Elle le traita même de «brigand!»

Il ne bougeait pas. Il ne comprenait pas. Blanc comme un linge, il

tremblait sans plus oser faire d’autre geste que de manier son képi

qu’il avait repris sur le comptoir. Il claquait des dents un peu, ses

paupières battaient.

«Et si ma tante m’avait vue!»

Cette supposition la rendait folle. Tout son avenir aurait peut-être

croulé!

«Sortez, je vous dis! misérable!»

Il ne bougeait pas. Il gardait un air stupide, ses dents claquaient

toujours et toujours ses paupières battaient.

Alors, elle eut un geste de trop. D’un revers de main, elle s’essuya la

bouche, elle essuya le baiser.

«Oh! oh!... Mademoiselle!»

Cela, il ne put le supporter, et il sortit, marchant à reculons, sans la

quitter des yeux. Cela! non! il ne pouvait pas. Et il disparut.

Deux heures plus tard, il marchait encore, sans but, au hasard des pas,

au hasard des rues. En traversant la place du Théâtre, il oublia de

saluer un officier qui, d’ailleurs, n’y prit point garde. Rue Peiresc,

il faillit renverser une petite fille qui sortait du jardin public. Il

s’excusa.

«Je vous ai fait mal, Mademoiselle?

--Oh! non, Monsieur.»

Elle le regarda et s’enfuit; la figure de ce soldat l’épouvantait.

Il marcha toute la nuit. Il oublia de manger. Ce fut à quatre heures

seulement qu’il s’assit, exténué, sur un banc de la place d’Armes et

tâcha de réfléchir à tout cela. Vers six heures du matin, il entra dans

une boulangerie et demanda pour deux sous de pain.

L'enfant qui prit peur · 第 46 / 62 题