UN RAYON DE SOLEIL

Le Rhin était franchi. Quand vint la nuit, l'armée française campa sur

la rive droite; devant elle s'étendaient les grandes prairies de la

Hollande. La victoire avait couronné ses premiers efforts. Les soldats,

animés par l'ardeur du combat, se groupaient autour des feux du bivouac

et se racontaient les uns aux autres les incidents de cette journée.

Autour de l'habitation de Louis XIV se pressaient une foule d'officiers.

Tout le monde avait payé de sa personne, et dans l'enivrement

qu'excitait ce passage, le glorieux monarque voyait déjà le présage

de son entrée à Amsterdam. Il ne savait pas encore qu'entre lui et la

vieille capitale de la Hollande il trouverait Guillaume d'Orange. Les

généraux venaient présenter leurs compliments au roi et prendre ses

ordres. Les salles étaient toutes pleines de brillants uniformes; les

meilleurs gentilshommes de France étaient là; quelques-uns manquaient à

la réunion, ceux-ci étaient morts. Tout le monde avait traversé le Rhin,

personne encore ne savait comment on l'avait passé. Un homme s'était

jeté dans le fleuve, une compagnie l'avait suivi, puis un régiment, puis

l'armée, et l'on était arrivé, l'épée au poing, sur les retranchements

hollandais.

--Savez-vous, messieurs, le nom du gentilhomme qui a trouvé le gué?

demanda le roi en s'adressant au cercle qui l'entourait.

--Sire, répondit M. de Luxembourg, c'est un officier de votre armée;

mais cet officier n'est point gentilhomme.

--Mais, répondit fièrement Louis XIV, si je l'appelle ainsi, c'est

qu'apparemment il doit l'être.

Belle-Rose · 第 145 / 151 题