Une heure passa.
Le jardin bleu n’était occupé que par le bruit d’une famille d’oiseaux,
réveillée subitement au passage d’une chauve-souris. Ses membres
s’interpellaient avec ardeur, et se plaignaient, et protestaient. Ils
gazouillèrent encore quelque temps, puis s’endormirent de nouveau. On
n’entendit plus alors que le chant de la mer, monotone, très doux et
régulier, au pied de la falaise.
Les plates-bandes avaient un peu foncé, depuis une heure; elles
perdaient peu à peu leur ton verdâtre de turquoise, elles devenaient
violettes et bleues, d’un bleu de saphir, tandis que les pins de la
lisière du bois, noir de velours, maintenant, semblaient, contre le ciel
où se couchait la lune et contre les rochers pâles, de très subtiles et
japonaises découpures.
Mais le jardin restait toujours magique, délicieux par son détail et son
ensemble, avec quelque chose d’ensorcelé et de charmant, d’une couleur
de conte et d’un dessin d’estampe exotique. Que ce fût d’amour, de
poésie ou de pays lointains, on eût rêvé là toute une nuit.
Sur la plage, un flot souple, tranquille et long, venait mouiller le
sable, se retirait et revenait à petit bruit, en jouant avec le clair de
lune. Il jouait avec le clair de lune; il brassait des fragments de
miroirs, devant la falaise rouge et triste qui le regardait.
A quelques pas de l’endroit où le vieux Pierre amarrait son bateau, il y
avait un petit tas de choses grises que l’on voyait à peine, tout
ramassé, tout humble, qui ne prenait presque pas de place. La pointe du
flot parvenait juste à en toucher le bord, mais, quand il se retirait,
on eût dit qu’il en ramenait chaque fois quelque chose de sombre, de
liquide et de sombre, qui se perdait bientôt.
Là-haut, dans le jardin, quelqu’un criait:
«Jacquot! Jacquot!»