Dans le Poitou, dans une partie des provinces de l'ouest et dans

quelques localités du midi, on avait adopté au XIe siècle un autre mode

de construire les églises et de les voûter; les bas côtés étaient élevés

jusqu'à la hauteur de la nef, et de petites voûtes d'arêtes ou en

berceau élevées sur ces bas côtés contre-buttaient le berceau central.

L'église abbatiale de Saint-Savin, près Poitiers, dont nous donnons le

plan (11), est construite d'après ce système; de longues colonnes

cylindriques portent des archivoltes sur lesquelles viennent reposer le

berceau plein cintre de la nef et les petites voûtes d'arêtes des deux

bas côtés, ainsi que l'indique la coupe transversale (12). Mais ici la

galerie supérieure de la basilique latine est supprimée, et la nef n'est

éclairée que par les fenêtres ouvertes dans les murs des bas côtés. Pour

de petites églises étroites, ce parti n'a pas d'inconvénients; il laisse

cependant le milieu du monument et surtout les voûtes dans l'obscurité

lorsque les nefs sont larges; il ne pouvait non plus convenir aux

grandes églises du nord. On observera que dans les édifices, soit de

l'Auvergne, soit du midi de la France, élevés suivant le mode de bas

côtés avec ou sans galeries contre-buttant la voûte centrale, les voûtes

remplacent absolument les charpentes puisque, non-seulement elles

ferment les nefs et bas côtés, mais encore elles portent la couverture

en tuiles ou en dalles de pierre. Ce fait est remarquable; reconnaissant

les inconvénients des charpentes, les architectes de ces provinces les

supprimaient complétement et faisaient ainsi disparaître toutes causes

de destruction par le feu. Dans les provinces du nord, en Normandie,

dans l'Ile-de-France, en Champagne, en Bourgogne, en Picardie, lorsque

l'on se décide à voûter la basilique latine, on laisse presque toujours

subsister la charpente au-dessus de ces voûtes; on réunit les deux

moyens, la voûte, pour mieux clore l'édifice, pour donner un aspect plus

digne et plus monumental aux intérieurs, pour empêcher les charpentes,

en cas d'incendie, de calciner les nefs; la charpente, pour recevoir la

couverture en tuiles, en ardoises ou en plomb. Les couvertures posées

directement sur la maçonnerie des voûtes causaient des dégradations

fréquentes dans les climats humides, elles laissaient pénétrer les eaux

pluviales à l'intérieur par infiltration, ou même par suite de la

porosité des matériaux employés, dalles ou terre cuite. Si les

constructeurs septentrionaux, lorsqu'ils commencèrent à voûter leurs

églises, employèrent ce procédé, ils durent l'abandonner bientôt en

reconnaissant les inconvénients que nous venons de signaler, et ils

protégèrent leurs voûtes par des charpentes qui permettaient de

surveiller l'extrados de ces voûtes, qui laissait circuler l'air sec

au-dessus d'elles et rendaient les réparations faciles. Nous verrons

tout à l'heure comment cette nécessité contribua à leur faire adopter

une combinaison de voûtes particulière. Les tentatives pour élever des

églises voûtées ne se bornaient pas à celles indiquées ci-dessus. Déjà

dès le Xe siècle les architectes avaient eu l'idée de voûter les bas

côtés des basiliques latines au moyen d'une suite de berceaux plein

cintre posant sur des arcs-doubleaux et perpendiculaires aux murs de la

nef; la grande nef restait couverte par une charpente. Les restes de la

basilique primitive de l'abbaye de Saint-Front de Périgueux conservent

une construction de ce genre, qui existait fort développée dans l'église

abbatiale de Saint-Remy de Reims avant les modifications apportées dans

ce curieux monument pendant les XIIe et XIIIe siècles. La figure (13)

fera comprendre ce genre de bâtisses. Ces berceaux parallèles posant sur

des arcs-doubleaux dont les naissances n'étaient pas très-élevées

au-dessus du sol ne pouvaient pousser à l'intérieur les piles des nefs

chargées par des murs élevés; et des fenêtres prenant des jours directs,

étaient ouvertes au-dessus des bas côtés. Dans la Haute-Marne, sur les

bords de la haute Saône, en Normandie, il devait exister au XIe siècle

beaucoup d'églises élevées suivant ce système, soit avec des voûtes en

berceaux perpendiculaires à la nef, soit avec des voûtes d'arêtes, sur

les bas côtés; les nefs restaient couvertes seulement par des

charpentes. La plupart de ces édifices ont été modifiés au XIIIe ou au

XIVe siècle, c'est-à-dire qu'on a construit des voûtes hautes sur les

murs des nefs en les contre-buttant par des arcs-boutants; mais on

retrouve facilement les traces de ces dispositions primitives. Quelques

édifices religieux bâtis par les Normands en Angleterre, ont conservé

leurs charpentes sur les grandes nefs, les bas côtés seuls étant voûtés.

Nous citerons, parmi les églises françaises, la petite église de

Saint-Jean de Châlons-sur-Marne, dont la nef, qui date de la fin du XIe

siècle, conserve encore sa charpente masquée par un berceau en planches

fait il y a peu d'années; l'église du Pré-Notre-Dame, au Mans, de la

même époque, qui n'avait dans l'origine que ses bas côtés voûtés; les

grandes églises abbatiales de la Trinité et de Saint-Étienne de Caen,

dont les nefs devaient être certainement couvertes primitivement par des

charpentes apparentes, etc. À Saint-Remy de Reims il existe une galerie

supérieure, aussi large que le bas côté, qui était aussi

très-probablement voûtée de la même manière. Nous avons supposé dans la

figure (13) les charpentes des bas côté enlevées, afin de laisser voir

l'extrados des berceaux de ces bas côtés.

On ne tarda pas, dans quelques provinces, à profiter de ce dernier parti

pour contre-butter les voûtes, qui remplacèrent bientôt les charpentes

des nefs principales. Dans la partie romane de la nef de la cathédrale

de Limoges, dans les églises de Châtillon-sur-Seine, et de l'abbaye de

Fontenay près Montbard de l'ordre de Cîteaux, on voit les bas côtés

voûtés par une suite de berceaux parallèles perpendiculaires à la nef

portant sur des arcs-doubleaux; les travées de ces nefs sont larges; la

poussée continue du grand berceau supérieur se trouve contre-buttée par

les sommets des berceaux perpendiculaires des bas côtés, et par des murs

élevés sur les arcs-doubleaux qui portent ces berceaux; murs qui sont de

véritables contre-forts, quelquefois même allégés par des arcs et

servant en même temps de points d'appui aux pannes des combles

inférieurs: l'exemple (14) que nous donnons ici fait comprendre toute

l'ossature de cette construction; A, arcs-doubleaux des bas côtés

portant les berceaux perpendiculaires à la nef, ainsi que les murs

_porte-pannes_ et contre-forts B, allégés par des arcs de décharge,

véritables arcs-boutants noyés sous les combles. Dans ces édifices

religieux, la charpente supérieure se trouvait supprimée, la tuile

recouvrait simplement le berceau ogival C. Quant à la charpente des bas

côtés, elle se trouvait réduite à des cours de pannes et des chevrons

portant également ou de la tuile creuse, ou de grandes tuiles plates le

plus souvent vernissées (voy. COUVERTURE). Mais les grandes nefs de ces

églises ne pouvaient être éclairées par des jours directs, elles étaient

obscures dans leur partie supérieure, ainsi on se trouvait toujours

entre ces deux inconvénients, ou d'éclairer les nefs par des fenêtres

ouvertes au-dessus des voûtes des bas côtés, et alors de couvrir ces

nefs par des charpentes apparentes, ou de les voûter et de se priver de

jours directs.

Tous ces monuments étaient élevés dans des conditions de stabilité

telles, qu'ils sont parvenus jusqu'à nous presque intacts. Ces types se

perpétuaient pendant les XIe et XIIe siècles avec des différences peu

sensibles dans le centre de la France, dans le midi, l'ouest, et

jusqu'en Bourgogne. Dans l'Ile-de-France, la Champagne, la Picardie,

dans une partie de la Bourgogne et en Normandie, les procédés pour

construire les édifices religieux prirent une autre direction. Ces

contrées renfermaient des villes importantes et populeuses; il fallait

que les édifices religieux pussent contenir un grand nombre de fidèles;

la basilique antique, aérée, claire, permettant la construction de

larges nefs séparées des bas côtés par deux rangées de colonnes minces,

satisfaisait à ce programme. En effet, si nous examinons (fig. 15) la

coupe d'une basilique construite suivant la tradition romaine, nous

voyons une nef A, ou vaisseau principal, qui peut avoir de dix à douze

mètres de largeur, si nous subordonnons cette largeur à la dimension

ordinaire des bois dont étaient formés les entraits; deux bas côtés B de

cinq à six mètres de largeur, éclairés par des fenêtres G; au-dessus

deux galeries C permettant de voir le sanctuaire, et éclairées

elles-mêmes par des jours directs, puis pour éclairer la charpente et le

milieu de la nef, des baies supérieures E percées au-dessus des combles

des galeries. Cette construction pouvait être élevée sur un plan vaste,

à peu de frais. Mais, nous l'avons dit, il fallait à ces populations des

édifices plus durables, d'un aspect plus monumental, plus recueilli; et

d'ailleurs à la fin du Xe siècle les Normands n'avaient guère laissé

d'édifices debout dans les provinces du nord de la France. On songea

donc dès le XIe siècle à reconstruire les édifices religieux sur des

données nouvelles, et capables de résister à toutes les causes de ruine.

Le système de la voûte d'arête romaine formée par la pénétration de deux

demi-cylindres d'un diamètre égal, n'avait jamais été abandonné; aussi

fut-il appliqué aux édifices religieux, du moment que l'on renonça aux

charpentes; mais ce système ne peut être employé que pour voûter un plan

carré; or dans le plan de la basilique latine, le bas côté seul présente

un plan carré à chaque travée; quant à la nef, l'espacement compris

entre chaque pilier étant plus étroit que la largeur du vaisseau

principal, l'espace à voûter se trouve être un parallélogramme et ne

peut être fermé par une voûte d'arête romaine; exemple (16): soit une

portion de plan d'une église du XIe siècle, A les bas côtés, B la nef

principale; les surfaces C D E F sont carrées et peuvent être facilement

voûtées par deux demi-cylindres d'un diamètre égal, mais les surfaces G

H I K sont des parallélogrammes; si l'on bande un berceau ou

demi-cylindre de G en H, le demi-cylindre de G en I viendra pénétrer le

demi-cylindre G H au-dessous de sa clef, ainsi que l'indique la figure

(17).

Le cintrage de ces sortes de voûtes devait paraître difficile à des

constructeurs inexpérimentés; de plus, ces voûtes, dites en arcs de

cloître, sont pesantes, d'un aspect désagréable, surtout si elles sont

très-larges, comme on peut s'en convaincre en examinant la figure (18).

Les constructeurs septentrionaux du XIe siècle n'essayèrent même pas de

les employer; ils se contentèrent de fermer les bas côtés par des voûtes

d'arêtes romaines et de continuer à couvrir les grandes nefs par une

charpente apparente, ainsi que l'indique la figure (13), où ils eurent

l'idée d'élever des berceaux sur les murs des nefs, au-dessus des

fenêtres supérieures. Ce second parti (19) ne pouvait être durable; les

grandes voûtes A, n'étant point contre-buttées, durent s'écrouler peu de

temps après leur décintrage; on plaçait des contre-forts extérieurs en

B, mais ces contre-forts ne pouvaient maintenir la poussée continue des

berceaux que sur certains points isolés, puis ils portaient à faux sur

les reins des arcs-doubleaux C, les déformaient en disloquant ainsi tout

l'ensemble de la bâtisse. Pour diminuer la puissance de poussée des

berceaux, on eut l'idée, vers le commencement du XIIe siècle, dans

quelques localités, de les cintrer suivant une courbe brisée ou en

tiers-point, en les renforçant (comme dans la nef de la cathédrale

d'Autun) au droit des piles par des arcs-doubleaux saillants, maintenus

par des contre-forts (20). Il y avait là une amélioration, mais ce mode

n'en était pas moins vicieux; et la plupart des églises bâties suivant

ce principe se sont écroulées quand elles n'ont pas été consolidées par

des arcs-boutants un siècle environ après leur construction. C'est alors

que les Clunisiens reconstruisaient la plupart de leurs établissements;

de 1089 à 1140 environ, la grande église de Cluny, la nef de l'abbaye de

Vézelay sont élevées; nous nous occuperons plus particulièrement de ce

dernier monument religieux, encore debout aujourd'hui, tandis qu'une rue

et des jardins ont remplacé l'admirable édifice de saint Hugues et de

Pierre le Vénérable (voy. ARCHITECTURE MONASTIQUE).

À Vézelay, l'architecture religieuse allait faire un grand pas; sans

abandonner le plein cintre, les constructeurs établirent des voûtes

d'arêtes sur la nef principale aussi bien que sur les bas côtés;

seulement pour faire arriver la pénétration des portions de voûtes

cintrées suivant les formerets plein cintre jusqu'à la clef du grand

berceau également plein cintre de la nef, ils eurent recours à des

tâtonnements très-curieux à étudier (voy. VOÛTE). Voici une vue

perspective de l'intérieur de cette nef regardant vers l'entrée, qui

donne l'idée du système adopté (21), et n'oublions pas que cette nef

était élevée au commencement du XIIe siècle, peu de temps après celle de

Cluny, et que par conséquent l'effort était considérable, le progrès

bien marqué, puisque la nef de l'église de Cluny était encore voûtée en

berceau plein cintre, et que même après la construction de la nef de

Vézelay, vers 1150, à Autun, à Beaune, à Saulieu, on construisait encore

des voûtes en berceau (ogival, il est vrai) sur les grandes nefs, ainsi

que l'indique la figure (20). L'innovation tentée à Vézelay n'eut pas

cependant de bien brillants résultats, car si ces voûtes reportaient

leur poussée sur des points isolés, au droit des piles, elles n'étaient

épaulées que par des contre-forts peu saillants, elles firent déverser

les murs, déformer les voûtes des bas côtés; et il fallut après que

quelques-unes d'elles se furent écroulées, et toutes les autres

aplaties, construire à la fin du XIIe siècle des arcs-boutants pour

arrêter l'effet de cette poussée. À Cluny comme à Beaune, comme à la

cathédrale d'Autun, il fallut de même jeter des arcs-boutants contre les

murs des nefs pendant les XIIIe et XIVe siècles pour arrêter

l'écartement des voûtes.

Il est certain que les effets qui se manifestèrent dans la nef de

Vézelay durent surprendre les constructeurs qui croyaient avoir paré à

l'écartement des grandes voûtes d'arêtes, non-seulement par

l'établissement des contre-forts extérieurs, mais bien plus sûrement

encore par la pose de tirants en fer qui venaient s'accrocher au-dessus

des chapiteaux, à la naissance des arcs-doubleaux, à de forts gonds

chevillés sur des longrines en bois placées en long dans l'épaisseur des

murs (voy. CHAÎNAGE, CONSTRUCTION, TIRANT). Ces tirants qui

remplissaient la fonction d'une _corde_ à la base de l'arc-doubleau,

cassèrent ou brisèrent leurs gonds; car à cette époque les fers d'une

grande longueur devaient être fort inégaux et mal forgés.

Mais cette expérience ne fut point perdue. Dans cette même église de

Vézelay, vers 1160, on bâtit un porche fermé, véritable narthex ou

_antéglise_, conformément à l'usage alors adopté par la règle de Cluny

(voy. ARCHITECTURE MONASTIQUE); et ce porche, dans lequel les

arcs-doubleaux adoptent la courbe en tiers-point, présente des voûtes

d'arêtes avec et sans arcs-ogives, construites très-habilement, et

savamment contre-buttées par les voûtes d'arêtes rampantes des galeries

supérieures, ainsi que l'indique la coupe transversale de ce porche

(fig. 22). Mais ici comme dans les églises d'Auvergne, la nef principale

ne reçoit pas de jours directs; pour trouver ces ours il eût fallu

élever la voûte centrale jusqu'au point A; alors des fenêtres auraient

pu être percées au-dessus du comble du triforium dans le mur B, une

suite de petits arcs, ou un second triforium auraient éclairé ces

combles en E, et pour contre-butter la grande voûte il eût suffi de

construire, au droit de chaque arc-doubleau, un arc-boutant C reportant

les poussées sur le contre-fort D, rendu plus résistant au moyen d'une

plus forte saillie. Ce dernier pas était bien facile à franchir; aussi

voyons-nous presque tous les édifices religieux du domaine royal, de la

Champagne, de la Bourgogne et du Bourbonnais adopter ce parti, non sans

quelques tâtonnements, pendant la seconde moitié du XIIe siècle. Mais en

renonçant aux voûtes en berceau dans les provinces du nord et les

remplaçant par des voûtes d'arêtes (même lorsqu'elles étaient combinées

comme celles du porche de l'église de Vézelay, c'est-à-dire très-peu

élevées), on devait en même temps renoncer aux couvertures posées à cru

sur ces voûtes, il fallait des charpentes. Une nouvelle difficulté se

présentait. Des voûtes construites d'après le système adopté dans le

porche de Vézelay exigeaient ou des charpentes sans entraits, si les

murs _goutterots_ ne s'élevaient que jusqu'au point E, c'est-à-dire

jusqu'à la hauteur de la clef des formerets, ou une surélévation de ces

murs _goutterots_ jusqu'au sommet G des grandes voûtes, si l'on voulait

que les fermes fussent munies d'entraits. Or nous voyons que, pour

obtenir des jours directs au-dessus du triforium en B, on était déjà

amené à donner une grande élévation aux murs des nefs; il était donc

important de gagner tout ce que l'on pouvait gagner sur la hauteur; on

fut alors entraîné à baisser la clef des arcs-doubleaux des grandes

voûtes au niveau des clefs des formerets, et comme conséquence les

naissances de ces arcs-doubleaux durent être placées au-dessous des

naissances de ces formerets (voy. VOUTE). Ce fut après bien des

hésitations que, vers 1220, les sommets des arcs-doubleaux et des

formerets atteignirent définitivement le même niveau. Les grandes voûtes

de la nef et du porche de Vézelay ont de la peine à abandonner la forme

primitive en berceau; évidemment les constructeurs de cette époque, tout

en reconnaissant que la poussée continue de la voûte en berceau ne

pouvait convenir à des édifices dont les plans ne donnent que des points

d'appui espacés, qu'il fallait diviser cette poussée au moyen de

formerets et de voûtes pénétrant le berceau principal, n'osaient encore

aborder franchement le parti de la voûte en arcs-ogives; d'ailleurs ils

commençaient à peine vers le milieu du XIIe siècle à poser des

arcs-ogives saillants, et les arêtes des voûtes ne pouvaient être

maintenues sans ce secours, à moins d'un appareil fort compliqué que des

maçonneries en petits moellons ne comportaient pas. Les plus anciens

arcs-ogives ne sont que des nervures saillantes, des boudins, des tores

simples, doubles ou triples, qui sont évidemment placés sous les arêtes

des voûtes dans l'origine, pour les décorer et pour donner un aspect

moins froid et moins sec aux constructions. Dans le porche de Vézelay,

par exemple, deux voûtes seulement sont munies d'arcs-ogives; ils ne

sont qu'une décoration, et n'ajoutent rien à la solidité des voûtes qui

ne sont pas combinées pour avoir besoin de leur secours. Les grandes

voûtes, presque coupoles, des cathédrales d'Angers et de Poitiers, sont

décorées d'arcs-ogives très-minces, sans utilité, et qui, au lieu de

porter les remplissages, sont portés par eux au moyen de queues

pénétrant dans les arêtes à peine saillantes de ces voûtes. Mais

bientôt, pendant la seconde moitié du XIIe siècle, les architectes du

nord s'emparent de ce motif de décoration pour établir tout leur système

de construction des voûtes en arcs-d'ogives. Ils donnent aux arcs-ogives

une épaisseur et une force assez grandes non-seulement pour qu'ils

puissent se maintenir par la coupe de leurs claveaux, mais encore pour

pouvoir s'en servir comme de cintres sur lesquels ils viennent bander

les triangles de remplissages formant autant de petites voûtes

indépendantes les unes des autres, et reportant tout leur poids sur ces

cintres. Ce principe une fois admis, ces architectes sont complétement

maîtres des poussées des voûtes, ils les font retomber et les dirigent

sur les points résistants. C'est par l'application savante de ce

principe qu'ils arrivent rapidement à reporter tout le poids et la

poussée de voûtes énormes sur des piles extrêmement minces et présentant

en projection horizontale une surface très-minime. Nous ne nous

étendrons pas davantage sur ce chapitre, développé dans le mot VOÛTE.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 1 - (A) · 第 18 / 47 段