LES VÉGÉTAUX UTILES
DE
L’AFRIQUE TROPICALE FRANÇAISE
* * * * *
FASCICULE VI
Fascicule VI. Mai 1911.
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LES VÉGÉTAUX UTILES
DE
L’AFRIQUE TROPICALE FRANÇAISE
PUBLICATION FAITE SOUS LE PATRONAGE DE MM.
=EDMOND PERRIER= =W. PONTY=
De l’Institut et de Gouverneur général de l’Afrique
l’Académie de Médecine occidentale française
Directeur du Muséum
d’Histoire naturelle
=E. ROUME= =MERLIN=
Gouverneur général honoraire Gouverneur général de l’Afrique
équatoriale française
DIRIGÉE PAR
=M. Aug. CHEVALIER=
Docteur ès-sciences
Chargé de Missions
* * * * *
FASCICULE VI
* * * * *
=LES KOLATIERS & LES NOIX DE KOLA=
PAR
=Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT.=
* * * * *
=PARIS=
AUGUSTIN CHALLAMEL, ÉDITEUR,
RUE JACOB, 17
* * * * *
1911
Prix : 20 Fr.
=TABLE DES MATIÈRES.=
* * * * *
Préface (Aug. Chevalier) XV
Introduction (Aug. Chevalier et Em. Perrot) XXI
PREMIÈRE PARTIE.
=Historique général.=
CHAPITRE PREMIER. — Notes historiques et géographiques sur 1
le Kola avant le XIXe siècle
CHAPITRE II. — Le Kola et les Kolatiers au XIXe siècle 12
CHAPITRE III. — Histoire botanique des principaux Kolatiers 31
jusqu’à la création du genre _Cola_
DEUXIÈME PARTIE.
=Les Kolatiers : Etude botanique, géographique et biologique.=
CHAPITRE IV. — Position systématique et divisions du genre 45
_Cola_
_Autocola_ K. Schum, 52. — _Macrocola_ A. Chev., 54. —
_Eucola_ A. Chev., 54.
CHAPITRE V. — Caractères généraux des espèces de la section 53
_Autocola_ (_Eucola_)
Port, 53. — Gemmules, 56. — Feuilles, Répartition, 56. —
Pétiole, 58. — Limbe, 60. — Inflorescences, 62. — Fleurs,
63. — Fruit, 66. — Déhiscence des fruits, 68. — Graines, 70.
CHAPITRE VI. — Caractères histologiques des Kolatiers 72
Racine, 72. — Tige, 73. — Feuille, 77. — Pétiole, 77. —
Renflement basilaire, 79. — Renflement moteur, 83. — Organes
floraux, 87. — Ovaire, 91. — Graine, 92.
CHAPITRE VII. — Révision des anciennes espèces de la section 98
_Eucola_ d’après les types conservés dans les Herbiers
Types des espèces de Ventenat. _Sterculia nitida_ Vent., 99.
— La plante de Michaux, 100. — L’échantillon de l’Herbier de
Lamarck, 100. — de l’Herbier général du Muséum, 102. —
_Sterculia grandiflora_ Vent., 103. — Echantillon de
l’Herbier de Jussieu, 103. — Echantillons de l’Herbier de
Lamarck, 104. — Type du _Sterculia acuminata_ P. Beauv.,
105. — Type du _Sterculia verticillata_ Thonning in
Schumacher, 107. — Type du _Cola macrocarpa_ G. Don, 109. —
Type du _Syphoniopsis monoica_ Karst., 109. — Types des
_Cola_ du Flora of tropical africa, 110. — Type du _Cola
Ballayi_, 110. — Types des espèces décrites par K. Schumann,
O. Warburg et W. Busse, 111.
CHAPITRE VIII. — Etude systématique des espèces de la 119
section _Eucola_
_Cola nitida_ A. Chev., 120. — _Cola rubra_ A. Chev., 123. —
_Cola alba_ A. Chev., 124. — _Cola mixta_ A. Chev., 126. —
_Cola pallida_ A. Chev., 128. — _Cola acuminata_ (Pal.
Beauv.) Schott et Endl., 129. — _Cola verticillata_ Stapf
Mss., 136. — _Cola Ballayi_ Cornu, 139. — _Cola sphærocarpa_
A. Chev., 142.
CHAPITRE IX. — Distribution géographique 146
Guinée française : Rivières du Sud, 146. — Fouta-Djalon,
150. — Kouranko et région du Haut-Niger, 151. — Le Kissi,
153. — Pays des Tomas et des Guerzés, 156. — Haut-Sénégal-
Niger, 159. — Côte d’Ivoire, 159. — Zône au nord du 8e
parallèle, 160. — Le Baoulé, 162. — Zône Nord de la forêt de
6° 30 et 7° 45, 163. — Pays des Dyolas ou Dans, 164. — Pays
des Touras ou Touradougou, 168. — Pays des Bétés, 169. —
Pays des Lôs ou Gouros, 170. — Pays des Ngans, 172. — Zône
sud et moyenne de la Côte d’Ivoire, 175. — Dahomey, 178. —
Afrique équatoriale française, 180. — Colonies étrangères de
l’Afrique occidentale : Sierra-Léone, 188. — République de
Libéria, 189. — Gold-Coast, 190. — Togo, 192. — Nigeria,
194. — Cameroun, 196. — Congo belge, 197. — Fernando-Po,
198. — San-Thomé, 198. — Angola, 199. — Les Kolatiers en
dehors de l’Ouest africain, 199.
CHAPITRE X. — Ecologie et Biologie des Kolatiers 202
Rapports avec les différents milieux, 202. — Milieu
climatique, 202. — Milieu édaphique, 204. — Milieu
biologique, 205. — Rapports des Kolatiers entre eux : les
races, 206. — La vie végétative, 208. — La fonction de
reproduction, 209. — Les races, 213. — Dissémination et
multiplication, 218. — Philogénie des Kolatiers, 218.
TROISIÈME PARTIE.
=Etude chimique et pharmacologique de la noix de Kola.=
CHAPITRE XI. — Composition chimique des noix de Kola 219
Dosages de la caféine dans les noix de Kola, 227. —
Extraction de la Kolatine (Goris), 242. — Préparation de la
matière première, 242. — Conservation, 242. — Procédé à
l’alcool bouillant, 243. — Stérilisation (Procédé Goris et
Arnould), 244. — Extraction de la Kolatine, 245. —
Purification, 246. — Propriétés de la Kolatine, 246.
CHAPITRE XII. — Action physiologique de la noix de Kola 253
Action sur le système nerveux, 257. — Système digestif, 258.
— Appareil circulatoire, 259. — Système musculaire, 259. —
Doses de Kola à ingérer, 260. — Action pharmacodynamique de
la caféine, 262. — Action de la caféine sur le système
nerveux central, 263. — Action de la caféine sur le système
musculaire, 264. — Action de la caféine sur l’appareil
circulatoire, 264. — Action de la caféine sur l’appareil
respiratoire, 265. — Action de la caféine sur les échanges
nutritifs, 265. — Action physiologique de la Kolatine, 267.
CHAPITRE XIII. — Usages du Kola. — Formes pharmaceutiques 274
Modes d’emploi, formes pharmaceutiques, 276. — Extrait de
Kola sec, 277. — Extrait de Kola frais stérilisé, 278. —
Kola frais stérilisé, 278. — Comprimés et tablettes de Kola
frais stérilisé, 279. — Préparations alimentaires, 279. —
Masticatoire au Kola, 280. — Granulé au Kola, 280. — Vin de
Kola, 280. — Extrait fluide de Kola, 281. — Emploi du Kola
dans la ration alimentaire des animaux, 283.
QUATRIÈME PARTIE.
=Le Kola et les Kolatiers au point de vue économique.=
CHAPITRE XIV. — La culture des Kolatiers 285
Procédés de culture indigène, 289. — Bouturage, 295. —
Renseignements fournis par les plantations européennes, 296.
— Semis, 297. — Plantation, 297. — Culture rationnelle, 303.
— Choix des graines, 303. — Choix et préparation du terrain,
305. — Soins à donner aux Kolatiers pendant leur croissance,
310. — Problèmes à résoudre, rôle des Jardins d’essai, 311.
CHAPITRE XV. — Age de la production et rendement des 313
Kolatiers
Durée de la croissance et âge de la première production,
313. — Rendement, 316. — Nombre des récoltes annuelles, 323.
— Durée des Kolatiers, 326.
CHAPITRE XVI. — Ennemis et maladies du Kolatier et des noix 327
de Kola
Animaux, 327. — Notes sur quelques essais en vue de la
destruction du Charençon de la noix de Kola (P. LESNE et
Joanny MARTIN), 336. — Végétaux, 338.
CHAPITRE XVII. — Récolte, préparation et emballage des noix 343
de Kola
Procédés de récolte, 343. — Extraction des noix, 344. —
Préparation des noix pour le transport, 344. — Conservation
des noix dans les pays de production, 345. — Emballage pour
le transport par caravanes, 345. — Principaux Orofira, 346.
— Soins à donner aux Kolas en cours de route, 351. —
Emballage pour les expéditions de Kolas frais en Europe,
351. — Préparation du Kola séché, 353.
CHAPITRE XVIII. — Le commerce et la géographie commerciale 355
des noix de Kola
Le commerce des caravanes. Les Dioulas, 359. — Les
transports par caravanes, 361. — Les transports par eau,
362. — Les transports par chemins de fer, 363. — Monnaies
employées pour les achats de Kola, 363. — Droits de douane
et taxes sur les Kolas dans les Colonies françaises, 366. —
Colonies françaises. Pays producteurs de Kolas : Guinée
française, 367. — Région littorale, 369. — Le Kissi, 370. —
Pays Tômas et Guerzés et frontière libérienne, 372. — Kolas
rouges, 381. — Kolas rosés, 381. — Kolas blancs, 381. —
Haute Côte d’Ivoire, 384. — Bas-Dahomey, 396. — Afrique
équatoriale française, 396. — Principaux pays producteurs
étrangers. Sierra-Léone, 399. — Gold-Coast, 400. — Cameroun,
403. — Togo allemand, 404. — San-Thomé, 404. — Principaux
pays consommateurs : Colonies françaises. Sénégal, 405. —
Haut-Sénégal et Niger, 408. — Haut-Dahomey, 425. —
Territoire du Tchad, 428. — Pays consommateurs étrangers :
Gambie anglaise, 429. — Guinée portugaise, 429. — Nigéria
anglaise, 430. — Importation et consommation des Kolas en
Europe, 483.
CHAPITRE XIX. — Amandes considérées à tort comme remplaçant 436
les Kolas. Substitutions frauduleuses. Succédanés
CHAPITRE XX. — Rôle du Kola dans la vie des Indigènes 448
Croyances, rites, superstitions, usages, régime de la
propriété, 448. — Propriétés réelles attribuées au Kola par
les indigènes, Comme excitant et tonique, 449. — Comme
aphrodisiaque, 452. — Les Kolas dans la vie sociale et
domestique, 453. — Rôle du Kola au point de vue religieux,
456. — Superstitions, 459. — Formes sous lesquelles le Kola
est consommé par les indigènes, 460. — Régime de la
propriété des Kolatiers, 461.
* * * * *
TABLE DES FIGURES.
* * * * *
FIGURE 1. — _Cola nitida_. Un arbre sur une place de la 32 bis
ville Conakry (hors texte)
— 2. — _Cola nitida_. Rameaux, fleurs et amandes
(h. t.)
— 3. — _Cola verticillata_ Stapf. Rameau en fleurs 48 bis
(h. t.)
— 4. — _Cola verticillata_ dans un sous-bois au 43
Bas-Dahomey
— 5. — _Cola nitida_ dans une plantation chez les 57
Bétés de la Côte d’Ivoire (conservé sur
l’emplacement de la forêt défrichée)
— 6. — _Cola Ballayi_. Rameau portant un 40 bis
pseudo-verticille de feuilles. Une partie
des feuilles ont été détachées (h. t.)
— 7. — _Cola Ballayi_. Rameau âgé chargé 41 bis
d’inflorescences (h. t.)
— 8. — _Cola acuminata_. Feuilles anormales avec 59
des lobations
— 9. — _Cola proteiformis_ A. Chev. Sur le même 61
rameau on voit une feuille à une foliole,
une autre à 3 folioles et enfin une feuille
à 5 folioles
— 10. — _Cola nitida_. Rameau en fleurs, follicules 69
coupés longitudinalement, inflorescences
— 11. — _Cola nitida_. Jeune sujet vivant (h. t.) 56 bis
— 12. — _Cola_ sp. des Serres du Muséum de Paris 56 bis
(h. t.)
— 13. — _Cola acuminata_. Follicules à différents 57 bis
âges
— 14. — Coupe transversale d’un fragment d’écorce 73
du tronc de _C. nitida_, passant par la
région libérienne
— 15. — Coupe transversale du pétiole, à la base du 75
limbe
— 16. — Coupe schématique au niveau du renflement 80
basiliaire, au point d’insertion des
pétioles sur la tige
— 17. — Figures schématiques du système 81
fasciculaire du pétiole, au niveau du
renflement moteur
— 18. — 1. Coupe transversale du limbe de _C. 86
Ballayi_ ; 2, épiderme inférieur vu de face
avec stomate légèrement enfoncé ; 3, coupe
schématique de la nervure médiane vers le
tiers supérieur du limbe chez _C. nitida_
— 19. — 1 et 2, poils étoilés du calice et d’une 88
feuille prise sur un bourgeon ; 3, poils
glanduleux vus de profil
— 20. — Schéma de la coupe transversale de l’ovaire 89
de _C. nitida_
— 21. — Coupe d’un ovule et du placenta 90
— 22. — Portion du tégument de la graine de _Cola 92
nitida_
— 23. — Coupe transversale d’une jeune graine de 93
_C. nitida_, passant au-dessus du point
d’insertion des cotylédons
— 24. — Fleur, fruits et graine de Kola 95
— 25. — _Sterculia acuminata_. Type de l’Herbier du 105
British Muséum. Androcées des fleurs mâles
et poils étoilés (croquis communiqué par M.
le Dr STAPF)
— 26. — _Cola Supfiana_ Busse. Type de l’Herbier de 115
Berlin
— 27. — Fleurs de _C. alba_ et _C. mixta_ 125
— 28. — _Cola mixta_ forma _latifolia_ A. Chev. et 128 bis
_Cola mixta_ forma _angustifolia_ A. Chev.
(h. t.)
— 29. — Fleurs de _Cola acuminata_ 131
— 30. — _Cola acuminata_. Fruits de la forme de 135
San-Thomé
— 31. — _Cola mixta_ et _C. pallida_. Follicules 136 bis
étalés en étoile (h. t.)
— 32. — _Cola nitida_ des Iles Scherbro. Follicules 137 bis
vus en-dessous (h. t.)
— 33. — _Cola Ballayi_. Follicules (h. t.) 144 bis
— 34. — _Cola sphærocarpa_ A. Chev. Follicules 143
— 35. — Philogénie des _Cola_ de la section _Eucola_ 217
— 36. — Cristaux de Kolatine (GORIS), d’après une 247
microphotographie
— 37. — Cristaux de Kolatéine (GORIS), d’après une 250
microphotographie
— 37 bis. — Grenouille 20 gr. Injection de 0,01 gr. de 268
kolatine sous la peau de la cuisse. Arrêt
du cœur au bout de 18 heures. Cardiographe
VERDIN-VIBERT
— 38. — Chien 5 kg. chloralosé. Pression fémorale 269
avec le Kymographion de LUDWIG. Injection
intraveineuse d’une solution de kolatine
dans le sérum physiologique à 37°, 5 gr. de
kolatine à intervalle de 40 minutes. Survie
du chien
— 39. — _Phosphorus Jansoni_ Thomps. (coléoptère) 329
— 40. — _Balanogastris Kolæ_ (coléoptère), état 331
parfait
— 41. — _Balanogastris Kolæ_ (coléoptère), larve 332
— 42. — _Balanogastris Kolæ_ (coléoptère), nymphe 333
— 43. — _Clinogyne Schweinfurthiana_ K. Schum (h. 336 bis
t.)
— 44. — _Clinogyne ramosissima_ K. Schum (h. t.) 344 bis
— 45. — _Sarcophrynium brachystachyum_ K. Schum (h. 445 bis
t.)
— 46. — Panier pour le transport des Kolas par mer 352
— 47. — _Mitragyne macrophylla_ Hiern 352 bis
— 48. — Monnaies servant à l’achat des Kolas 365
— 49. — Couffins préparés pour le transport des 401
Kolas par mer
— 50. — Carte des routes suivies par les 419
caravaniers transportant les Kolas
— 51. — _Garcinia Kola_ Heckel. Rameau (h. t.) 440 bis
— 52. — _Garcinia antidysenterica_ A. Chev. (h. t.) 441 bis
* * * * *
CARTES.
* * * * *
1. — Cartes des routes suivies par les caravanes Page 419
transportant les Kolas à travers le Soudan nigérien.
Echelle 1/16.000.000
2. — Distribution géographique du _Cola nitida_ et à la
des _Cola_ à plus de deux cotylédons. Echelle fin de
1/17.800.000 l’ouvrage
3. — Distribution géographique et répartition des à la
plantations de _Cola nitida_ en Guinée françaises et fin de
à la Côte d’Ivoire. Echelle 1/3.000.000 l’ouvrage
* * * * *
PLANCHES
(_Phototypies à la fin de l’ouvrage_).
* * * * *
PLANCHE I. — _Sterculia nitida_ Vent. Type de Ventenat. (Herb.
Delessert, Genève).
— II. — _Sterculia nitida_ Vent. Type de l’Herbier de Lamarck
cité par Ventenat. (Herb. Mus. Paris).
— III. — _Sterculia nitida_ Vent. Echantillon de Commerson.
(Herb. Mus. Paris).
— IV. — _Sterculia grandiflora_ Vent. Type de l’Herbier de
Jussieu. (Herb. Mus. Paris).
— V. — _Sterculia grandiflora_ Vent. Type de l’Herbier
Lamarck. (Herb. Mus. Paris).
— VI. — _Sterculia acuminata_ Pal. Beauv. Type de l’Herbier
de Palisot de Beauvois. (Herb. Delessert, Genève).
— VII. — _Sterculia verticillata_ Thonn. Type de l’Herbier de
Schumacher. (Herb. Mus. Copenhague).
— VIII. — _Cola Ballayi_ Cornu. Type vivant de Maxime Cornu.
(Serres Mus. Paris).
— IX. — _Cola astrophora_ Warb. (= _Cola acuminata_ Schott et
Endl.). Type de Warburg. (Herb. Mus. Berlin).
— X. — _Cola nitida_ sub-sp. _C. rubra_ A. Chev. Forme
sauvage de la forêt vierge de la Côte d’Ivoire.
(Herb. Aug. Chevalier).
— XI. — _Cola nitida_ Vent. A. Chev. Forme sauvage de la Côte
d’Ivoire, à grandes fleurs et à petites fleurs sur le
même rameau. (Herb. Aug. Chevalier).
— XII. — _Cola nitida_ sub-sp. _C. pallida_ A. Chev. Forme
sauvage de la Côte d’Ivoire. Rameau d’un arbre ne
portant que des fleurs mâles. (Herb. Aug. Chevalier).
— XIII. — _Cola nitida_ sub-sp. _C. mixta_ A. Chev. forma
_latifolia_. Plante cultivée par les indigènes à
Conakry, en Guinée française. (Herb. Aug. Chevalier).
— XIV. — _Cola acuminata_ (Pal. Beauv.). Schott et Endl. Forme
cultivée par les Kroumen, à Grabo, dans la Côte
d’Ivoire. (Herb. Aug. Chevalier).
— XV. — _Cola nitida_ (Vent.) A. Chev. Différentes formes de
follicules ouverts.
— XVI. — Noix de Kola de différentes espèces.
* * * * *
=PRÉFACE.=
* * * * *
Depuis 1898, il ne s’est guère écoulé d’années sans que nous ayons été
amené, au cours de nos explorations, à faire quelques observations
relatives aux Kolatiers et aux noix de Kola.
En février et mars 1899, nous observions pour la première fois ces
arbres cultivés par les indigènes dans les cercles de Siguiri, Kouroussa
et Kankan, constituant à cette époque la région sud du Soudan français.
Nous fûmes alors frappé de l’intérêt que les indigènes leur attachaient.
Pendant toute l’année 1899 et une partie de l’année 1900, il nous fut
donné aussi d’étudier sur place l’importance commerciale de la noix de
Kola en observant les transactions auxquelles cette amande précieuse
donne lieu sur les grands marchés africains de St-Louis, Dakar, Kayes,
Médine, Bamako, Sikasso, Bobo-Dioulasso, Djenné, Tombouctou, Ségou, etc.
Quelques mois après notre retour en Europe, nous fûmes mis en rapport
par G. SCHWEINFURTH avec le professeur K. SCHUMANN, de Berlin, qui
venait de publier sa belle monographie des Sterculiacées africaines.
Le savant botaniste nous montra dans l’Herbier de Berlin les matériaux
restreints qu’il avait eus à sa disposition pour faire l’étude de la
section _Autocola_. Il nous assura que la lumière était loin d’être
faite sur ce groupe intéressant et nous encouragea à faire des
recherches sur ces plantes au cours du voyage que nous devions effectuer
peu de temps après.
Pendant la _Mission Chari-lac Tchad_ (1902-1904), notre attention fut de
nouveau attirée sur les _Kolatiers_.
A notre passage à Conakry, en juin 1902, les beaux exemplaires de
l’espèce _C. nitida_ qui sont répandus dans toute la ville étaient en
pleine floraison et le marché était bien approvisionné de noix de cette
espèce.
Quelques jours plus tard, nous constations à Porto-Novo (Dahomey) la
présence presque exclusive sur le marché de cette localité d’un Kola
très différent. L’amande était petite, rosée et constamment à 4 ou 5
cotylédons. C’était la graine de l’espèce que nous nommons _C.
acuminata_ Schott et Endl.
Sur les marchés indigènes de Libreville, Matadi, Leopoldville,
Brazzaville, nous revîmes des noix à peu près identiques.
En remontant le Congo et l’Oubangui, en août 1902, nous rencontrions un
Kolatier encore différent de l’espèce côtière et qui s’identifiait
complètement avec le _Cola Ballayi_ Cornu, dont les graines avaient été
rapportées d’abord du Gabon, excellente espèce que le Prof. K. SCHUMANN
avait mal connue.
Malheureusement ce savant allemand venait d’être enlevé à la science au
moment où nous nous proposions de lui communiquer nos matériaux, après
notre retour en France.
Au cours de notre voyage en Afrique centrale, nous avions aussi constaté
que les caravaniers Haoussas continuaient toujours à apporter les noix
de Kola au Baguirmi et au Ouadaï. Ce commerce donnait lieu à des
transactions moins importantes qu’à l’époque des voyages de BARTH et de
NACHTIGAL, le pays ayant été ruiné par des guerres fréquentes ; pourtant
la noix de Kola était toujours un article très recherché des peuplades
musulmanes.
Mais c’est surtout au cours de nos nouveaux voyages effectués durant les
années 1905, 1906 et 1907, puis de 1908 à 1910 que nous avons pu étudier
d’une manière plus approfondie les espèces productrices de noix de Kola,
leur distribution géographique, leur culture et le commerce auquel les
noix donnent lieu.
Pendant un séjour de plus de 10 mois en Guinée française, il nous a été
possible d’examiner en détail et à tous les points de vue l’espèce
cultivée dans cette colonie par les indigènes et de relever sa
distribution géographique.
Un séjour d’un mois en 1905, de 9 mois en 1906-1907, puis de 9 mois
encore en 1909, nous a permis d’effectuer une étude analogue à la Côte
d’Ivoire, colonie particulièrement riche en Kolatiers cultivés et
spontanés.
Dès 1905, nous visitions un certain nombre de colonies étrangères
produisant des Kolas.
Un séjour de près d’un mois à la Gold-Coast nous a permis d’examiner les
intéressants essais de culture entrepris aux jardins d’Aburi et de
Tarkwa.
Continuant notre exploration vers le sud, nous avons été amené à
examiner enfin les Kolatiers qui vivent à Lagos, dans la Nigeria du Sud
(Old-Calabar), enfin à l’île de San-Thomé. En 1909 nous avons en outre
examiné ces arbres dans la partie de Sierra-Leone avoisinant les sources
du Niger.
Les spécimens botaniques du genre _Cola_, recueillis au cours de nos
diverses expéditions, remplissent actuellement plus de six gros cartons
d’herbier. Nous avons en outre pris sur place de nombreuses notes et
nous avons décrit sur le vif les espèces observées.
Mais c’est surtout dans les colonies françaises de l’Ouest africain que
nous avons pu faire au cours de notre voyage 1908-1910, d’importantes
constatations relatives à la distribution des Kolatiers et à leur
culture : la région des sources du Niger, le Kissi, le Kouranko, le Pays
des Tômas et des Guerzés, les hauts bassins de la Nuon, du Cavally et du
Sassandra, habités par les Dans ou Dyolas et par les Touras, enfin le
pays des Ngans sont par excellence les pays producteurs de noix de
Kolas, aussi leur prospection botanique a été des plus intéressantes.
Dans le Bas-Dahomey nous avons visité les plantations indigènes de _Cola
acuminata_ et observé en outre le rare _Cola verticillata_, méconnue
jusqu’aux dernières années.
Enfin, notre voyage s’est terminé par la traversée du Haut-Dahomey et du
Mossi où les noix de Kola donnent lieu à un très grand trafic.
Pour élaborer une monographie complète des Kolatiers et des noix de
Kola, il nous a semblé qu’il ne suffisait pas de coordonner les
résultats de nos études en Afrique.
Il était tout d’abord indispensable de dépouiller une copieuse
bibliographie concernant cette question. L’ouvrage du Professeur E.
HECKEL, qui constituait une mise au point complète en 1893, a été suivi
de la publication de nombreuses notes concernant les Kolas. Dans les
périodiques français ont paru les renseignements de CAZALBOU, SAUSSINE,
TEISSONNIER, SAVARIAU, J. et H. VUILLET, H. FILLOT, etc.
En Allemagne, des observations sur les Kolatiers ou sur les Kolas ont
été publiées par K. SCHUMANN, O. WARBURG, BERNEGAU, W. BUSSE. En
Angleterre, le Dr O. STAPF, conservateur de l’Herbier du Jardin royal de
Kew a apporté aussi d’intéressantes contributions à l’étude des _Cola_.
Enfin d’importantes recherches sur la Chimie, la Pharmacologie et la
Physiologie des Kolas ont été faites dans ces dernières années surtout
en France, notamment par M. GORIS, sous la direction du Professeur
PERROT.
Personne n’était plus qualifié que ce dernier pour présenter les travaux
relatifs à cette branche. Aussi avons-nous accueilli avec joie la
collaboration de notre ami, pour cet ouvrage. Les chapitres VI
(Anatomie), XI (Chimie), XII (Action physiologique), XIII (Usages et
formes pharmaceutiques) ont été entièrement rédigés par lui. Sa
collaboration nous a été aussi précieuse pour nous aider à rechercher
dans les nombreux travaux antérieurs, tous les renseignements qui
paraissaient avoir quelque intérêt. Nous avons donné ainsi à la partie
historique une grande ampleur.
Nous espérons que cet ouvrage apportera des données précises aux
médecins, aux naturalistes, aux colons et aux fonctionnaires coloniaux
qui cherchent de plus en plus à tirer parti des ressources de nos
colonies.
Puisse-t-il contribuer à rendre celles-ci plus prospères, et servir à
faire mieux connaître un produit dont l’Europe ne tire pas suffisamment
parti.
Nous souhaitons aussi qu’il incite les personnes s’occupant
d’agriculture coloniale à élucider certains problèmes relatifs à la
culture et qu’il puisse enfin servir de guide aux administrateurs et les
amener à faire étendre les plantations des indigènes là où elles sont
susceptibles de réussir.
Il nous est agréable d’exprimer nos remerciements à tous ceux qui ont
soutenu ou aidé les missions au cours desquelles ont été accomplis les
travaux exposés ici. Notre gratitude va en outre à M. CLOZEL, ancien
Gouverneur de la Côte d’Ivoire et à son successeur M. ANGOULVANT. Tous
les deux, avec une sollicitude éclairée ont facilité par tous les moyens
nos études dans la belle colonie qu’ils administraient, colonie si riche
en ressources agricoles et forestières de toutes sortes.
Nous remercions aussi tous les fonctionnaires et officiers de l’Afrique
Occidentale qui, par l’autorité dont ils disposent auprès des
populations indigènes, nous ont permis d’étendre beaucoup notre
documentation sur place.
Aug. CHEVALIER.
* * * * *
=INTRODUCTION.=
* * * * *
Avant d’exposer méthodiquement, dans les chapitres qui vont suivre, les
faits acquis concernant l’histoire naturelle et l’histoire économique et
médicale des Kolas, il nous paraît indispensable d’indiquer sommairement
les principales questions qui ont sollicité notre examen et les
problèmes à l’éclaircissement desquels nous avons apporté toute notre
attention.
PREMIÈRE PARTIE.
=Historique général.=
Nombreux sont les auteurs qui ont parlé du Kola et des Kolatiers avant
le XXe siècle, mais beaucoup n’ont fait que citer, sans en contrôler les
sources, les récits plus ou moins fantaisistes rapportés par les
voyageurs. Il nous a paru indispensable de compulser tous les vieux
textes et de reproduire, chaque fois que cela nous a semblé avoir de
l’intérêt, les observations les plus anciennes concernant ce sujet.
Nous avons dû aussi lire toutes les notes des auteurs récents afin de
retenir les renseignements encore nouveaux, chaque fois qu’il nous ont
paru exacts.
DEUXIÈME PARTIE.
=Etude botanique, géographique et biologique.=
Cette partie est incontestablement celle qui nous a fourni le plus
d’études et d’observations inédites, exposées pour la première fois dans
cet ouvrage. Les principaux problèmes abordés sont les suivants :
délimitation de la section _Eucola_ renfermant les vrais Kolatiers ;
étude morphologique, anatomique et systématique de ces espèces. Des
renseignements sur la biologie des Kolatiers — étude de la plus haute
importance pour la culture et qu’aucun auteur n’avait encore abordée —
complètent cette monographie botanique.
Mais c’est surtout à la différenciation des diverses espèces de
Kolatiers que nous avons apporté la plus grande attention. On savait,
depuis la publication de l’ouvrage du célèbre explorateur BARTH, qu’il
existe en Afrique tropicale diverses sortes de Kola auxquelles les
indigènes attribuent des propriétés très différentes, mais les
botanistes qui ont abordé l’étude de ces espèces n’ont fourni jusqu’à ce
jour que des renseignements incomplets ou erronés. A la monographie de
E. HECKEL, qui rapportait à une espèce tous les bons Kolas à deux
cotylédons (espèce inexactement dénommée _Cola acuminata_) et à une
seule autre espèce tous les bons Kolas à plus de deux cotylédons, ont
succédé d’autres études où étaient décrites de nouvelles espèces mal
définies, établies à l’aide de matériaux incomplets et qu’il est
impossible de reconnaître d’après les descriptions. Des questions de
synonymie sont venues s’ajouter à ces difficultés et les botanistes ne
sont plus d’accord, par exemple, sur l’espèce qu’il convient de dénommer
_Cola acuminata_. A l’Herbier de Kew, on appelle _Cola acuminata_
l’espèce produisant le vrai Kola à deux cotylédons (_Cola vera_ K.
Schum.). A l’Herbier de Berlin, on donne le nom de _Cola acuminata_ à un
groupe de deux espèces, dont l’une est le _Cola Ballayi_ et l’autre le
_Cola acuminata_ véritable, c’est à dire le _Sterculia acuminata_ Pal.
Beauv. Problème encore plus complexe : le _Cola acuminata_ var.
_Ballayi_ K. Schum., n’est pas le _Cola Ballayi_ M. Cornu.
Ce dernier doit être identifié au _Cola acuminata_ var. _kamerunensis_
K. Schum.
L’imbroglio est devenu si grand que récemment O. WARBURG a considéré
comme espèce nouvelle, qu’il nomme _Cola astrophora_, une plante qui
nous semble s’identifier au type même de PALISOT DE BEAUVOIS.
Pour faire la lumière sur ce sujet il était indispensable :
1o D’examiner les types mêmes des auteurs qui ont créé des espèces de
_Sterculia_ ou de _Cola_ rentrant aujourd’hui dans notre section
_Eucola_.
2o Etudier de nombreux matériaux en bon état et si possible à l’état
frais, avec des fleurs et des fruits à plusieurs âges de leur
développement, afin de définir clairement les diverses espèces ainsi que
leurs variations.
C’est ce que nous avons fait et nous pensons avoir mis un peu de clarté
dans une question jusqu’alors très confuse.
Enfin, en parcourant plus de 15.000 kilomètres dans les régions où
vivent les Kolatiers, nous avons pu indiquer d’une manière précise
l’aire où vivent les diverses espèces d’_Eucola_ soit à l’état spontané,
soit à l’état cultivé.
TROISIÈME PARTIE.
=Etude chimique et pharmacologique.=
Les travaux publiés sur la composition chimique des Kolas, sont
excessivement nombreux, mais de valeur très inégale. Il était donc
indispensable de les soumettre à une analyse critique très serrée et
d’entreprendre de nouvelles recherches. C’est ce que fit A. GORIS en
1907, à l’instigation de l’un de nous. Cet auteur est parvenu à isoler
des Kolas deux composés cristallisés nouveaux susceptibles de se
combiner avec la caféine en donnant des composés solubles. Les travaux
de GORIS sont dispersés dans plusieurs périodiques scientifiques.
Il nous a donc paru utile de faire ici un exposé méthodique des
découvertes les plus récentes relatives à cette question et nous avons
indiqué toutes les sources bibliographiques concernant les nombreuses
études antérieures.
Les travaux concernant l’action physiologique des Kolas sont eux aussi
extrêmement nombreux et nous avons dû nous borner à exposer les plus
récents, les travaux plus anciens ayant été longuement analysés par
HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN.
Il fallait enfin examiner les formes sous lesquelles le Kola est employé
aujourd’hui et les usages auquel il convient.
QUATRIÈME PARTIE.
=Etude économique.=
Tout ce qui concernera culture, la multiplication, la production et les
maladies des Kolatiers, intéresse au plus haut point l’agronomie
tropicale. A ces questions nous avons consacré des chapitres aussi
documentés que possible.
Le commerce et la géographie commerciale sur lesquels nous avons aussi
recueilli de nombreux renseignements inédits ont été exposés avec un
développement en rapport avec leur importance dans nos colonies de
l’Afrique occidentale.
Quant aux résultats scientifiques et pratiques découlant de notre
travail, nous avons cru utile de les résumer dans des _Conclusions
générales_.
Nous n’ignorons pas que notre étude présente encore des lacunes bien que
nous y ayons travaillé presque sans relâche pendant cinq années.
Nous ne voulons pas en retarder davantage la publication, persuadés
qu’elle suscitera de nouvelles recherches et que si incomplète qu’elle
soit, elle fournira des indications utiles à divers spécialistes et
notamment aux fonctionnaires de l’agriculture coloniale et aux
industriels et commerçants qui voudront contribuer à vulgariser en
Europe un des produits les plus précieux du règne végétal.
Aug. CHEVALIER, Emile PERROT.
Paris, le 24 avril 1911.
* * * * *
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT.
=Les Kolatiers.=
FIG. 1. — =Kolatier sur une place de la ville de Conakry= (Guinée
française).]
PREMIÈRE PARTIE.
* * * * *
=Historique général=
* * * * *
CHAPITRE PREMIER.
* * * * *
=Notes historiques et géographiques sur le Kola avant le XIXe siècle.=
* * * * *
Malgré les rapports indiscutables qui existèrent à l’époque romaine
entre les peuples de la Méditerranée et les peuplades vivant au-delà du
Sahara (Æthiopiens et Leucæthiopiens), il semble bien certain que la
noix de Kola fut complètement ignorée du monde civilisé ancien. A notre
connaissance, aucun auteur de l’époque latine n’a fait mention d’un
produit végétal qui puisse lui être assimilé. Les anciens auteurs
arabes, eux aussi, sont tous restés muets sur cette question.
Cependant il est non moins évident qu’à une époque très reculée, le
Kolatier était domestiqué dans certaines régions de l’Afrique tropicale
et ses amandes faisaient déjà l’objet d’un commerce florissant au Soudan
lorsque l’Islam y pénétra.
Les premiers renseignements sur ce produit précieux parvinrent en Europe
au XVIe siècle, peu de temps après le début des grands voyages sur la
côte d’Afrique, voyages inaugurés par les Normands, les Portugais et les
Gênois, plus d’un siècle avant la découverte de l’Amérique.
Du XVIe au XVIIIe siècle, de nombreux voyageurs, ainsi que des
géographes et des naturalistes, ont cité les Kolas au nombre des
productions curieuses rencontrées en Afrique ; mais, à vrai dire, les
renseignements de ces auteurs sont bien vagues : la légende et les
anecdotes racontées aux navigateurs par les indigènes trouvent la plus
grande place dans leurs « Relations ».
LAMARCK, écrivant l’histoire du règne végétal dans l’_Encyclopédie_[1],
pouvait donc dire, avec juste raison, que l’arbre produisant le Kola
était encore totalement inconnu à son époque (1789).
Pour montrer combien étaient incertains les renseignements publiés
jusque-là sur ce produit, nous n’avons pas cru superflu de compulser
tous les textes anciens dans lesquels il en est fait mention.
Nous donnerons ci-après le répertoire bibliographique précis de ces
textes ainsi que la traduction littérale ou la citation de ceux qui nous
ont paru les plus intéressants, afin d’épargner à d’autres une perte de
temps assez sérieuse[2].
Le plus ancien ouvrage édité en Europe, dans lequel il est question de
la plante qui nous intéresse, est le livre de LÉON L’AFRICAIN qui
visita, au commencement du XVIe siècle, une grande partie de l’Afrique
du Nord, du Sahara et du Soudan occidental, entre le Niger et le Tchad.
Fixé plus tard en Europe, il publia, en 1556, une relation de ses
voyages dans laquelle il fit connaître quelques-uns des produits de
l’Afrique. Ce qu’il dit du Kola est si imprécis qu’il serait impossible
de reconnaître la précieuse noix sans l’appellation de _Goro_[3] qu’il
lui donne et qui est encore le nom sous lequel la désignent les
indigènes du Soudan. D’ailleurs, il est certain que LÉON L’AFRICAIN
n’avait pas atteint le pays des Kolatiers et qu’il en avait seulement vu
les amandes apportées par les caravaniers dans la région qu’il a
parcourue.
TEMPORAL donne la traduction suivante du paragraphe relatif à ce
produit :
« Toutes les régions qui sont autour d’icelui (fleuve Niger) ont fort
bonnes terres, qui produisent des graines en grande abondance et du
bétail une infinité ; mais il n’y croît aucune espèce de fruits, hors
quelques-uns que portent certains arbres d’une merveilleuse grandeur, et
leur fruit ressemble aux chataignes tenant quelque peu de l’amer. Ces
arbres croissent assez loin de la mer, en terre ferme et le fruit est
nommé _Goro_. »
Dans la littérature arabe la plus ancienne, on aurait trouvé également
une citation concernant la noix de Kola. C’est ainsi qu’un médecin EL
GHAFFKI vantait déjà ses propriétés reconstituantes, disent certains
ouvrages. Nous avons pu nous assurer qu’il y a là une erreur commise par
le traducteur du célèbre auteur arabe IBN-EL-BEITHAR[4] qui donne en
effet, d’après ce médecin dont les écrits ne sont point parvenus jusqu’à
nous, la description incomplète et invraisemblable d’une plante qui fut
rapportée par le traducteur à un _Sterculia_. Nous n’hésitons pas à nous
inscrire en faux contre cette assertion. Il s’agit sans doute d’une
espèce de Zingibéracée.
Quarante-neuf ans plus tard, DALECHAMPS[5], dans son _Histoire des
plantes_, reprit les notes de LÉON L’AFRICAIN.
C’est au portugais Eduardo LOPEZ[6], qu’est due la première description
exacte du fruit et de l’amande du Kolatier. La relation originale de ce
navigateur n’est malheureusement point parvenue jusqu’à nous, mais, il
en fut fait par PIGAFETTA deux traductions, l’une en italien, l’autre en
latin, qui ont été conservées. Voici la transcription du texte italien :
« .... Il y a d’autres arbres qui produisent des fruits nommés _Cola_.
Ces fruits sont grands comme des pommes de pin et ont à l’intérieur
d’autres fruits semblables à des châtaignes dans lesquels il y a quatre
pulpes séparées de couleur rouge et incarnat. On les met dans la bouche,
on les mâche et on les mange pour éteindre la soif et rendre l’eau
sapide. Ils soutiennent l’estomac et lui sont agréables. Ils sont bons
surtout pour le mal de foie. L’on disait qu’en aspergeant de cette
matière le foie déjà putréfié de poule ou d’un autre oiseau semblable,
le foie recouvre sa fraîcheur et presque son état primitif. Cet aliment
est d’un usage commun à tous, en grande quantité et c’est à cause de
cela une bonne denrée. »
A part la fable de la fin qui est dans le goût de l’époque, cette courte
note renferme des renseignements intéressants dont l’exactitude fut
reconnue par la suite. Les fruits semblables à des pommes de pin dont
parle l’auteur sont des follicules et les autres fruits contenus à
l’intérieur des premiers, semblables à des châtaignes et dans lesquels
« il y a quatre pulpes séparées de couleur rouge » ne sont autres que
les amandes.
Il est curieux de constater que PIGAFETTA faisait ainsi connaître la
noix de _Kola à quatre cotylédons_ qui ne devait être signalée à nouveau
que trois siècles plus tard. C’est en effet cette espèce qui existe dans
la région du Congo où Eduardo LOPEZ avait navigué.
Quelques années seulement après cette publication, Charles DE L’ECLUSE
(CLUSIUS) donnait de nouveaux renseignements sur le Kola.
Il avait en effet reçu d’un médecin hollandais, nommé ROELSIUS, deux
morceaux d’une noix ainsi que la curieuse lettre traduite ci-après,
qu’il publia dans ses _Mémoires_ sur les végétaux exotiques[7].
« Le _Coles_, dit-il, est le fruit d’un arbre, lequel a des feuilles de
poirier, mais plus longues. Toutefois l’arbre qui porte les Coles doit
appartenir aux arbres ou arbustes à silique, car ce fruit ressemble à
nos fèves ou haricots, sauf que les siliques sont plus longues et plus
grandes et de couleur blanche. Il y a dedans quatre ou cinq fruits
semblables aux deux que je vous donne, chacun d’eux est recouvert d’une
écorce blanche ; celle-ci étant enlevée, la partie intérieure du fruit
est rouge incarnat, possédant la couleur du cinabre et du minium, que le
chirurgien qui m’a donné ces noix appelait « vermillon » dans notre
langue. Le fruit, facilement décortiqué, se sépare en deux moitiés,
comme nos fèves.
« Les deux que je vous envoie étaient unis. Le fruit de Cola desséché
est solide et très dur, de sorte que l’on s’étonne d’entendre dire qu’il
convient à l’estomac et qu’étant mâché, il donne de la saveur à
n’importe quelle boisson que l’on prend ensuite. Les habitants de la
région du Cap-Vert les prennent toujours à jeun et, à ce qu’ils disent,
supportent le jeûne un jour entier, dès qu’ils en ont mangé trois ou
quatre.
« Voilà ce que je sais de ce fruit, non par expérience, mais pour
l’avoir entendu dire et que, dans mon musée de Middelburg, vous m’avez
demandé de vous écrire. »
Et CLUSIUS ajoute :
« C’est là tout ce que dit ROELSIUS. J’ai observé que les fruits envoyés
par ROELSIUS étaient troués par le milieu et avaient dû être traversés
d’un fil pour être suspendus et (ainsi que je le suppose) plus
facilement desséchés et facilement conservés. »
Le fruit couleur rouge incarnat qui se sépare en deux moitiés, suivant
l’expression de ROELSIUS, est bien certainement le _Kola à deux
cotylédons_. C’est du reste, encore aujourd’hui, la seule espèce qui
soit importée et consommée par les indigènes de la région du Cap-Vert.
En 1605, les deux groupes d’espèces fournissant de bonnes noix de Kola —
_Cola acuminata_ et _Cola nitida_ — avaient donc déjà été observées,
mais personne ne songea à les différencier tant les renseignements
recueillis à leur sujet étaient imprécis.
Les observations qui suivent concernent le groupe du _Cola acuminata_
lorsqu’elles ont été faites le long de la côte au sud et à l’est du
Golfe de Guinée, et le _Cola nitida_ quand elles se rapportent à la
Sénégambie, au Soudan et aux pays côtiers situés à l’ouest de la Côte
d’Or.
On lit également dans le _Pinax_[8], de G. BAUHIN, publié en 1620, une
courte note se rapportant à ces graines décrites sous la mention
suivante : _X. — Arbor fructu nucis pinæ specie_.
J. BAUHIN, un peu plus tard, en 1651, résume dans son _Histoire
Universelle des Plantes_ ce que l’on sait du Kola, et il en est fait
mention dans plusieurs chapitres. Nous pensons qu’il est inutile de les
reproduire[9].
Dans les relations des missionnaires apostoliques du Congo, le P. CARLI,
en 1668, signale qu’on lui apporta à Bamba « quantité de racines rondes
semblables à des truffes, mais qui croissent sur des arbres et qui sont
de la grosseur des limons. Elles renferment quatre ou cinq noix dont
l’intérieur est rouge. L’usage des nègres est de les couvrir de terre
pour les conserver fraîches. S’ils veulent les manger, ils les lavent
soigneusement et ne manquent point de boire un peu d’eau après les avoir
avalées. Le goût en est amer, mais cette amertume fait trouver l’eau
délicieuse. On les appelle _Kola_ et les Portugais de Loanda les aiment
beaucoup. CARLI envoya une caisse de ces noix à ses amis de l’Europe qui
lui marquèrent leur reconnaissance par divers présens[10] ».
L’_Histoire Générale des Voyages_, d’où provient la citation ci-dessus
publiée par l’abbé PREVOST en 1748, renferme de curieux renseignements
sur les Kolas. L’auteur a rassemblé dans cette encyclopédie à peu près
tout ce que les voyageurs antérieurs ont dit sur ces fruits. Aux
indications de LOPEZ et de ROELSIUS sont jointes celles de MEROLLA,
DAPPER, FUICH, JOBSON, BRÜE, etc...
D’après LOPEZ, « le Kola est d’un usage fort commun au Congo et son
abondance en rend le prix très vil. » Le même auteur met l’arbre qui le
produit au rang des palmiers. MEROLLA dit que la première écorce, ou
plutôt la cosse du Kola renferme plusieurs fruits et que sa couleur est
d’un rouge cramoisi. Les Portugais font tant de cas de cette espèce de
noix, continue-t-il, que s’ils rencontrent une dame dans les rues leur
première civilité consiste à lui offrir du Kola. DAPPER a compté jusqu’à
10 ou 12 noix dans une même cosse. Il ajoute que « ce fruit ne vient
qu’une fois l’année et que si l’on en mange le soir, il trouble le
sommeil[11]. »
Cette collection de Relations de voyages rapporte aussi l’usage du Kola,
d’après MOORE, en 1735. Ce voyageur[12] signale que, chez certains
nègres, les noix de Kola entrent dans la série des cadeaux dus au père
de la fiancée par le fiancé. FUICH, dans son exploration du Sierra
Leone, en 1607, avait déjà signalé des faits analogues que nous
rapportons :
« Plus loin dans l’intérieur des terres, il croît un fruit nommé Cola ou
Kola, dans une coque assez épaisse. Il est dur, rougeâtre, amer, à peu
près de la grosseur d’une noix, et divisé par divers angles. Les nègres
font des provisions de ce fruit et le mâchent, mêlé avec l’écorce d’un
certain arbre. Leur manière de s’en servir n’a rien d’agréable pour les
Européens. Celui qui commence à le mâcher le donne ensuite à son voisin,
qui le mâche à son tour et qui le donne au nègre suivant. Ainsi chacun
le mâche successivement, sans rien avaler de la substance. Ils le
croient excellent pour la conservation des dents et des gencives. Les
chevaux n’ont pas les dents plus fortes que la plupart des nègres. Ce
fruit leur sert aussi de monnoye courante, et le pays n’en a pas
d’autre.
« L’auteur du _Golden Trade_ observe que le Kola est fort estimé des
nègres qui habitent les bords de la Gambie, et que les Anglais ne lui
donnent pas d’autre nom que celui de noix. Elles ressemblent, dit-il,
aux châtaignes de la plus grosse espèce, mais leur coque est moins dure.
Le goût en est amer. On en fait tant de cas parmi les nègres, que dix
noix de Kola font un présent digne des plus grands rois. Après en avoir
mâché, l’eau la plus commune prend le goût de vin blanc et paraît mêlée
de sucre. Le tabac même en tire une douceur singulière. On n’attribue
d’ailleurs aucune autre qualité au Kola. Les personnes âgées, qui ne
sont plus capables de le mâcher, le font broyer pour leur usage. Mais ce
n’est pas le peuple qui peut se procurer un ragoût si délicieux, car 50
noix suffisent pour acheter une femme. On en fit présent de six à
JOBSON, mais il n’eut jamais l’occasion d’en voir croître sur l’arbre.
Les Portugais prétendent que le Kola vient du pays de l’Or, et que les
nègres de la Gambie le reçoivent dans une grande baye au delà de Cachac,
où ils trouvent d’autres nègres qui leur apportent de l’or et quantité
de Kola. Cependant JOBSON remarque qu’on le trouve plus cher à mesure
qu’on descend la rivière et que, plus haut, les nègres l’ont avec plus
d’abondance, sans qu’il ait pu découvrir d’où ils le reçoivent. Ils
paraissaient surpris que les Anglais ne l’estimassent pas autant qu’eux.
JOBSON se proposait d’en apporter quelques noix en Angleterre, mais il
s’aperçut qu’il s’y forme des vers, et qu’elles ne peuvent se conserver.
« BARBOT décrit l’arbre qui produit cette fameuse noix. Il lui donne le
nom de _Frogolo_. Il assure que la région de Sierra Leone en est
remplie ; qu’il est d’une hauteur médiocre ; que la circonférence du
tronc est de 5 ou 6 pieds ; que le fruit ressemble aux châtaignes, et
qu’il croît en pelotons de dix ou douze noix, dont quatre ou cinq sont
sous la même coque, divisées par une peau fort mince ; que le dehors de
chaque noix est rouge avec quelque mélange de bleu ; que si elle est
coupée, le dedans paraît d’un violet foncé. Les nègres et les Portugais
en demandent sans cesse, comme les Indiens ne demandent que leur arrak
et leur bétel. Il ne vient qu’une fois chaque année, continue BARBOT ;
il est d’un goût qui tire sur l’amer ; il fait trouver l’eau fort
agréable ; et il est fort diurétique. Les nègres en font un commerce
considérable dans les terres. Ils en fournissent une race d’hommes
blancs[13] qui viennent le prendre de fort loin ; et le même auteur
apprit des Anglais de l’Isle de Bense, qu’il en passe tous les ans par
terre une fort grosse quantité à Tunis et à Tripoli. »
Le P. LABAT, historiographe du chevalier DE BRÜE, le directeur de la
Compagnie des Indes au Sénégal, dans la relation de voyage de ce
dernier, fournit à plus d’un siècle d’intervalle, un certain nombre de
renseignements qui confirment les dires de FUICH et d’autres qui les
infirment[14].
DE BRÜE remarqua, pour la première fois, des Kolas entre les mains des
indigènes, en 1701, en se rendant de la rivière Gambie au rio Cacheo. Il
s’arrêta au village de Bintan sur la rivière de Saint-Grigou, —
aujourd’hui Songrougou en Casamance.
« Là il fut reçu par la femme d’un capitaine anglais nommé Agis, une
mulâtresse veuve d’un Portugais et après « quelques instants de
conversation, une de ses esclaves, jeune et belle, mais vêtue fort
immodestement, présenta à M. DE BRÜE et à sa compagnie un bassin rempli
de _colles_ ».
« Ce sont des fruits qui approchent beaucoup pour la figure, l’odeur, la
grosseur, la couleur et le goût des marrons d’Inde. Ce ne sont pourtant
pas des marrons d’Inde, du moins de l’espèce de ceux que l’on voit si
commun à Paris. Je suis fâché que mes mémoires ne me descrivent pas
assez clairement l’arbre qui les porte, pour en faire part au public. Ce
que j’en sçai, c’est que ces fruits viennent de plus de trois cents
lieues à l’est de Bintan. On en trouve encore à Serre-Lionne, mais en
plus petite quantité, et par cet endroit on les estime plus que ceux qui
viennent de plus loin et qui sont plus rares. Ce fruit est environné de
deux écorces : la première est grise, assez forte, dure et cassante ; la
seconde qui est la plus proche de la chair, n’est qu’une pellicule
blanchâtre, mince et peu adhérente quand le fruit est un peu sec.
« Ce fruit est amer, et n’a, ce me semble, d’autre vertu que d’imprégner
la bouche d’une amertume que les Portugais et les Nègres du païs disent
être excellente pour faire trouver l’eau que l’on boit ensuite des plus
délicieuses. Il est vrai qu’il faut que l’eau soit bien mauvaise pour ne
pas paraître bonne après un tel manger. Les gens sages disent que
l’usage fréquent de ce fruit gâte l’estomac ; je n’en sçai rien de bien
assuré : ce que je sçai et qui est connu de tout le monde, c’est qu’il
rend la salive et les dents toutes jaunes ; on peut tirer de là telle
conjecture qu’on voudra ».