1o de l’un des arbres

donnant des noix à quatre cotylédons, par PALISOT DE BEAUVOIS ; 2o de

l’arbre donnant les noix à deux cotylédons, par VENTENAT, mais ce

dernier auteur ne soupçonna pas que la plante dont il donnait la

description succincte était la véritable source des bonnes noix de Kola.

Nous l’avons, pour la première fois, démontré au cours de cette étude en

examinant attentivement les types originaux conservés aux Herbiers de

Genève et de Paris.

BARTER est le premier botaniste qui ait signalé d’une manière précise,

en 1860, qu’il existait une espèce de _Cola_ du Pays Achanti donnant des

noix à deux cotylédons et une autre espèce du delta du Niger et de

Fernando-Pô, donnant des noix à quatre cotylédons. Le premier aussi il

attira l’attention sur le _Bitter-Kola_, drogue employée comme succédané

du Kola et que les botanistes de Kew reconnurent, quelques années plus

tard, comme étant la graine d’un _Garcinia_.

II. — Il n’existe qu’un petit nombre d’espèces botaniques dans la

section _Eucola_, la seule section du genre _Cola_ produisant des

amandes utilisables. Faute de documents complets, tous les auteurs qui

se sont occupés de la systématique de ce groupe n’ont pas su les

différencier et ont créé un grand nombre de noms qui doivent tomber dans

le domaine de la synonymie. Les travaux récents de K. SCHUMANN, O.

WARBURG, W. BUSSE, loin de faire la lumière sur ce sujet, ont encore

accru la confusion. En reprenant l’étude en Afrique de nombreux

matériaux frais et à différents âges et en examinant en Europe les types

originaux des auteurs anciens, types conservés dans divers herbiers,

nous avons pu distinguer dans la section _Eucola_ cinq espèces

principales faciles à distinguer :

1o _Cola nitida_ (Vent.) A. Chev. — Synonyme de _Sterculia grandiflora_

Vent. et de _Cola vera_ K. Schum.

C’est l’espèce la plus généralement cultivée et celle qui donne

presque toutes les noix commerciales. Ses graines sont constamment à

deux cotylédons. Elle présente de nombreuses variations que nous avons

réunies en quatre groupes ou sous-espèces :

_a_) _Cola rubra_ A. Chev. — Fournit exclusivement de grosses noix

rouges.

_b_) _Cola alba_ A. Chev. — Fournit exclusivement de grosses noix

blanches.

_c_) _Cola mixta_ A. Chev. — Fournit de noix rouges, des noix

blanches et parfois des noix rosées en mélange sur le même arbre.

C’est la forme la plus répandue à l’état cultivé.

_d_) _Cola pallida_ A Chev. — Fournit des noix de petite taille,

souvent de coloration rosée. Vit dans la forêt de la Côte d’Ivoire.

2o _Cola acuminata_ (Pal. Beauv.). Schott et Endl.

Cette espèce qui vit le long de la Côte de Guinée jusqu’à l’Angola,

donne constamment des noix à plus de deux cotylédons. Elles sont

mucilagineuses et moins estimées que celles de l’espèce précédente.

3o _Cola Ballayi_ Cornu. Synonyme de _Cola acuminata_ var.

_kamerunensis_ K. Schum. et de _Cola subverticillata_ De Wild.

Espèce donnant, comme la précédente, des noix à quatre ou cinq

cotylédons, mais facile à distinguer par ses très grandes feuilles

groupées en faux verticilles. Elle vit principalement dans l’intérieur

de la grande forêt du Cameroun et du Congo et se rencontre encore au

centre de l’Afrique, le long du moyen Oubangui.

4o _Cola verticillata_ (Thonn. in Schum.) Stapf.

Espèce facile à distinguer par ses feuilles verticillées par 3 ou par

4, produisant des noix rouges très mucilagineuses à plus de deux

cotylédons. Elle vit à la Gold-Coast, au Dahomey, dans la Nigéria et

au Cameroun. Elle est rarement cultivée et ses noix de peu de valeur

sont généralement dédaignées par les indigènes.

5o _Cola sphærocarpa_ A. Chev.

Espèce encore très incomplètement connue, donnant de grosses noix

blanches à plus de deux cotylédons qui ne sont probablement pas

comestibles. Elle vit sur le pic de San-Thomé.

Les deux cartes placées à la fin de cet ouvrage nous dispensent de nous

étendre sur la distribution géographique de _Cola nitida_ et de _Cola

acuminata_, les deux seules espèces offrant un grand intérêt économique.

Pour la première fois sont exposées dans cet ouvrage les conditions

édaphiques et biologiques favorables à la vie des Kolatiers. Nous avons

aussi pour la première fois signalé le polymorphisme floral compliqué

des Kolatiers qui sont généralement andromonoïques, mais qui peuvent

devenir aussi androdioïques. Lorsque le _Cola nitida_ croît dans des

conditions défavorables, soit sous le couvert épais de la forêt, soit à

des altitudes dépassant 800 mètres au-dessus de la mer, il ne produit

plus que des fleurs mâles.

Un tableau placé à la page 217, montre la philogénie présumée des

diverses espèces de la section _Eucola_. Les caractères morphologiques

de cette section ont été précisés.

Nos recherches histologiques montrent l’intérêt qui s’attacherait à

l’étude comparée de toutes les espèces du genre _Cola_. Si l’anatomie de

la racine et de la tige est sensiblement normale, celle des diverses

régions du pétiole est des plus intéressantes. Les modifications de

structure constatées sont fonction de la physiologie spéciale de cet

organe, comme le montre en particulier l’examen des dessins schématiques

de la fig. 17 se rapportant exclusivement au renflement moteur.

Quant à la valeur taxonomique des particularités histologiques

constatées, elle se dégagerait seulement d’une étude monographique.

Notons encore que le développement des téguments de la graine offre

aussi un certain intérêt.

III. — Au point de vue chimique, les faits nouveaux relatés éclairent la

question jusqu’alors passablement obscure.

Les recherches de GORIS, entreprises sous les auspices de l’un de nous,

ont contribué à apporter un peu de précision dans nos connaissances sur

la composition de la noix fraîche. Si la caféine contenue dans l’amande

en est le principe chimique défini le plus important, il n’en reste pas

moins acquis que la forme sous laquelle ce produit xanthique entre en

combinaison dans la semence fraîche, doit être considérée comme ayant un

intérêt de premier ordre.

On a désigné sous les noms de kolanine, de gluco-tanin du Kola, de rouge

de Kola, des corps non définis, ne représentant en réalité aucune entité

chimique réelle.

On doit réserver la dénomination de _rouge de Kola_ aux produits

d’oxydation des combinaisons tannoïdes de la caféine qui existent dans

le Kola frais ; mais il est certain que, suivant les circonstances qui

ont présidé à ces oxydations, les produits obtenus, qui sont des _rouges

de Kola_, sont de constitution un peu différente. Il sera bon de ne pas

oublier que ces substances renferment toujours dans leurs molécules une

quantité, en général assez faible, de caféine.

Cette caféine se trouve solubilisée dans la noix fraîche sous forme de

combinaison tannoïde et GORIS a pu, en prenant toutes précautions pour

éviter les oxydations, en isoler deux composés cristallisés nouveaux,

voisins des catéchines et qui ont reçu de leur auteur les noms de

_Kolatine_ et _Kolatéine_. Tous deux sont susceptibles de se combiner

avec la caféine en donnant des composés solubles, et ces découvertes

chimiques ont permis des observations physiologiques également nouvelles

et intéressantes.

La dessiccation des noix entraînant, par suite de la deshydratation et

des actions diastasiques un changement considérable dans la composition

chimique, dont le plus important est la mise en liberté de la plus

grande partie de la caféine, on conçoit aisément qu’on ait attribué à

cette dernière substance l’action du Kola sur l’organisme.

En effet, la majeure partie des expériences ont été faites sur des noix

desséchées, et cependant malgré cela il existe des différences

sensibles, qui s’accentuent encore si l’on s’adresse aux produits

frais ; c’est ce qui découle de l’exposé que nous avons fait dans le

Chapitre XII.

Sans revenir sur ce qui a été dit, nous rappellerons seulement, sous

forme de conclusion, que la noix de Kola détermine une excitation

passagère agréable au début de son action, qui correspond à la période

de début de l’excitation nerveuse, ce qui ne se produit pas avec la

caféine ; l’action diurétique est plus faible qu’avec cette dernière et,

seule, la noix de Kola produit une action tonique intestinale.

Enfin, le travail fourni sous l’influence du Kola est beaucoup plus

considérable que celui obtenu par l’usage de la quantité de caféine

correspondante ; de même l’action tonique est plus durable.

Toutefois, si le Kola est l’aliment de luxe antidéperditeur par

excellence, il importe de se souvenir qu’on ne saurait faire abus de son

usage.

L’un de nous a fréquemment fait usage du Kola frais au cours de ses

voyages dans l’intérieur de l’Afrique et en a toujours apprécié les

bienfaisants effets.

Il permet d’accomplir sans fatigue des travaux pénibles et de supporter

des marches très longues. Il éloigne le sommeil et permet de consacrer

au travail les heures réservées habituellement au repos. Dans les pays

tropicaux, on éprouve fréquemment le besoin de faire la sieste après les

repas. En prenant avant le déjeuner, en même temps que la quinine, une

demi-noix de Kola, nous avons pu perdre très facilement cette habitude.

De même le soir, lorsque nous avions à veiller pour mettre des travaux

au point ou pour rédiger un courrier urgent, en mâchant une noix de Kola

nous parvenions non seulement à veiller facilement, mais l’activité

intellectuelle était stimulée et les pensées se précisaient au courant

de la plume. Le Kola nous procurait cette impression de bien-être que

VOLTAIRE appréciait tant quand il avait absorbé une tasse de café pour

se livrer à quelque travail intellectuel pénible. Le travail accompli,

nous nous endormions aussi facilement que d’habitude et nous ne

ressentions aucune dépression le lendemain. Nous avons constaté, comme

NACHTIGAL, qu’une demi-noix, une noix au maximum, devait suffire pour ne

pas amener une fatigue consécutive.

Sous la réserve d’un usage modéré et non continu, le Kola est sans nul

doute l’excitant cérébral le meilleur à la disposition des

intellectuels, et c’est également un agent remarquable pour les hommes

de sport.

Quant aux formes sous lesquelles il peut être consommé, il faut placer

en première ligne la noix fraîche elle-même mastiquée à la manière des

Noirs africains ; on pourra lui substituer pour des Européens les

diverses formes pharmaceutiques décrites dans cet ouvrage, en tenant

compte de ce fait que seules certaines préparations provenant des noix

fraîches stérilisées sont susceptibles de donner sinon d’une façon

totale, tout au moins d’une façon très approchée, la véritable action de

la drogue fraîche.

IV. — Quoiqu’il n’existe pas encore dans les colonies de plantations de

Kolatiers assez importantes et assez anciennes pour fournir des

renseignements précis sur les procédés de culture à pratiquer par les

Européens, on peut néanmoins profiter des expériences déjà réalisées

dans quelques Jardins pour orienter la culture pratiquée par les

indigènes, suivant des méthodes rationnelles. La zone où peuvent

prospérer ces arbres est bien délimitée et les soins qui leur

conviennent ont été précisés. Nous avons en outre signalé les races de

_Cola nitida_ qu’il convient d’ensemencer.

Les rendements à attendre sont moins élevés que ceux indiqués par divers

auteurs. Il est rare qu’un Kolatier fleurisse avant la 7e ou la 8e

année. Il est rare aussi qu’il donne des rendements sérieux avant la

quinzième année. La production du même arbre est très variable d’une

année à l’autre. Un rendement de 10 kilog. de noix fraîches paraît être

le maximum de ce que l’on peut obtenir en une année du _Cola nitida_,

cultivé dans les meilleures conditions. Le rendement annuel moyen d’un

arbre adulte cultivé en terrain favorable ne doit pas s’éloigner

beaucoup de 600 noix fraîches pesant 5 à 8 kilog., de sorte que le

revenu d’une plantation comprenant 100 pieds à l’hectare, au prix de 1

fr. le kilog. (valeur moyenne des noix fraîches sur place), serait de

500 à 800 francs et cela à partir seulement de la quinzième ou de la

vingtième année. Si les noix sont vendues à l’état sec, il faut réduire

ce chiffre de moitié.

Il va sans dire que les arbres croissant près des habitations, dans des

terrains riches en humus et bien abrités, rapportent davantage, mais ce

sont des cas exceptionnels sur lesquels un planteur ne peut compter.

Les Kolatiers ont à souffrir des déprédations d’ennemis nombreux, encore

incomplètement connus. Au Dahomey, des galeries profondes sont creusées

dans les branches et les troncs du _Cola nitida_ par un coléoptère, le

_Phosphorus Jansoni_. De tous les insectes qui attaquent les amandes des

Kolas, le plus connu et le plus dangereux est un curculionide, le

_Balaninus Kolæ_, sur lequel nous avons réuni des documents nombreux.

Nous avons en outre indiqué les méthodes de préservation usitées par les

indigènes.

Enfin, pour la première fois, nous avons fait connaître une maladie

sévissant sur les Kolatiers de la Guinée française et se manifestant par

la production de _balais de sorcières_. Cette maladie qui cause des

dégâts parfois sérieux est vraisemblablement occasionnée par un

champignon non encore étudié.

Pour être transportées à de grandes distances sans subir d’avaries

sérieuses, les noix de Kola doivent être emballées avec beaucoup de

soins. Nous avons fait connaître les principaux modes d’emballage. Les

caravaniers garnissent généralement l’intérieur des paniers avec les

feuilles de certaines marantacées, surtout celles de _Clinogyne

Schweinfurthiana_ K. Schum. et _C. ramosissima_ K. Schum. Quand les noix

ne doivent pas être conservées longtemps, on les enferme entre les

larges feuilles d’un arbre de la famille des _Rubiacées_, le _Mitragyne

stipulacea_ Hiern.

Enfin, pour les transports en Europe, c’est l’emballage dans la _tourbe_

qui est recommandé.

En dehors des _Eucola_, il n’existe aucun arbre produisant des amandes

pouvant être substituées aux noix de Kola. Toutes les autres espèces de

_Cola_, les _Sterculia_ et divers autres végétaux signalés comme

produisant des graines pouvant jouer le rôle de succédanés du Kola sont

sans intérêt pour le sujet qui nous occupe. Au nombre de ces plantes est

le _Garcinia Kola_. Les indigènes attribuent à ces graines une grande

valeur, mais ils ne les considèrent nullement comme pouvant remplacer

les Kolas. Ils estiment, au contraire, que l’amande de _Garcinia_ ou

_Kola-bitter_ est un adjuvant du Kola : il permet aux mangeurs de Kola

d’absorber de grandes quantités de vraies noix sans être incommodés. Une

autre espèce de _Garcinia_, que nous avons décrit sous le nom de _G.

antidysenterica_, fournit des racines que les indigènes mâchent et

auxquelles ils attribuent des propriétés analogues, mais non identiques,

aux noix de Kola.

Dans un dernier chapitre, nous avons groupé méthodiquement les coutumes

et les croyances des indigènes relativement aux noix de Kola, et nous

avons signalé les usages qui régissent la propriété des Kolatiers. Mais

c’est surtout au commerce et à la géographie commerciale des Kolas que

nous avons donné un très grand développement. Ce chapitre comprend 80

pages et peut difficilement être résumé.

La production mondiale des Kolas frais atteint actuellement environ

20.000 tonnes. L’Afrique Occidentale française, à elle seule, produit

4.500 tonnes ; elle consomme 6.000 tonnes ; elle doit donc importer

1.500 tonnes provenant de la Gold-Coast, de Sierra-Léone et de

l’hinterland de Libéria. En outre, environ 1.000 tonnes de noix fraîches

provenant de la Gold-Coast et destinées à la Nigéria du Nord transitent

à travers les possessions françaises de l’Afrique Occidentale, en

passant soit par le Haut-Sénégal-Niger (200 tonnes), soit par le Haut-

Dahomey (800 tonnes). C’est, en définitive, un total de 2.500 tonnes de

Kolas frais qui arrivent des possessions étrangères dans nos

territoires.

Les importations de Kolas secs en Europe et aux Etats-Unis n’atteignent

encore que 1.000 tonnes par an. De très petites quantités de noix

fraîches arrivent depuis quelques années en France, en Angleterre et en

Allemagne. Ce commerce devra prendre une grande extension lorsque les

propriétés du Kola seront mieux connues en Europe.

Mais c’est surtout en Afrique que la consommation des noix de Kola est

susceptible d’un très grand accroissement.

Les kolatiers & les noix de kola · 第 38 / 40 段