«Oui, reste ici, mon petit. Allonge-toi sur le divan, si tu veux. Je
vais jouer du piano. Ça ne t’ennuiera pas?
--Oh! non! parrain!»
Jacquot était venu demander à M. Périer des nouvelles de Lucienne,
enrhumée depuis la veille. Ce ne serait rien; elle aurait pu sortir ce
jour même. Sans inquiétude désormais, il s’installa donc sur le divan,
un coussin contre sa joue, et se prit à écouter.
C’était comme un appel qui commandait de venir, de venir vers autre
part. Jacquot ne savait au juste vers où, mais il écoutait avec
ravissement. «Oui, oui», murmurait-il. On lui parlait donc? Et puis, des
gens venaient, à travers une forêt. Ils tenaient de grands éventails.
Ils l’emportaient, dans un hamac de cordes fines. Couché dans le hamac,
il se laissait conduire, et les branches bruissaient, au-dessus de sa
tête, en un bruissement très doux, et quelques oiseaux chantaient clair,
un surtout, divinement; et les esclaves qui portaient les éventails (des
palmes vertes, ces éventails), l’éventaient comme fait la brise de mer,
et, toujours, il allait plus loin! Ah! que les pas des porteurs étaient
souples, sur la mousse! De grandes fleurs embaumaient. Qu’il se sentait
tranquille! Qu’il se sentait heureux!
Oh! que cela ne cesse jamais! Loin des peines! Toujours plus loin des
peines! Où donc?
M. Périer s’arrêta de jouer. Brusquement, Jacquot se reprit. Il
pleurait! Il ne s’en était pas aperçu. L’enfant sécha ses larmes.
«Oh! merci, parrain!»
M. Périer ne lui connaissait pas ce regard. Il se souvint de Lucienne
qui, certains soirs, s’amusait tranquillement dans un coin de la pièce,
riait toute seule ou s’endormait, durant qu’il faisait gémir ou chanter
le piano. Mais, cette petite figure extasiée...
«Ce que j’ai joué, le comprendrait-il?»
Soudain, sans savoir pourquoi, M. Périer se sentit très triste.