M. de Pomereux lui jeta sa bourse.

--Voilà de l'or, mais si tu mens tu auras du plomb.

Le mendiant pesa la bourse et regarda le pistolet dont la bouche le

menaçait.

--Pourquoi voulez-vous que je mente? dit-il en haussant les épaules; en

confessant la vérité, j'évite le péché et j'ai tout profit.

--Dépêche! lui cria M. de Charny.

--Prenez à gauche, répondit le mendiant en tournant son bâton du côté de

Pontoise.

Les vingt cavaliers partirent à la fois comme un tourbillon. A

Franconville, M. de Pomereux et ses laquais, mieux montés que Bouletord,

laissèrent les gens de la maréchaussée en arrière. Le jeune comte et sa

suite avaient des chevaux de race anglaise habitués aux chasses. Leur

galop était égal et soutenu. M. de Pomereux et M. de Charny couraient en

avant, les laquais suivaient à vingt pas, puis venaient les archers.

Le capitaine Bréguiboul galopait entre M. de Pomereux et Bouletord. Son

cheval commençait à souffler. Au bout d'une demi-heure, la distance qui

les séparait s'agrandit, et les deux troupes se perdirent de vue. Les

éperons de Bouletord étaient rouges de sang. Cependant Belle-Rose et

Cornélius maintenaient leurs montures à une allure rapide sans être

pressée.

--Il faut les ménager, disait la Déroute; quand nous aurons dépassé

Pontoise, nous prendrons un chemin de traverse et nous reviendrons

tranquillement sur nos pas pour dépister la maréchaussée.

Comme leur petite troupe atteignait Pierrelaye, Grippard et la Déroute

entendirent un hennissement au loin derrière eux. La jument que montait

Belle-Rose tendit ses naseaux au vent et répondit par un hennissement

sonore. La Déroute sauta sur sa selle.

--On nous suit! dit-il tout bas.

--Je le crois, répondit Grippard.

La Déroute atteignit Belle-Rose en deux bonds. Mais avant qu'il eût

ouvert la bouche, il comprit à l'élan de la cavale qu'elle venait de

sentir l'éperon. Au hennissement de son cheval, M. de Pomereux dressa

l'oreille.

--Il y a des cavaliers devant nous, dit-il, et penché sur l'encolure de

l'étalon, il précipita sa course ardente.

Belle-Rose et Cornélius échangèrent un regard, et chacun d'eux entoura

sa compagne d'un bras plus ferme. Leurs chevaux avaient déjà

franchi huit lieues au galop; ils coururent assez bien jusqu'à

Saint-Ouen-l'Aumône, mais dans la traverse du village, Belle-Rose sentit

sa jument trébucher sous lui; au même instant, le cheval de Cornélius

butta et s'abattit sur les genoux; deux coups d'éperons les firent se

relever, et les animaux bondirent en hennissant de douleur. Un autre

hennissement éclata sur la route, plus sonore et plus rapproché. La

Déroute arma ses pistolets.

--En dix minutes, ils ont gagné une demi-lieue, dit-il; dans une

demi-heure, s'ils vont de ce train-là, ils seront sur nous.

Les chevaux de Belle-Rose et de Cornélius, soutenus par la bride et

l'éperon, volaient sur la route, mais leurs flancs battaient tout blancs

d'écume, on les sentait fléchir sous leur double poids. Suzanne et

Claudine n'osaient parler, parfois seulement elles jetaient, par-dessus

l'épaule des cavaliers, un long regard sur la route toute blanche qui

se perdait dans la nuit transparente. La Déroute et le fidèle Grippard

galopaient côte à côte, tous deux muets et tous deux résolus. La petite

troupe tourna autour de Pontoise: l'écume des chevaux haletants devenait

rouge autour des naseaux. Quand on fut près d'Ennery, la Déroute

entendit passer avec la brise un hennissement si vigoureux qu'il tourna

la tête. Un point noir roulait sur le chemin, grossissant à vue d'oeil.

Belle-Rose · 第 107 / 151 题