pas les édifices, les pierres n'étaient point posées épannelées, mais
complètement taillées et achevées. Tout devait donc être prévu par
l'appareilleur sur le chantier avant la pose. Aussi jamais un joint ne
vient couper gauchement un bas-relief, un ornement ou une moulure. Les
preuves de ce fait intéressant abondent: 1° les marques de tâcherons qui
se rencontrent sur les pierres; 2° les coups de _bretture_, qui
diffèrent à chaque pierre; 3° l'impossibilité de refouiller certaines
moulures ou sculptures après la pose comme dans la fig. 8, par exemple;
4° les tracés des fonds de moulures que l'on retrouve dans les joints
derrière les ornements (25);
5° les erreurs de mesures, qui ont forcé les poseurs de couper parfois
une portion d'une feuille d'une sculpture pour faire entrer à sa place
une pierre taillée sur le chantier; 6° les combinaisons et pénétrations
de moulures de meneaux, qu'il serait impossible d'achever sur le tas si
la pierre eût été posée épannelée seulement; 7° enfin, ces exemples si
fréquents d'édifices non terminés, mais dans lesquels les dernières
pierres posées sont entièrement achevées comme taille ou sculpture.
Au XVe siècle le système d'appareil se modifie profondément. Le désir de
produire des effets extraordinaires, la profusion des ornements, des
pénétrations de moulures, l'emportent sur l'appareil raisonné prenant
pour base la nature des matériaux employés. C'est alors la décoration
qui commande l'appareil souvent en dépit des hauteurs de bancs; il en
résulte de fréquents _décrochements_ dans les lits et les joints, des
déchets considérables de pierre, des moyens factices pour maintenir ces
immenses galbes à jour, ces porte-à-faux; le fer vient en aide au
constructeur pour accrocher ces décorations qui ne sauraient tenir sans
son secours, et par les règles naturelles de la statique. Cependant
encore ne voit-on jamais un ornement coupé par un lit, les corniches
sont prises dans une hauteur d'assise, les arcs sont extradossés, les
meneaux appareillés suivant la méthode employée par les constructeurs
antérieurs, bien qu'ils affectent des formes qui se concilient
difficilement avec les qualités ordinaires de la pierre. On ne peut
encore signaler ces énormités si fréquentes un siècle plus tard, où
l'architecte du château d'Écouen appareillait des colonnes au moyen de
deux blocs posés en délit avec un joint vertical dans toute la hauteur,
ou comme au château de Gaillon on trouvait ingénieux de construire des
arcs retombant sur un cul-de-lampe suspendu en l'air, où l'on prodiguait
ces clefs pendantes dans les voûtes d'arêtes, accrochées aux charpentes.
Constatons, en finissant, ce fait principal qui résume toutes les
observations de détail contenues dans cet article. Du XIe siècle à la
fin du XIVe, quand la décoration des édifices donne des lignes
horizontales, la construction est horizontale; quand elle donne des
lignes verticales, la construction est verticale; l'appareil suit
naturellement cette loi. Au XVe siècle la décoration est toujours
verticale, les lignes horizontales sont rares, à peine indiquées, et
cependant la construction est toujours horizontale, c'est-à-dire en
contradiction manifeste avec les formes adoptées.
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6 et 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13 et 14.]
[Illustration: Fig. 15 et 16.]
[Illustration: Fig. 17 et 18.]
[Illustration: Fig. 19 et 20.]
[Illustration: Fig. 21 et 22.]
[Illustration: Fig. 23.]
[Illustration: Fig. 24.]
[Illustration: Fig. 25.]
APPENTIS, s. m. C'est le nom que l'on donne à certaines constructions de
bois qui sont accolées contre des édifices publics ou bâtiments privés,
et dont les combles n'ont qu'un égout; l'appentis a toujours un
caractère provisoire, c'est une annexe à un bâtiment achevé que l'on
élève par suite d'un nouveau besoin à satisfaire, ou qu'on laisse
construire par tolérance. Encore aujourd'hui, un grand nombre de nos
édifices publics, et particulièrement de nos cathédrales, sont entourés
d'appentis élevés contre leurs soubassements, entre leurs contre-forts.
Ces constructions parasites deviennent une cause de ruine pour les
monuments, et il est utile de les faire disparaître. Quelquefois aussi
elles ont été élevées pour couvrir des escaliers extérieurs, tel est
l'appentis construit au XVe siècle contre l'une des parois de la grande
salle du chapitre de la cathédrale de Meaux (1); pour protéger des
entrées ou pour établir des marchés à couvert autour de certains grands
édifices civils.
[Illustration: Fig. 1.]
APPLICATION, s. f. On désigne par ce mot, en architecture, la
superposition de matières précieuses ou d'un aspect décoratif sur la
pierre, la brique, le moellon ou le bois. Ainsi on dit l'_application_
d'un enduit peint sur un mur; l'_application_ de feuilles de métal sur
du bois, etc. Dans l'antiquité grecque l'_application_ de stucs
très-fins et colorés sur la pierre, dans les temples ou les maisons,
était presque générale. À l'époque romaine on remplaça souvent ces
enduits assez fragiles par des tables de marbre, ou même de porphyre,
que l'on appliquait au moyen d'un ciment très-adhérent sur les parois
des murs en brique ou en moellon. Cette manière de décorer les
intérieurs des édifices était encore en usage dans les premiers siècles
du moyen âge en Orient, en Italie et dans tout l'Occident. Les mosaïques
à fond d'or furent même substituées aux peintures, sur les parements des
voûtes et des murs, comme plus durables et plus riches. Grégoire de
Tours cite quelques églises bâties de son temps, qui étaient décorées de
marbres et de mosaïques à l'intérieur, entre autres l'église de
Châlon-sur-Saône, élevée par les soins de l'évêque Agricola. Ces
exemples d'application de mosaïques, si communs en Italie et en Sicile,
sont devenus fort rares en France, et nous ne connaissons guère qu'un
spécimen d'une voûte d'abside décorée de mosaïques, qui se trouve dans
la petite église de Germigny-les-Prés, près de Saint-Benoît-sur-Loire,
et qui semble appartenir au Xe siècle. Depuis l'époque carlovingienne
jusqu'au XIIe siècle le clergé en France n'était pas assez riche pour
orner ses églises par des procédés décoratifs aussi dispendieux; il se
préoccupait surtout, et avec raison, de fonder de grands établissements
agricoles, de policer les populations, de lutter contre l'esprit quelque
peu désordonné de la féodalité. Mais pendant le XIIe siècle, devenu plus
riche, plus fort, possesseur de biens immenses, il put songer à employer
le superflu de ses revenus à décorer d'une manière somptueuse
l'intérieur des églises. De son côté, le pouvoir royal disposait déjà de
ressources considérables dont il pouvait consacrer une partie à orner
ses palais. L'immense étendue que l'on était obligé alors de donner aux
églises ne permettait plus de les couvrir à l'intérieur de marbres et de
mosaïques; d'ailleurs ce mode de décoration ne pouvait s'appliquer à la
nouvelle architecture adoptée; la peinture seule était propre à décorer
ces voûtes, ces piles composées de faisceaux de colonnes, ces arcs
moulurés. L'application de matières riches sur la pierre ou le bois fut
dès lors réservée aux autels, aux retables, aux jubés, aux tombeaux, aux
clôtures, enfin à toutes les parties des édifices religieux qui, par
leur dimension ou leur destination, permettaient l'emploi de matières
précieuses. Suger avait fait décorer le jubé de l'église abbatiale de
Saint-Denis par des applications d'ornements en bronze et de figures en
ivoire. Il est souvent fait mention de tombeaux et d'autels recouverts
de lames de cuivre émaillé ou d'argent doré. Avant la révolution de
1792, il existait encore en France une grande quantité de ces objets
(voy. TOMBEAUX) qui ont tous disparu aujourd'hui. Sur les dossiers des
stalles de cette même église de Saint-Denis, qui dataient du XIIIe
siècle, on voyait encore du temps de D. Doublet, au commencement du
XVIIe siècle, des applications de cuirs couverts d'ornements dorés et
peints. Les portes principales de la façade étaient revêtues
d'applications de lames de cuivre émaillées et d'ornements de bronze
doré (D. Doublet, t. 1, p. 240 et suiv. Paris, 1625).
Nos monuments du moyen âge ont été complètement dénaturés dans le
dernier siècle, et radicalement dévastés en 1793; nous ne voyons plus
aujourd'hui que leurs murs dépouillés, heureux encore quand nous ne leur
reprochons pas cette nudité. Le badigeon et la poussière ont remplacé
les peintures; des scellements arrachés, des coups de marteau sont les
seules traces indiquant les revêtements de métal qui ornaient les
tombes, les clôtures, les autels. Quant aux matières moins précieuses et
qui ne pouvaient tenter la cupidité des réformateurs, on en rencontre
d'assez nombreux fragments. Parmi les applications le plus fréquemment
employées depuis le XIIe siècle jusqu'à la renaissance, on peut citer le
verre, la terre cuite vernissée et les pâtes gaufrées. Les marbres
étaient rares dans le nord de la France pendant le moyen âge, et souvent
des verres colorés remplaçaient cette matière; on les employait alors
comme fond des bas-reliefs, des arcatures, des tombeaux, des autels, des
retables; ils décoraient aussi les intérieurs des palais. La
Sainte-Chapelle de Paris nous a laissé un exemple complet de ce genre
d'applications. L'arcature qui forme tout le soubassement intérieur de
cette chapelle contient des sujets représentant des martyrs; les fonds
d'une partie de ces peintures sont remplis de verres bleus appliqués sur
des feuilles d'argent et rehaussés à l'extérieur par des ornements
très-fins dorés. Ces verres d'un ton vigoureux, rendus chatoyants par la
présence de l'argent sous-apposé, et semés d'or à leur surface, jouent
l'émail. Toutes les parties évidées de l'arcature, les fonds des anges
sculptés et dorés qui tiennent des couronnes ou des encensoirs sont
également appliqués de verres bleus ou couleur écaille, rehaussés de
feuillages ou de treillis d'or. On ne peut concevoir une décoration d'un
aspect plus riche, quoique les moyens d'exécution ne soient ni
dispendieux ni difficiles. Quelquefois aussi ce sont des verres blancs
appliqués sur de délicates peintures auxquelles ils donnent l'éclat d'un
bijou émaillé. Il existe encore à Saint-Denis de nombreux fragments d'un
autel dont le fond était entièrement revêtu de ces verres blancs
appliqués sur des peintures presque aussi fines que celles qui ornent
les marges des manuscrits. Ces procédés si simples ont été en usage
pendant les XIIIe, XIVe et XVe siècles, mais plus particulièrement à
l'époque de saint Louis.
Quant aux applications de terres cuites vernissées, elles sont devenues
fort rares, étant surtout employées dans les édifices civils et les
maisons particulières; nous citerons cependant comme exemple une maison
en bois de Beauvais, de la fin du XVe siècle, dont tous les remplissages
de face sont garnis de terres cuites émaillées de diverses couleurs.
À partir du XIIe siècle, les applications de pâtes gaufrées se trouvent
fréquemment sur les statues et les parties délicates de l'architecture
intérieure. Ces applications se composaient d'un enduit de chaux
très-mince sur lequel, pendant qu'il était encore mou, on imprimait des
ornements déliés et peu saillants, au moyen d'un moule de bois ou de
fer. On décorait ainsi les vêtements des statues, les fonds de retables
d'autels (voy. RETABLE), les membres de l'architecture des jubés, des
clôtures; quelquefois aussi la menuiserie destinée à être peinte et
dorée; car il va sans dire que les gaufrures que l'on obtenait par ce
procédé si simple, recevaient toujours de la dorure et de la peinture
qui leur donnaient de la consistance et assuraient leur durée. Nous
présentons ici (1) un exemple tiré des applications de pâtes dorées qui
couvrent les arcatures du sacraire de la Sainte-Chapelle; cette gravure
est moitié de l'exécution, et peut faire voir combien ces gaufrures sont
délicates. Ce n'était pas seulement dans les intérieurs que l'on
appliquait ces pâtes; on retrouve encore dans les portails des églises
des XIIe et XIIIe siècles des traces de ces gaufrures sur les vêtements
des statues. À la cathédrale d'Angers, sur la robe de la Vierge du
portail nord de la cathédrale de Paris, des bordures de draperies sont
ornées de pâtes. Au XVe siècle l'enduit de chaux est remplacé par une
résine, qui s'est écaillée et disparaît plus promptement que la chaux.
Des restaurations faites à cette époque, dans la Sainte-Chapelle du
Palais, présentaient quelques traces visibles de gaufrures non-seulement
sur les vêtements des statues, mais même sur les colonnes, sur les nus
des murs; c'étaient de grandes fleurs de lis, des monogrammes du Christ,
des étoiles à branches ondées, etc.
Pendant les XIIe, XIIIe et XIVe siècles, on appliquait aussi, sur le
bois, du vélin rendu flexible par un séjour dans l'eau, au moyen d'une
couche de colle de peau ou de fromage; sur cette enveloppe, qui prenait
toutes les formes des moulures, on étendait encore un encollage gaufré
par les procédés indiqués ci-dessus; puis on dorait, on peignait, on
posait des verres peints par-dessous, véritables fixés que l'on
sertissait de pâtes ornées (voy. FIXÉ). Il existe encore dans le bas
côté sud du choeur de l'église de Westminster, à Londres, un grand
retable du XIIIe siècle exécuté par ces procédés; nous le citons ici
parce qu'il appartient à l'école française de cette époque, et qu'il a
dû être fabriqué dans l'Ile-de-France (voy. RETABLE). Le moine
Théophile, dans son _Essai sur divers arts_, chap. XVII, XVIII et XIX,
décrit les procédés employés au XIIe siècle pour appliquer les peaux de
de vélin et les enduits sur les bois destinés à orner les retables, les
autels, les panneaux. Il parait que du temps du moine Théophile on
appliquait des verres colorés par la cuisson sur les verres des vitraux,
de manière à figurer des pierres précieuses dans les bordures des
vêtements, sans le secours du plomb. Il n'existe plus, que nous
sachions, d'exemples de vitraux fabriqués de cette manière; il est vrai
que les vitraux du XIIe siècle sont fort rares aujourd'hui (voy.
_Theophili presb. et monac. Diversarum artium schedula_. Paris. 1843).
[Illustration: Fig. 1.]
APPUI, s. m. C'est la tablette supérieure de l'allége des fenêtres (voy.
ALLÉGE); on désigne aussi par _barres d'appui_ les pièces de bois ou de
fer que l'on scelle dans les jambages des fenêtres, et qui permettent de
s'accouder pour regarder à l'extérieur, lorsque ces fenêtres sont
ouvertes jusqu'au niveau du sol des planchers. Les barres d'appui ne
sont guère en usage avant le XVIe siècle, ou si elles existent, elles ne
sont composées que d'une simple traverse sans ornements. Par extension,
on donne généralement le nom d'appui à l'assise de pierre posée sous la
fenêtre dans les édifices religieux, militaires ou civils, quand même
ces fenêtres sont très-élevées au-dessus du sol. L'appui, dans les
édifices élevés du XIIIe au XVIe siècle, est toujours disposé de façon à
empêcher la pluie qui frappe contre les vitraux de couler le long des
parements intérieurs. Il est ordinairement muni à l'extérieur d'une
pente fortement inclinée, d'un larmier et d'une feuillure intérieure qui
arrête les eaux pénétrant à travers les interstices des vitraux et les
force de s'épancher en dehors (1). Quelquefois l'appui porte un petit
caniveau à l'intérieur, avec un ou deux orifices destinés à rejeter en
dehors les eaux de pluie ou la buée qui se forme contre les vitres.
Cette disposition, qui fait ressortir le soin que l'on apportait alors
dans les moindres détails de la construction, se trouve particulièrement
appliquée aux appuis des fenêtres des habitations. On remarque dans la
plupart des fenêtres des tours de la Cité de Carcassonne, qui datent de
la fin du XIIIe siècle, des appuis ainsi taillés (2). Dans les édifices
de l'époque romane du XIe au XIIe siècle ces précautions ne sont pas
employées; les appuis des fenêtres ne sont alors qu'une simple tablette
horizontale (3), comme dans les bas côtés de la nef de l'église de
Vézelay par exemple, ou taillée en biseau des deux côtés, extérieurement
pour faciliter l'écoulement des eaux, intérieurement pour laisser
pénétrer la lumière (4) (voy. FENÊTRE). Dans les églises élevées pendant
la première moitié du XIIIe siècle, les appuis forment souvent comme une
sorte de cloison mince sous les meneaux des fenêtres supérieures, dans
la hauteur du comble placé derrière le triforium sur les bas côtés;
telles sont disposées la plupart des fenêtres hautes des édifices
bourguignons bâtis de 1200 à 1250, et notamment celles de l'église de
Semur en Auxois (5), dont nous donnons ici un dessin. Ces appuis, contre
lesquels est adossé le comble des bas côtés doubles du choeur, n'ont pas
plus de 0m,15 d'épaisseur. Ces sortes d'appuis sont fréquents aussi en
Normandie, et la nef de l'église d'Eu nous en donne un bel exemple.
Dans l'architecture civile des XIIe et XIIIe siècles les appuis des
fenêtres forment presque toujours un bandeau continu, ainsi qu'on peut
le voir dans un grand nombre de maisons de Cordes, de Saint-Antonin
(Tarn-et-Garonne), sur les façades de la maison romane de Saint-Gilles
(6), de la maison des Musiciens à Reims, des charmantes maisons de la
ville de Cluny. Plus tard, au XIVe siècle, les appuis font une saillie
portant larmier au droit de chaque fenêtre (7), et sont interrompus
parfois sous les trumeaux. Dans les édifices civils et habitations du
XVe siècle, ils ne portent plus de larmiers et forment une avance
horizontale profilée à ses extrémités, de manière à offrir un accoudoir
plus facile aux personnes qui se mettent à la fenêtre; nous en donnons
ici un exemple tiré de l'hôtel de ville de Compiègne (8). Cette
disposition ne se perd que vers la fin du XVIe siècle, lorsque les
appuis en pierre sont remplacés, dans l'architecture civile, par des
barres d'appui en fer façonné. Les fenêtres des maisons de bois qui
existent encore des XVe et XVIe siècles sont munies d'appuis qui se
relient aux poteaux montants, et donnent de la force et de la résistance
au pan-de-bois par une suite de petites croix de Saint-André qui
maintiennent le dévers. Les pans-de-bois de face des maisons du XVIe
siècle ne sont, la plupart du temps, que des claires-voies formées de
poteaux dont l'aplomb n'est conservé qu'au moyen de la combinaison de la
charpente des appuis. Voici un exemple d'appuis tiré d'une maison bâtie
pendant le XVe siècle à Rouen, rue Malpalu (9). Au commencement du XVIe
siècle, ce système de croix de Saint-André appliqué aux appuis est
généralement abandonné; les appuis ne sont portés au-dessus des
sablières que par des petits potelets verticaux souvent enrichis de
sculptures, entre lesquels sont disposés des panneaux plus ou moins
ornés; en voici un exemple (10) provenant d'une autre maison de Rouen,
rue de la Grosse-Horloge (voy. MAISONS). On donne aussi le nom d'appui à
la tablette qui couronne les balustrades pleines ou à jour (voy.
BALUSTRADES).
[Illustration: Fig. 1 et 2.]
[Illustration: Fig. 3 et 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6 et 7.]
[Illustration: Fig. 9 et 10.]
ARBALÉTRIER, s. m. Pièce de charpente inclinée qui, dans une ferme,
s'assemble à son extrémité inférieure sur l'entrait, et à son extrémité
supérieure au sommet du poinçon. Les arbalétriers forment les deux côtés
du triangle dont l'entrait est la base. Dans les charpentes anciennes
apparentes ou revêtues à l'intérieur de planches ou bardeaux formant un
berceau, les arbalétriers portent les épaulements qui reçoivent les
courbes sous lesquelles viennent se clouer les bardeaux (1).
L'arbalétrier porte les pannes recevant les chevrons dans les charpentes
antérieures et postérieures à l'époque dite gothique; mais pendant les
XIIe, XIIIe, XIVe, XVe et même XVIe siècles, les arbalétriers sont dans
le même plan que les chevrons et portent comme eux la latte ou la volige
qui reçoit la couverture. Dans les charpentes non apparentes des grands
combles au-dessus des voûtes l'arbalétrier est quelquefois roidi par un
_sous-arbalétrier_ destiné à l'empêcher de fléchir dans sa plus longue
portée (2). Dans les demi-fermes à pente simple qui couvrent les bas
côtés des églises, et en général qui composent les combles à un seul
égout, l'arbalétrier est la pièce de bois qui forme le grand côté du
triangle rectangle (3) (voy. FERME, CHARPENTE).
[Illustration: Fig. 1, 2 et 3.]
ARBRE, s. m. On a souvent donné ce nom au poinçon des flèches en
charpente (voy. POINÇON, FLÈCHE).
ARBRE DE JESSÉ (voy. JESSÉ).
ARC, s. m. C'est le nom que l'on donne à tout assemblage de pierre, de
moellon, ou de brique, destiné à franchir un espace plus ou moins grand
au moyen d'une courbe. Ce procédé de construction, adopté par les
Romains, fut développé encore par les architectes du moyen âge. On
classe les arcs employés à cette époque en trois grandes catégories: les
arcs plein cintre, formés par un demi-cercle (1); les arcs surbaissés ou
en _anse de panier_, formés par une demi-ellipse, le grand diamètre à la
base (2); les arcs _en ogive_ ou en _tiers-point_, formés de deux
portions de cercle qui se croisent et donnent un angle curviligne plus
ou moins aigu au sommet, suivant que les centres sont plus ou moins
éloignés l'un de l'autre (3). Les arcs plein cintre sont quelquefois
_surhaussés_ (4) ou _outre-passés_, dits alors en fer à cheval (5), ou
_bombés_ lorsque le centre est au-dessous de la naissance (6).
Jusqu'à la fin du XIe siècle, l'arc plein cintre avec ses variétés est
seul employé dans les constructions, sauf quelques rares exceptions.
Quant aux arcs surbaissés que l'on trouve souvent dans les voûtes de
l'époque romane, ils ne sont presque toujours que le résultat d'une
déformation produite par l'écartement des murs (7), ayant été construits
originairement en plein cintre. C'est pendant le XIIe siècle que l'arc
formé de deux portions de cercle (et que nous désignerons sous le nom
d'arc en tiers-point, conformément à la dénomination admise pendant les
XVe et XVIe siècles), est adopté successivement dans les provinces de
France et dans tout l'Occident. Cet arc n'est en réalité que la
conséquence d'un principe de construction complétement nouveau (voy.
CONSTRUCTION, OGIVE, VOUTES); d'une combinaison de voûtes que l'on peut
considérer comme une invention moderne, rompant tout à coup avec les
traditions antiques. L'arc en tiers-point disparaît avec les dernières
traces de l'art du moyen âge, vers le milieu du XVIe siècle; il est
tellement inhérent à la voûte moderne qu'on le voit longtemps encore
persister dans la construction de ces voûtes; alors que déjà, dans
toutes les autres parties de l'architecture, les formes empruntées à
l'antiquité romaine étaient successivement adoptées. Les architectes de
la renaissance voulant définitivement exclure cette forme d'arcs, n'ont
trouvé rien de mieux que d'y substituer, comme à Saint-Eustache de
Paris, vers la fin du XVIe siècle, des arcs en ellipse, le petit
diamètre à la base; courbe désagréable, difficile à tracer, plus
difficile à appareiller, et moins résistante que l'arc en tiers-point.
Outre les dénominations précédentes qui distinguent les variétés d'arcs
employés dans la construction des édifices du moyen âge, on désigne les
arcs par des noms différents, suivant leur destination; il y a les
_archivoltes_, les _arcs-doubleaux_, les _arcs-ogives_, les _arcs
formerets_, les _arcs-boutants_, les _arcs de décharge_.
[Illustration: Fig. 1, 2 et 3.]
[Illustration: Fig. 4, 5, 6 et 7.]