Il consulta l'archichancelier Cambacérès sur la distribution des

nouvelles faveurs, et celui-ci, voyant que, quelque grand que fût le

butin à partager, l'étendue des services et des ambitions était plus

grande encore, devina l'embarras de Napoléon, et commença par faire

cesser cet embarras pour ce qui le concernait. Il pria Napoléon de ne

pas songer à lui pour les nouveaux duchés. Nul homme ne savait aussi

bien que, lorsqu'on est arrivé à un certain degré de fortune,

conserver vaut mieux qu'acquérir, et un empire dont il aurait dirigé

la politique, dont Napoléon aurait dirigé l'administration et les

armées, serait resté le plus grand de tous, après l'être devenu.

L'archichancelier ne voulait qu'une chose, c'était garder sa grandeur

actuelle, et la certitude de la garder lui paraissait préférable aux

plus beaux duchés. Il s'était procuré cette certitude dans l'occasion

que voici. Un moment, il avait craint, en voyant Napoléon exiger que

les nouveaux rois conservassent leurs dignités françaises, que son

intention ne fût d'avoir exclusivement des rois pour dignitaires de

l'Empire, et que les titres d'archichancelier dont il était pourvu,

d'architrésorier dont jouissait le prince Lebrun, ne passassent

bientôt à l'un des monarques nouvellement créés ou à créer. Voulant

connaître, à ce sujet, la pensée de Napoléon, il lui dit: Quand vous

aurez un roi tout prêt pour recevoir le titre d'archichancelier, vous

me préviendrez, et je donnerai ma démission.--Soyez tranquille, lui

répondit Napoléon, il me faut un homme de loi pour cette charge, et

vous la garderez.--En effet, au milieu des têtes couronnées qui

composaient autrefois l'empire germanique, il y avait eu trois places

pour de simples prélats, les électeurs de Mayence, de Trêves et de

Cologne. De même, au milieu de ces rois, dignitaires de son empire, il

plaisait à Napoléon de réserver une place pour le premier, le plus

grave magistrat de son temps, appelé à faire entrer dans ses conseils

la sagesse qui pouvait n'y pas toujours entrer avec des rois.

[En marge: Berthier créé prince de Neufchâtel.]

Il n'en fallait pas davantage pour contenter pleinement le prudent

archichancelier. Dès lors ne désirant, ne demandant rien pour lui, il

aida très-utilement Napoléon dans la difficile répartition qu'il avait

à faire. Ils furent tous deux d'accord sur le premier personnage à

récompenser grandement, c'était Berthier, le plus appliqué, le plus

exact, le plus éclairé peut-être des lieutenants de Napoléon, celui

qui était toujours auprès de lui sous les boulets, et qui supportait

sans aucune apparence de déplaisir une vie dont les périls n'étaient

pas au-dessus de son grand courage, mais dont les fatigues

commençaient à n'être plus dans ses goûts. Napoléon éprouva une

véritable satisfaction à pouvoir le payer de ses services. Il lui

accorda la principauté de Neufchâtel, qui le constituait prince

souverain.

[En marge: M. de Talleyrand créé prince de Bénévent.]

Il y avait un de ses serviteurs qui occupait en Europe un rang plus

élevé qu'aucun autre, M. de Talleyrand, qui le servait beaucoup plus

encore par son art de traiter avec les ministres étrangers et

l'élégance de ses moeurs que par ses lumières dans le conseil, où il

avait cependant le mérite d'opiner toujours pour la politique modérée.

Napoléon ne l'aimait pas et s'en défiait; mais il lui était pénible de

le voir mécontent, et M. de Talleyrand l'était depuis qu'on ne l'avait

pas compris au nombre des grands dignitaires. Napoléon, pour le

dédommager, lui conféra la belle principauté de Bénévent, l'une des

deux qui venaient d'être enlevées au Pape, comme enclaves du royaume

de Naples.

[En marge: Bernadotte créé prince de Ponte-Corvo.]

Napoléon avait encore celle de Ponte-Corvo, enclavée aussi dans le

royaume de Naples, et comme la précédente enlevée au Pape. Il voulut

la donner à un personnage qui n'avait rendu aucun service

considérable, qui avait la trahison dans le coeur, mais qui était

beau-frère de Joseph, c'était le maréchal Bernadotte. Napoléon eut

besoin de se faire violence pour accorder cette dignité. Il s'y décida

par convenance, par esprit de famille, par oubli des injures.

[En marge: Création des duchés de Dalmatie, d'Istrie, de Frioul, de

Cadore, de Bellune, de Conégliano, de Trévise, de Feltre, de Bassano,

de Vicence, de Padoue, de Rovigo, de Gaëte, d'Otrante, de Tarente, de

Reggio, de Massa, de Plaisance, etc.]

[En marge: Grandes ressources réservées pour procurer des dotations à

tous les grades, et à tous les services, tant civils que militaires.]

C'eût été bien peu que de récompenser ces trois ou quatre serviteurs,

si Napoléon n'avait pas songé aux autres, plus nombreux et bien plus

méritants, Berthier excepté, qu'il avait autour de lui, et qui

attendaient leur part des fruits de la victoire. Il pourvut à ce qui

les concernait au moyen d'une institution fort adroitement conçue. En

donnant des royaumes, il les concéda aux nouveaux rois à une

condition, c'était d'y instituer des duchés, richement rétribués, et

de lui livrer une certaine part des domaines nationaux. Ainsi en

ajoutant les États vénitiens au royaume d'Italie, il réserva la

création de douze duchés sous les titres suivants: duchés de Dalmatie,

d'Istrie, de Frioul, de Cadore, de Bellune, de Conégliano, de Trévise,

de Feltre, de Bassano, de Vicence, de Padoue, de Rovigo. Ces duchés ne

conféraient aucun pouvoir, mais ils assuraient une dotation annuelle,

qui devait être prise sur le quinzième réservé des revenus du pays. Il

donna le royaume de Naples à Joseph, à condition d'y réserver six

fiefs, dont faisaient partie les deux principautés déjà citées de

Bénévent et de Ponte-Corvo, et que complétaient les quatre duchés de

Gaëte, d'Otrante, de Tarente, de Reggio. En ajoutant à la principauté

de Lucques celle de Massa, Napoléon stipula la création du duché de

Massa. Il en institua trois autres dans les pays de Parme et de

Plaisance. L'un des trois fut accordé à l'architrésorier Lebrun. Parmi

tous ces titres que nous venons de citer, on voit figurer ceux qui

furent portés bientôt par les plus illustres serviteurs de l'Empire,

et qui le sont aujourd'hui par leurs enfants, dernier et vivant

témoignage de nos grandeurs passées. Tous ces duchés étaient institués

aux mêmes conditions que les douze qui avaient été créés dans l'État

vénitien, sans aucun pouvoir, mais avec une part dans le quinzième des

revenus. Napoléon voulut qu'il y eût des récompenses pour chaque

grade, et il se fit attribuer, dans chacun de ces pays, des biens

nationaux et des rentes, afin de créer des dotations. Ainsi il

s'assura 30 millions de biens nationaux dans l'État de Venise, et une

inscription de rente de douze cent mille francs sur le grand livre du

royaume d'Italie. Il se réserva, dans le même but, les biens nationaux

de Parme et de Plaisance, une rente d'un million sur le royaume de

Naples, quatre millions de biens nationaux dans la principauté de

Lucques et de Massa. Le tout formait 22 duchés, 34 millions de biens

nationaux, 2,400,000 francs de rentes, et joint au trésor de l'armée

qu'une première contribution de guerre avait déjà élevé à 70 millions,

et que de nouvelles victoires allaient grossir indéfiniment, devait

servir à distribuer des dotations à tous les grades, depuis le soldat

jusqu'au maréchal. Les fonctionnaires civils devaient avoir leur part

de ces dotations. Napoléon avait déjà discuté avec M. de Talleyrand un

projet de reconstitution de la noblesse, car il trouvait que ce

n'était pas assez que la Légion d'honneur et les duchés. Il se

proposait de créer des comtes, des barons, croyant à la nécessité de

ces distinctions sociales, et voulant que chacun grandît avec lui, en

proportion de ses mérites. Mais il entendait corriger la profonde

vanité de ces titres de deux manières, en les faisant acheter par de

grands services, et en les dotant de revenus qui assuraient l'avenir

des familles.

[En marge: Les nouvelles créations envoyées au Sénat pour y recevoir

un caractère légal.]

Ces diverses résolutions furent successivement présentées au Sénat,

pour être converties en articles des constitutions de l'Empire, dans

les mois de mars, d'avril et de juin.

Le 15 mars de cette année 1806, Murat fut proclamé grand-duc de Clèves

et de Berg. Le 30 mars Joseph fut proclamé roi de Naples et de Sicile,

Pauline Borghèse duchesse de Guastalla, Berthier prince de Neufchâtel.

Le 5 juin seulement (les négociations avec la Hollande ayant entraîné

quelque retard), Louis fut proclamé roi de Hollande, M. de Talleyrand

prince de Bénévent, Bernadotte prince de Ponte-Corvo. On pouvait se

croire revenu à ces temps de l'empire romain où un simple décret du

sénat enlevait ou conférait les couronnes.

[Date: Juin 1806.]

[En marge: Institution définitive de la nouvelle Confédération du

Rhin.]

[En marge: Inaction de l'Autriche en cette circonstance.]

[En marge: Efforts de la Prusse pour avoir quelque part à la formation

d'une nouvelle Allemagne.]

[En marge: Le mécontentement qu'elle a donné à Napoléon la fait

exclure de toutes les négociations dont l'Allemagne est le sujet.]

Cette série d'actes extraordinaires fut terminée par la création

définitive de la nouvelle Confédération du Rhin. La négociation

s'était secrètement passée entre M. de Talleyrand et les ministres de

Bavière, de Baden et de Wurtemberg. À l'agitation visible des princes

allemands, tout le monde se doutait qu'il s'agissait encore une fois

de constituer l'Allemagne. Ceux qui, par la situation géographique de

leurs États, pouvaient être inclus dans la nouvelle confédération,

suppliaient que l'on voulût bien les y admettre, afin de conserver

leur existence. Ceux qui devaient être limitrophes avec elle,

cherchaient à pénétrer le secret de sa constitution, afin de savoir

quels seraient leurs rapports avec cette nouvelle puissance, et ne

demandaient pas mieux que d'y entrer moyennant certains avantages.

L'Autriche, regardant depuis quelque temps l'empire comme dissous, et

désormais sans utilité pour elle, assistait à ce spectacle avec une

apparente indifférence. La Prusse, au contraire, qui voyait dans la

chute de la vieille Confédération germanique une immense révolution,

qui aurait voulu partager au moins avec la France le pouvoir impérial

enlevé à la maison d'Autriche, et avoir la clientèle du nord de

l'Allemagne, tandis que la France s'arrogeait celle du midi, la Prusse

était aux écoutes pour savoir ce qui se préparait. La manière dont

elle venait de prendre possession du Hanovre, les dépêches publiées à

Londres, avaient tellement refroidi Napoléon à son égard, qu'il ne se

donnait pas même la peine de l'avertir de choses qui n'auraient dû

être faites que de concert avec elle. Indépendamment de ce qu'elle

était éconduite des affaires de l'Allemagne, qui étaient les siennes,

on répandait mille bruits de remaniements de territoire, remaniements

d'après lesquels on lui enlevait des provinces, pour lui en attribuer

d'autres, toujours moindres que celles qu'on lui prenait.

[En marge: Imprudence du grand-duc de Berg et perfidie de l'électeur

de Hesse-Cassel dans l'affaire de la nouvelle confédération

germanique.]

Deux princes germaniques, l'un aussi ancien que l'autre était nouveau,

faisaient naître tous ces bruits par leur impatiente ambition. Le

premier était l'électeur de Hesse-Cassel, prince astucieux, avare,

riche du produit de ses mines et du sang de ses sujets vendu à

l'étranger, cherchant à ménager l'Angleterre, chez laquelle il avait

beaucoup de capitaux placés, la Prusse dont il était le voisin et l'un

des généraux, la France enfin, qui édifiait ou renversait en ce moment

la fortune de toutes les maisons souveraines. Il n'était pas de ruse

dont il ne fit usage auprès de M. de Talleyrand pour être compris et

avantagé dans les arrangements nouveaux. Ainsi il offrait de se

joindre à la confédération projetée, et de mettre par conséquent sous

notre influence l'une des portions les plus importantes de

l'Allemagne, c'est-à-dire la Hesse, mais à une condition, celle de lui

livrer une grande partie du territoire de la maison de

Hesse-Darmstadt, qu'il détestait de cette haine de branche directe à

branche collatérale, si fréquente chez les familles allemandes. Il

insistait fort à ce sujet, et il avait proposé un plan très-étendu et

très-détaillé. En même temps il écrivait au roi de Prusse pour lui

dénoncer ce qui se tramait à Paris, pour lui dire qu'on préparait une

confédération qui ruinerait autant l'influence de la Prusse que celle

de l'Autriche, et qu'on employait auprès de lui toute sorte de moyens

pour l'y faire entrer.

Le nouveau prince allemand, Murat, s'y prenait autrement. Non content

du beau duché de Berg, qui renfermait, comme nous l'avons dit, 320

mille habitants de population, et produisait 400 mille florins de

revenu, qui lui fournissait le moyen d entretenir deux régiments, et

mettait en ses mains l'importante place de Wesel, il voulait devenir

l'égal au moins des souverains de Wurtemberg ou de Baden, et il

désirait pour y parvenir qu'on lui créât en Westphalie un État d'un

million d'habitants. Dans ce but, il obsédait M. de Talleyrand, qui,

toujours fort pressé de complaire aux membres de la famille impériale,

imaginait projets sur projets pour lui composer un territoire.

Naturellement la Prusse en fournissait les matériaux avec Munster,

Osnabruck et l'Ost-Frise. Il s'agissait, il est vrai, de donner à

cette puissance les villes anséatiques en échange, lesquelles

présentaient un beau dédommagement, sinon en territoire, du moins en

richesse et en importance.

Tous ces plans, préparés sans que Napoléon en fût informé, ne reçurent

point son agrément dès qu'il en eut connaissance. Il n'avait pas

tellement à coeur de satisfaire l'ambition de Murat, qu'il voulût

opérer de nouveaux démembrements en Allemagne; il était décidé surtout

à n'incorporer les villes anséatiques dans aucun grand État européen.

Ses dernières combinaisons avaient déjà fait disparaître Augsbourg, et

allaient faire disparaître Nuremberg, villes par lesquelles passait le

commerce de la France avec le centre et le midi de l'Allemagne. Notre

commerce avec le Nord passait par Hambourg, Brême, Lubeck. Napoléon se

serait bien gardé de sacrifier des villes dont l'indépendance

intéressait la France et l'Europe. Les vins, les tissus français

pénétraient en Allemagne et en Russie sous le pavillon neutre des

villes anséatiques, et sous le même pavillon revenaient les matières

navales, quelquefois les céréales, quand l'état des récoltes en France

l'exigeait. Enfermer ces villes dans les douanes d'un grand État,

c'eût été enchaîner leur commerce et le nôtre. C'était bien assez de

se priver de Nuremberg, d'Augsbourg, qui envoyaient en France leurs

merceries et leurs quincailleries, pour en tirer nos vins, nos

étoffes, nos denrées coloniales, qu'elles répandaient ensuite dans

tout le midi de l'Allemagne.

[Date: Juillet 1806.]

Napoléon, bien décidé à ne pas sacrifier les villes anséatiques,

repoussait toute combinaison qui aurait tendu à les donner à un État

quelconque, grand ou petit. Il ne favorisait donc aucun des projets de

Murat. Quant à l'électeur de Hesse, il détestait ce prince faux,

avide, cachant sous le dehors d'une sorte d'indifférence un ennemi

acharné, et se proposait à la première occasion de le payer des

sentiments qu'il avait pour la France. Napoléon ne voulait donc pas se

lier à son égard, en l'introduisant dans la confédération qui

s'organisait, car c'eût été rendre impossible un projet éventuel, qui

devait entraîner la ruine assez prochaine et assez méritée de ce

prince. Si on était amené à restituer le Hanovre à l'Angleterre, il

fallait trouver un dédommagement pour la Prusse, et Napoléon était

déterminé à lui offrir la Hesse, qu'elle eût certainement acceptée,

comme elle avait accepté les principautés ecclésiastiques et le

Hanovre, comme elle aurait accepté les villes anséatiques, qu'elle

demandait tous les jours. Ce projet, qui resta un secret pour la

diplomatie européenne, et qui était le prix des trames continuelles de

la maison de Hesse-Cassel avec les ennemis de la France, fut la cause,

alors inexpliquée, des refus opposés aux instances que faisait

l'électeur pour être admis dans la nouvelle confédération, et de la

fausse fidélité dont il se vanta bientôt à l'égard de la Prusse.

[En marge: Conclusion du traité constituant la Confédération du Rhin.]

Tout étant convenu avec les princes de Baden, de Wurtemberg et de

Bavière, les seuls qui fussent consultés, on donna le traité à signer

aux autres princes, qui furent compris, à leur prière, dans la

nouvelle confédération, mais sans prendre leur avis sur la nature de

l'acte qui la constituait. Ce traité reçut la date du 12 juillet; il

renfermait les dispositions qui suivent.

[En marge: Titre de la Confédération.]

[En marge: Engagements des princes confédérés.]

La nouvelle confédération devait porter un titre restreint et bien

choisi, celui de _Confédération du Rhin_, titre qui excluait la

prétention d'englober l'Allemagne tout entière, et qui s'appliquait

exclusivement aux États voisins de la France, et ayant avec elle des

relations d'intérêt incontestables. Le titre corrigeait donc un peu la

faute de l'institution. Les princes signataires formaient une

confédération, sous la présidence du prince archichancelier, et sous

le protectorat de l'empereur des Français. Toute contestation entre

eux devait être résolue dans une diète siégeant à Francfort, et

composée de deux colléges seulement, l'un appelé collége des rois,

l'autre collége des princes. Le premier répondait à l'ancien collége

des électeurs, qui n'aurait eu aucun sens maintenant, puisqu'il n'y

avait plus d'empereur à élire; le second, par le titre et la chose,

était l'ancien collége des princes. Il n'y avait plus de collége

répondant à l'ancien collége des villes.

Les princes confédérés étaient en état perpétuel d'alliance offensive

et défensive avec la France. Toute guerre, dans laquelle la

Confédération ou la France serait engagée, devenait commune, à toutes

deux. La France devait fournir 200 mille hommes, et la Confédération

63 mille, ainsi répartis: la Bavière 30 mille, le Wurtemberg 12, le

grand-duché de Baden 8, le grand-duché de Berg 5, celui de

Hesse-Darmstadt 4, enfin les petits États 4 mille à eux tous. À la

mort du prince archichancelier, l'empereur des Français avait le droit

de nommer le successeur.

Les confédérés se déclaraient séparés à jamais de l'empire germanique,

et devaient en faire la déclaration immédiate et solennelle à la Diète

de Ratisbonne. Ils devaient se régir, dans leurs rapports entre eux,

et relativement à leurs affaires allemandes, par des lois que la Diète

de Francfort était appelée à délibérer prochainement.

Par un article spécial, toutes les maisons allemandes avaient la

faculté d'adhérer plus tard à ce traité, à la condition d'une adhésion

pure et simple.

[En marge: Princes composant la Confédération du Rhin.]

Pour le présent, la Confédération du Rhin comprenait les rois de

Bavière et de Wurtemberg, le prince archichancelier, archevêque de

Ratisbonne, les grands-ducs de Baden, de Berg, de Hesse-Darmstadt,

les ducs de Nassau-Usingen et de Nassau-Weilbourg, les princes de

Hohenzollern-Hechingen, et Hohenzollern-Sigmaringen, de Salm-Salm, et

Salm-Kirbourg, d'Isembourg, d'Aremberg, de Lichtenstein, de la Leyen.

Les Hohenzollern et les Salm étaient admis dans la nouvelle

confédération, à cause de la longue résidence que plusieurs membres de

ces familles avaient faite en France, et de l'attachement qu'elles

avaient voué à nos intérêts. Le prince de Lichtenstein obtenait son

admission, et conservait ainsi sa qualité de prince régnant, quoique

prince autrichien, à cause du traité de Presbourg qu'il avait signé.

Il y avait eu à l'égard de sa principauté, et de plusieurs de celles

qui étaient maintenues, d'ardentes convoitises repoussées par la

France.

[En marge: Sort des princes médiatisés.]

La circonscription géographique de la Confédération du Rhin embrassait

les territoires situés entre la Sieg, la Lahn, le Mein, le Necker, le

haut Danube, l'Isar, l'Inn, c'est-à-dire les pays de Nassau et de

Baden, la Franconie, la Souabe, le haut Palatinat, la Bavière. Tout

prince renfermé dans cette circonscription, s'il n'était pas nommé

dans l'acte constitutif, perdait la qualité de prince régnant. Il

était _médiatisé_, expression empruntée à l'ancien droit germanique,

laquelle voulait dire qu'un prince cessait de dépendre _immédiatement_

du chef suprême de l'Empire, pour n'en dépendre que _médiatement_,

qu'il tombait par conséquent sous l'autorité du souverain territorial

dans les États duquel il était enclavé, et voyait ainsi disparaître

sa souveraineté.

Les princes et comtes _médiatisés_ conservaient certains droits

princiers, et ne perdaient que les droits souverains, lesquels étaient

transportés au prince duquel ils devenaient les sujets. Les droits

souverains transportés étaient ceux de législation, de juridiction

suprême, de haute police, d'impôt, de recrutement. La basse et moyenne

justice, la police forestière, les droits de pêche, de chasse, de

pâturage, d'exploitation de mines, et toutes les redevances de nature

féodale, sans compter les propriétés personnelles, composaient les

prérogatives laissées aux _médiatisés_.

Ils conservaient la faculté d'être jugés par leurs pairs, qualifiés

d'_austrègues_ dans l'ancienne constitution allemande.

[En marge: Suppression définitive de la noblesse immédiate.]

La noblesse immédiate était définitivement incorporée.

Les _médiatisés_, réduits de l'état de princes régnants à celui de

sujets privilégiés, étaient assez nombreux, et l'auraient été

davantage sans l'intervention de la France. On comptait dans le nombre

les princes de Fustemberg, dévoués à l'Autriche, de Hohenlohe à la

Prusse, le prince de la Tour et Taxis qui était dépouillé du monopole

des postes allemandes, les princes de Loevenstein-Wertheim, de

Linange, de Loos, de Schwarzemberg, de Solms, de

Wittgenstein-Berlebourg, et quelques autres. La maison de

Nassau-Fulde, celle de l'ancien stathouder, perdait quelques portions

de ses domaines, par suite de sa contiguïté de territoire avec la

nouvelle confédération. La cour de Berlin, indépendamment des graves

inquiétudes que devait lui inspirer une pareille confédération, y

trouvait deux causes de chagrin personnel, dans les pertes

qu'essuyaient les maisons de Nassau-Fulde et de la Tour et Taxis, dont

nous avons déjà fait connaître la proche parenté avec la famille

royale de Prusse.

À ces dispositions fondamentales le traité ajoutait les règlements de

territoire qui étaient nécessaires pour mettre d'accord les souverains

de Wurtemberg, de Baden et de Bavière, copartageants inconciliables de

la Souabe autrichienne, des domaines de la noblesse immédiate, des

États appartenant aux princes _médiatisés_.

[En marge: Le titre de l'archichancelier transporté de la ville de

Ratisbonne sur celle de Francfort.]

La ville libre de Nuremberg, dont on ne savait plus comment régler le

sort, entre une bourgeoisie inquiète qui l'agitait, et une noblesse

patricienne qui la ruinait par la plus dispendieuse administration,

fut donnée à la Bavière, ainsi que la ville de Ratisbonne, pour prix

de quelques cessions faites dans le Tyrol, au royaume d'Italie. Le

prince archichancelier trouva dans la ville et le territoire de

Francfort un riche dédommagement. C'est à Francfort que devait se

tenir la nouvelle Diète.

[En marge: Caractère social de la nouvelle confédération.]

Ce célèbre traité de la Confédération du Rhin mit fin à l'ancien

empire germanique, après mille six ans d'existence, depuis Charlemagne

couronné en 800, jusqu'à François II dépossédé en 1806. Il fournissait

le nouveau modèle sur lequel devait être constituée l'Allemagne

moderne; il en était à ce titre la réforme sociale, et pour le présent

il plaçait sous l'influence temporaire de la France les États du midi

de l'Allemagne, laissant errer ceux du nord entre les protecteurs

qu'il leur plairait de choisir.

Ce traité publié le 12 juillet, avec un grand éclat, ne causa aucune

surprise, mais compléta pour tous les yeux le système européen de

Napoléon. Tenant tout le midi de l'Europe sous sa suzeraineté

impériale par des royautés de famille, ayant les princes du Rhin sous

son protectorat, il ne lui manquait de l'empire d'Occident que le

titre.

[En marge: Manière d'annoncer à l'Autriche, à la Prusse et à tous les

intéressés, la création de la nouvelle Confédération du Rhin.]

Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 06 / 20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française · 第 34 / 39 段