1339. SIÉGE DE CAMBRAI PAR ÉDOUARD III ET SES ALLIÉS (§§ 75 à
77).
Édouard III, dont les forces réunies à celles de ses alliés s'élèvent
à vingt mille hommes, quitte Malines[311] et vient à Bruxelles parler
au duc de Brabant. Le roi anglais et les seigneurs allemands entrent
seuls dans la ville; l'armée reste campée hors des murs. Sommé une
dernière fois par les confédérés, le duc de Brabant promet de les
rejoindre devant Cambrai à la tête de douze cents heaumes et de vingt
mille hommes des villes de son duché. De Bruxelles, Édouard III va
coucher à Nivelles; puis il se rend à Mons où il passe deux jours en
compagnie du jeune comte et de Jean de Hainaut. On est au mois de
septembre, et l'on a partout fait la moisson. L'armée anglo-allemande
se répand dans les villages de la marche de Valenciennes où elle
trouve vivres en abondance. Les Anglais consentent à payer ce qu'ils
prennent; quant aux Allemands, ils ont l'habitude d'être, à moins
qu'on ne leur force la main, d'assez mauvais payeurs. P. 158, 159, 448
et 449.
[311] _Première rédaction._ Vilvorde.
Après avoir couché la veille et dîné au prieuré de Saint-Saulve, à une
demi-lieue de Valenciennes, Édouard III fait son entrée dans cette
ville par la porte Montoise au milieu d'un imposant cortége de
seigneurs anglais et allemands, tandis que son armée prend le chemin
d'Haspres et va camper sur les bords de la rivière d'Escaillon. Le
comte Guillaume, escorté de son oncle, des seigneurs d'Enghien, de
Fagnolles, de Verchain et de Havré, conduit par la main le roi anglais
jusqu'à l'hôtel appelé la Salle, décoré pour la circonstance avec une
magnificence vraiment royale. Au moment où le cortége monte les degrés
du perron de cet hôtel, l'évêque de Lincoln somme à haute voix et par
trois fois, au nom de son maître, Guillaume d'Auxonne, évêque de
Cambrai, d'ouvrir les portes de cette ville impériale au roi
d'Angleterre, vicaire de l'empereur, sous peine de forfaiture[312]. Le
comte de Hainaut, sommé à son tour et avec le même cérémonial, répond
qu'il est tout prêt à faire son devoir de vassal de l'Empire, et que
dans trois jours il aura rejoint son beau-frère à la tête de cinq
cents lances. Après un souper somptueux, Édouard III passe la nuit
dans l'hôtel de la Salle réservé exclusivement pour son usage par le
comte et la comtesse de Hainaut installés à l'hôtel de Hollande. Le
lendemain, le comte Guillaume fait la conduite au roi anglais jusqu'à
Haspres; et les deux beaux-frères rendent visite sur le chemin à
Jeanne de Valois, douairière de Hainaut, leur mère et belle-mère, qui
habite l'abbaye de Fontenelles. D'Haspres où il reste deux jours,
Édouard III vient camper avec son armée à Naves[313], à Iwuy et à
Cagnoncles, et il met le siége devant Cambrai. P. 160 et 161, 450 à
452.
[312] Guillaume d'Auxonne répondit à cette sommation en lançant
l'interdit contre le comte de Hainaut. Au mois d'octobre 1339,
appel fut fait au Saint-Siége par Guillaume, comte de Hainaut, de
l'interdit lancé contre lui par Guillaume d'Auxonne, évêque de
Cambrai, à la suite de l'entrée à main armée du comte en
Cambrésis. (Arch. du Nord, 4e cartulaire de Hainaut, p. 20.)
[313] Naves, Iwuy et Cagnoncles sont des communes limitrophes
situées dans le dép. du Nord, arr. et c. de Cambrai.
Le second jour du siége, le comte de Hainaut et Jean de Hainaut son
oncle, à la tête de cinq cents lances, rejoignent les assiégeants; et
quatre jours après l'arrivée de ce renfort, le duc de Brabant se rend
à son tour devant Cambrai avec neuf cents lances, sans compter les
autres armures de fer; il va occuper, du côté de l'Ostrevant, la rive
gauche de l'Escaut sur lequel les assiégeants jettent un pont pour
assurer les communications entre leurs différents corps d'armée. Les
coureurs anglais et allemands portent tous les jours le ravage dans le
Cambrésis, et ils poussent leurs incursions jusqu'à Bapaume; mais les
habitants du pays, qui ont été prévenus à temps, ont eu soin de mettre
leurs biens en sûreté dans les forteresses, et ils ont chassé devant
eux leur bétail jusqu'en Artois et en Vermandois. Jean de Hainaut,
Gautier de Mauny, le seigneur de Fauquemont et quelques chevaliers de
Gueldre et de Juliers ont coutume de faire ensemble leurs chevauchées.
Un jour ces seigneurs, à la tête de cinq cents lances et de mille
autres combattants, vont livrer un assaut terrible au château
d'Oisy[314] en Cambrésis; mais ce château est si bien défendu par la
garnison, placée sous les ordres du seigneur de Coucy, que les
assaillants sont repoussés après avoir perdu beaucoup de monde. P. 161
et 161, 452 à 454.
[314] Nord, arr. et c. Valenciennes. Jean de Hordain était
châtelain d'Oisy en 1339 et 1340. Voyez De Camps, portef. 83,
f{o} 346 v{o}. Le château et la châtellenie d'Oisy appartenaient
à Enguerrand de Coucy, fils de Guillaume, sire de Coucy, d'Oisy
et de Montmirail. En 1342, le sire de Coucy fit assiette de 600
livres de terre dues à son oncle Enguerrand, vicomte de Meaux,
_en la terre de Cambresis, en la chastellerie d'Oisi_,... sur ses
bois d'Havraincourt (Havrincourt). (Arch. de l'Empire, JJ 74, p.
663.)
Un samedi matin, le valeureux Guillaume de Hainaut met pied à terre et
vient avec ses gens assaillir la porte de Saint-Quentin. Le comte est
suivi de ses maréchaux Érard de Verchain et Henri d'Antoing ainsi que
des seigneurs de Ligne, de Gommegnies, de Briffœuil, de la Hamaide,
de Mastaing, de Roisin, de Berlaimont et de Henri d'Houffalize. La
porte est défendue par des gens d'armes de Savoie sous les ordres
d'Amé de Genève et du Galois de la Baume. L'attaque de cette porte est
signalée par un combat singulier qui se livre en dedans des barrières
entre Jean Chandos, alors écuyer, et un vaillant écuyer nommé Jean de
Saint-Dizier[315]. Après une lutte acharnée, Jean de Hainaut reste
maître de l'espace compris entre la porte de Saint-Quentin et les
barrières. Pendant ce temps, le duc de Gueldre, le marquis de Juliers,
les seigneurs d'Enghien et de Blankenheim livrent un assaut non moins
terrible à une autre porte, appelée la porte Robert, défendue par
Louis de Châlon et le seigneur de Vinay, tandis que Jean de Hainaut,
Thierry de Walcourt et le seigneur de Fauquemont s'efforcent d'enlever
la porte de Douai confiée à la garde de Thibaud de Moreuil et du
seigneur de Roye. Le comte Raoul d'Eu amène fort à propos un renfort
de deux cents lances qui pénètre dans Cambrai par la porte du côté de
Bapaume et relève le courage des assiégés. Après un assaut qui a duré
tout un jour, les assiégeants prennent le parti de se retirer. Sur ces
entrefaites, le jeune marquis Guillaume de Namur vient avec deux cents
lances servir sous la bannière de Guillaume de Hainaut. Le comte
de Hainaut et le marquis de Namur déclarent, du reste, l'un et
l'autre, que s'ils font cause commune avec Édouard III sur le
territoire de l'Empire, ils n'en sont pas moins décidés à aller
rejoindre Philippe de Valois aussitôt que le roi anglais mettra le
pied en France. P. 162 et 163, 454 et 455.
[315] «Josseran, sire de Saint-Disier,» figure dans l'établie des
frontières de Flandre et de Hainaut sous Mahieu de Trie du 28
juin au 27 octobre 1339. (Bibl. imp., De Camps, portef. 83, f{o}
445 v{o}.)