1337. ÉDOUARD III ENVOIE DES AMBASSADEURS SUR LE CONTINENT
CHARGÉS DE NÉGOCIER UNE ALLIANCE CONTRE LA FRANCE AVEC LE COMTE
DE HAINAUT, LE DUC DE BRABANT ET LES SEIGNEURS DES MARCHES
D'ALLEMAGNE (§§ 56 à 58).
_Première rédaction._--Robert d'Artois redouble d'efforts pour décider
Édouard III à revendiquer le trône de France. Le roi d'Angleterre
prendrait volontiers ce parti, mais il est retenu par la crainte
d'encourir le blâme en faisant valoir ses prétentions, sans être prêt
à les appuyer par la force des armes; or il ne s'estime pas assez fort
pour engager seul la lutte contre le grand royaume de France: il
éprouve le besoin de s'assurer auparavant, à prix d'or, l'alliance de
seigneurs puissants en l'Empire et ailleurs. Il consulte son
conseil sans le concours duquel il ne veut rien entreprendre. P. 119.
L'opinion du conseil est qu'on envoie des ambassadeurs sur le
continent demander l'avis du comte de Hainaut et de Jean de Hainaut
son frère, qui doivent inspirer pleine confiance et sont plus en
mesure que tous autres d'indiquer les seigneurs dont il convient de
rechercher l'alliance. P. 120.
Édouard III charge de cette mission l'évêque de Lincoln et lui adjoint
deux chevaliers bannerets et deux clercs en droit. Les envoyés anglais
débarquent à Dunkerque, traversent la Flandre et arrivent à
Valenciennes où ils sont comblés de fêtes et d'honneurs par Guillaume,
comte de Hainaut, et par Jean son frère. Le comte de Hainaut souffre
tellement de la goutte et de la gravelle qu'il garde le lit sans
pouvoir faire aucun mouvement. Les ambassadeurs anglais exposent
l'objet de leur mission. P. 120 et 121.
Après avoir donné des éloges à la prudence du roi d'Angleterre, le
comte de Hainaut déclare qu'il a plus à cœur le succès d'Édouard III,
son gendre, que celui de Philippe de Valois, son beau-frère. Ce
dernier a mis obstacle au mariage de l'une des filles du comte, nommée
Isabelle, avec le jeune duc de Brabant à qui il a fait épouser sa
propre fille[234]. Guillaume de Hainaut ajoute que son gendre peut
compter entièrement sur son aide ainsi que sur celle de Jean son
frère, mais Hainaut est un bien petit pays en comparaison du royaume
de France, et l'Angleterre est bien loin pour défendre un allié.
L'évêque de Lincoln prie alors Guillaume de Hainaut d'indiquer les
seigneurs dont il convient de rechercher l'alliance. Le comte nomme le
duc de Brabant, l'évêque de Liége, le duc de Gueldre, l'archevêque de
Cologne, le marquis de Juliers, Arnoul de Blankenheim et le seigneur
de Fauquemont. Ce sont seigneurs très-belliqueux, qui peuvent bien
mettre sur pied huit on dix mille armures de fer, pourvu qu'on les
paye à proportion, car ils vendent volontiers leurs services. Si
jamais le roi d'Angleterre parvient à acheter l'alliance de ces
seigneurs, il pourra bien aller au delà de l'Oise offrir la bataille à
Philippe de Valois. P. 121 à 123.
[234] Marie, fille de Philippe de Valois et de Jeanne de
Bourgogne, mariée à Jean de Brabant, duc de Limbourg.
Les ambassadeurs anglais retournent dans leur pays et reviennent
à Londres où ils rapportent à leur souverain les conseils du comte de
Hainaut et de Jean de Hainaut. Édouard III reçoit ces conseils avec
déférence et se promet bien d'en faire son profit. P. 123.
Pendant ce temps, on apprend en France que le roi anglais se dispose à
réclamer ses droits à la couronne. A cette nouvelle, Philippe de
Valois suspend les préparatifs de la croisade qu'il a entreprise; il
contremande les officiers et les approvisionnements jusqu'à ce qu'il
sache sur quel pied le roi d'Angleterre veut danser[235]. P. 123.
[235] Les hostilités sourdes commencèrent entre le roi de France
et le roi d'Angleterre dès le mois de juin 1337. (V. de Camps,
portef. 83, f{o} 190.) Par un mandement en date du 24 août 1337,
Philippe de Valois enjoint à Gérard de Picquigny, à Bernard de
Moreuil et à Renaud d'Aubigny de convoquer les gens d'armes de
l'Amiénois dans la quinzaine de la Nativité pour repousser les
ennemis qui inquiètent les frontières sans avoir déclaré la
guerre (de Camps, portef. 83, f{o} 156). Par acte donné à Gisors
le 7 mai 1337, Philippe de Valois décide que tous les bourgeois,
marchands ou non marchands domiciliés en la ville et les
faubourgs de Paris, «nous feront en ceste présente année, en
nostre host que nous entendons à avoir à l'ayde de Dieu, ayde de
quatre cens hommes de cheval par l'espace de six mois, se nous
alons ou dit host en nostre propre personne, ou par l'espace de
quatre mois, se nous n'y alons et la guerre estoit,» laquelle
aide cesserait «se il avenoit par aventure que il convenist que
le commun des gens de la dicte ville alast ou dit host par
manière de arrère ban ou autrement.» Arch. de l'Empire, JJ 70, p.
371, f{o} 179.
Édouard III, de son côté, renvoie à Valenciennes l'évêque de Lincoln
en compagnie de dix chevaliers bannerets et de quarante chevaliers
jeunes bacheliers pour traiter avec les seigneurs de l'Empire indiqués
par le comte de Hainaut et pour faire tout ce que Guillaume et Jean de
Hainaut conseilleront. Plusieurs des bacheliers, qui font partie de
cette ambassade, ont un œil recouvert d'un morceau d'étoffe, ce qui
les empêche de voir de cet œil. On dit qu'ils ont juré aux dames de
leur pays qu'ils ne verront jamais que d'un œil, tant qu'ils n'auront
pas accompli en France certaines prouesses dont ils refusent de
s'ouvrir à ceux qui les interrogent. P. 124.
Ces ambassadeurs vont d'abord, d'après le conseil du comte de Hainaut,
trouver le duc de Brabant. Celui-ci promet de soutenir dans son pays
le roi ainsi que les gens d'armes d'Angleterre et de leur livrer
passage; il promet même, moyennant une certaine somme de florins, que
si Édouard III, son cousin germain, a soin de défier en bonne
forme le roi de France et parvient à acquérir l'alliance des seigneurs
d'Allemagne ci-dessus nommés, il défiera lui aussi Philippe de Valois
et marchera sous la bannière d'Angleterre à la tête de mille armures
de fer. Cette promesse fut bien mal tenue, comme on le verra ci-après.
P. 125.
Les envoyés anglais reviennent à Valenciennes où l'or et l'argent du
roi d'Angleterre attirent le duc de Gueldre, beau-frère d'Édouard III,
le marquis de Juliers, qui vient tant en son nom qu'au nom de son
frère Valerand, archevêque de Cologne, enfin le seigneur de
Fauquemont. Ces seigneurs, gagnés par l'appât de grosses sommes de
florins promises à eux et à leurs gens, s'engagent à se joindre au roi
d'Angleterre pour défier le roi de France et à servir leur allié à la
tête d'un certain nombre de gens d'armes à heaumes couronnés. On
parlait alors de heaumes couronnés; et les seigneurs ne tenaient nul
compte des gens d'armes, s'ils n'étaient à heaumes et à timbres
couronnés. Aujourd'hui, on a changé tout cela; et l'on ne parle que de
lances, de glaives et de jacques. P. 125 et 126.
Les envoyés anglais essayent de gagner Adolphe [de la Marck], évêque
de Liége, mais toutes leurs démarches restent infructueuses. Cet
évêque ne veut rien entendre ni rien entreprendre contre le roi de
France dont il est devenu l'homme lige et à qui il a prêté serment de
foi et hommage. Aucune tentative n'est faite auprès du roi de Bohême
que le mariage de Bonne, sa fille, avec Jean, duc de Normandie,
attache par un lien si étroit au parti du roi de France. P. 126.
_Seconde rédaction._--Édouard III réunit à Londres un grand parlement;
Robert d'Artois y expose les droits du roi d'Angleterre à la Couronne
de France. P. 359.
L'opinion du parlement est qu'avant de prendre une résolution
définitive il importe de sonder les dispositions et de savoir l'avis
du comte de Hainaut, de Jean de Hainaut, du duc de Brabant et du comte
de Gueldre. En conséquence, Édouard III députe vers ces princes les
seigneurs de Beauchamp, de Percy, de Stafford et de Cobham. P. 360 et
361.
Arrivés à l'Écluse en Flandre, les envoyés du roi d'Angleterre se
dirigent d'abord vers le Hainaut et viennent à Valenciennes où ils se
logent sur le marché, chacun dans un hôtel différent. Ils se rendent
ensuite à la Salle, résidence du comte de Hainaut auquel ils
soumettent l'objet de leur mission. P. 361 et 362.
Le comte de Hainaut promet son alliance aux ambassadeurs d'Angleterre
et leur conseille d'acquérir à tout prix celle du duc de Brabant, du
comte de Gueldre, du pays de Flandre et de Louis de Bavière, empereur
d'Allemagne. P. 367.
C'est que les messagers d'Édouard III arrivent dans un moment où le
comte de Hainaut a plusieurs raisons d'être fort mal disposé envers le
roi de France. D'abord, celui-ci a empêché le mariage d'Isabelle,
fille du comte, avec le fils aîné du duc de Brabant auquel il a fait
épouser sa propre fille. Puis, ayant appris que Guillaume de Hainaut
vient d'acheter le château de Crèvecœur sur la frontière du Cambrésis
et du Hainaut ainsi que le château d'Arleux en Palluel aux confins du
pays de Douai et de l'Ostrevant, Philippe de Valois a fait rompre le
marché et au moyen d'une surenchère a acheté pour son propre compte
ces deux châteaux qu'il a donnés au duc de Normandie, son fils[236].
Depuis lors, le comte de Hainaut ne cherche qu'une occasion de se
venger de ces mauvais procédés. P. 365 et 366.
[236] Un échange fut fait à Paris, en août 1337 «_pour le profit
de Jehan de France, duc de Normandie_, du chastel et de la
chastellenie de Chauny-sur-Oise appartenant au roy de France
contre _les chastiaus de Crievecuer et de Alleus et la
chastellenie de Cambrai avecques leurs appartenances_ appartenant
à nostre chère et feale cousine Beatrix de Saint-Pol, dame de
Neele.» (Arch. de l'Empire JJ 70, p. 322, f{o} 146.) Béatrix de
Saint-Pol était mariée à Jean de Nesles, sire d'Offémont.
Après avoir passé six jours à Valenciennes, les envoyés anglais vont à
Leeuw trouver le duc de Brabant, cousin germain d'Édouard III, qui se
reconnaît tenu par les obligations de la parenté de faire tout ce que
voudra le roi d'Angleterre. A la suite d'un voyage dans le comté de
Gueldre, les ambassadeurs d'Angleterre obtiennent le même engagement
du souverain de ce comté. Ils retournent alors auprès d'Édouard III
auquel ils rendent compte du résultat de leur mission. P. 368.
Sur ces entrefaites, Philippe de Valois est informé des prétentions et
des menées du roi d'Angleterre. Il s'en préoccupe assez peu, car il
n'estimait guère alors les Anglais et leur puissance. Toutefois, il
renonce à ses projets de croisade; et après dispense et même sur
l'ordre exprès du saint-père, les préparatifs faits à Marseille, à
Aigues-Mortes, à Narbonne, et à Lattes reçoivent une autre
destination. P. 368.
Le roi d'Angleterre, d'après l'avis de ses conseillers, dépêche
vers Louis de Bavière, empereur d'Allemagne, l'évêque de Lincoln,
Richard de Stafford, les seigneurs de la Ware et de Multon. Ces
envoyés s'embarquent au havre de la Tamise à Londres, débarquent à
Dordrecht en Hollande, où ils se reposent deux jours, et se rendent à
Coblenz auprès de l'empereur et de Marguerite de Hainaut, impératrice
d'Allemagne. P. 369 et 370.
Louis de Bavière, qui n'aime pas le roi de France, promet son alliance
aux messagers d'Édouard III et les charge d'inviter leur maître à le
venir voir en Allemagne. Le marquis des Meissen et d'Osterland, le
marquis de Brandebourg, les archevêques de Mayence et de Cologne, font
les mêmes promesses qui sont rapportées au roi d'Angleterre par ses
ambassadeurs. P. 369.
Le comte Louis de Flandre se tient alors à Gand. Le roi de France lui
recommande instamment de se faire aimer des Flamands, ce à quoi le
comte fait ce qu'il peut, et de bien garder les côtes de Flandre à
l'encontre des Anglais. Ce Louis de Flandre est bon et loyal
Français[237]. Il aime beaucoup, et pour de bonnes raisons, le roi
Philippe de Valois qui l'a réintégré les armes à la main dans le comté
de Flandre, après avoir battu les Flamands à Cassel. P. 369.
[237] Un traité d'alliance offensive et défensive fut conclu en
l'abbaye du Moncel lez Pont Sainte-Maxence, le 16 août 1337 entre
Philippe de Valois et Louis, comte de Flandre, de Nevers et de
Réthel, «considerans la bonne voulenté qu'il (le comte de
Flandre) a nous servir en nostre presente guerre qui est en
apparent encontre le roy d'Engleterre, le Bavaire (l'empereur
Louis de Bavière), leurs complices et leurs adherens.» Arch. de
l'Empire, JJ 70, p. 337 et p. 207.
Le roi d'Angleterre apprend que le comte de Flandre arme des pirates
et écumeurs de mer qui infestent les côtes de son royaume et
s'emparent des navires isolés qu'ils rencontrent; il fait donner la
chasse à ces écumeurs. De plus, Édouard III défend d'exporter des
laines anglaises en Flandre, afin que les Flamands ne puissent
fabriquer de drap faute de matière première. Cette défense ruine les
Flamands qui vivent de l'industrie du tissage: ils émigrent en
Hainaut, en Artois et en Cambrésis et sont réduits à la mendicité. Le
roi d'Angleterre leur fait savoir qu'il ne leur rendra leur gagne-pain
que s'ils consentent à entrer dans son alliance. Il y a des Flamands
qui sont favorables à cette alliance, car leur pays a plus d'avantages
à en retirer que de celle de la France. Mais le comte de Flandre
s'oppose à toutes les propositions qui sont faites dans l'intérêt
général, en tant qu'elles sont contraires à la Couronne de France. P.
370.
Les deux rois ne se sont encore adressé aucun défi; il n'y a que des
bruits et des soupçons de guerre. Le roi d'Angleterre, comte de
Ponthieu de par sa mère et grand feudataire en Gascogne et en
Normandie, hésite, malgré les excitations de Robert d'Artois, à
renvoyer son hommage et à défier le roi de France. P. 370 et 371.
A l'instigation du roi de Bohême, du duc de Lorraine, des comtes de
Bar et de Namur, de Jeanne de Valois, comtesse de Hainaut, de la
comtesse de Soissons, femme de Jean de Hainaut, de la dame de
Varenne[238] sœur du comte de Bar, mariée en Angleterre au comte de
Pembroke, qui craignent de voir éclater la guerre entre leurs parents
des deux pays, le pape d'Avignon Benoît XII envoie deux cardinaux à
Paris en leur donnant mission de s'entremettre pour le maintien de la
paix entre les rois de France et d'Angleterre. Grâce aux démarches et
sur les pressantes instances de ces légats, il est convenu qu'un
certain nombre d'ambassadeurs, tant d'un pays que de l'autre, se
réuniront à Valenciennes avec pleins pouvoirs de régler, après avoir
pris l'avis du comte de Hainaut, les différends des deux rois. P. 371.
[238] Jeanne, mariée à Jean de Varenne, comte de Sussex, sœur
d'Édouard Ier, comte de Bar, mort dans l'île de Chypre à
Famagouste en 1337.
Les évêques de Lincoln et de Durham se rendent à Valenciennes, de la
part du roi d'Angleterre, en compagnie de dix chevaliers bannerets et
de dix simples chevaliers. Le comte de Hainaut fait Guillaume son fils
chevalier, à la Salle, en présence de ces seigneurs; grandes fêtes et
joutes à cette occasion. Le fils du comte se marie bientôt après à
Jeanne, fille aînée du duc Jean de Brabant. P. 371 et 372.
Cependant, on attend en vain les délégués que Philippe de Valois a
promis d'envoyer à Valenciennes. Le comte de Hainaut, à la prière des
ambassadeurs anglais, charge la comtesse sa femme et Jean de Hainaut
son frère de se rendre auprès du roi de France pour lui rappeler sa
promesse et le prier de la mettre à exécution. Philippe de Valois
déclare à la comtesse de Hainaut sa sœur et au seigneur de
Beaumont qu'après avoir consulté à plusieurs reprises les conseillers
en qui il a le plus de confiance, il est décidé, toute réflexion
faite, à n'envoyer personne à Valenciennes et à ne point entrer en
pourparlers avec les Anglais. En consentant à se faire représenter
dans une conférence où devrait être débattue la question en litige, il
donnerait lieu de supposer qu'il ne considère pas les prétentions de
son adversaire comme dépourvues de fondement. Cette réponse est
transmise aux envoyés du roi d'Angleterre qui prient alors le comte de
Hainaut de mander à Valenciennes, tant en son nom qu'au leur, les
seigneurs de l'Empire dont il importe de se ménager l'alliance. P. 373
et 374.
Les comtes de Gueldre et de Mons, les marquis de Juliers et de
Brandebourg, l'archevêque de Cologne, les seigneurs de Fauquemont, de
Duvenvoorde et de Blankenheim, le seigneur de Cuyk de la part du duc
de Brabant se rendent à l'invitation qui leur est adressée et viennent
à Valenciennes où ils restent trois semaines. Les princes et seigneurs
d'Allemagne expriment le vœu qu'Édouard III passe la mer et débarque
à Anvers, afin qu'ils puissent le voir et s'entendre avec lui. P. 377.
_Troisième rédaction._--Robert d'Artois ne cesse d'exhorter Édouard
III à revendiquer le trône de France. Le roi d'Angleterre a trois
avantages qui doivent assurer le succès de cette revendication.
D'abord, il a de bonnes finances; puis, son peuple est remuant et
belliqueux. Enfin, il trouvera sur le continent des alliés prêts à le
seconder, car les Allemands ne désirent rien tant que d'avoir un
prétexte de guerroyer contre la France, pour abattre le grand orgueil
de ce pays et se partager ses richesses. Bientôt même Robert d'Artois
parvient à déterminer dans ce sens un mouvement de l'opinion
populaire. P. 357 à 359.
Édouard III convoque un parlement solennel au palais de Westminster.
La plus grande salle de ce palais est remplie de prélats, de nobles et
de conseillers des bonnes villes. On fait asseoir les assistants sur
des escabeaux, afin qu'ils puissent voir plus à l'aise le roi qui
siége sur son trône avec les vêtements royaux, la couronne sur la tête
et le sceptre en main. Deux degrés plus bas se tiennent les prélats,
comtes et barons, et encore un degré au-dessous plus de six cents
chevaliers. Sur ce dernier rang siégent aussi les représentants des
cinq ports, des cités et bonnes villes d'Angleterre. Un clerc,
licencié en droit canon et civil, qui sait le latin, le français et
l'anglais, prononce en anglais, pour être mieux compris de tout le
monde, un discours dont la teneur a été concertée à l'avance entre
lui, le roi d'Angleterre et Robert d'Artois. Henri de Lancastre,
chargé de répondre au nom du parlement, conseille d'envoyer des
ambassadeurs sur le continent pour demander l'avis du comte de Hainaut
et de Jean de Hainaut. Le parlement se réunira de nouveau au retour de
ces ambassadeurs et prendra une décision d'après la réponse qu'ils
transmettront. P. 359 et 360.
L'évêque de Lincoln, l'évêque élu d'Oxford, docteur en droit canon et
civil, maître Robert Weston, Renaud de Cobham et Richard de Stafford
sont chargés de cette ambassade. P. 361.
Ces ambassadeurs s'embarquent à Douvres et abordent à Wissant; ils se
rendent de là à Valenciennes, en passant par Alquines, Thérouanne,
Aire, Béthune, Lens et Douai. Arrivés à Valenciennes, ils se logent
dans trois hôtels situés sur le Marché, au Cygne, à la Bourse et à la
Clef. Ils vont à l'hôtel de Hollande rendre visite au comte de
Hainaut, alors alité et très-souffrant de la goutte. L'évêque de
Lincoln expose au comte au nom de ses collègues l'objet de leur
mission. Le comte de Hainaut, après avoir entendu l'évêque de Lincoln,
frappe de la main sur la poignée de son fauteuil, réfléchit un moment
et finit par demander aux envoyés du roi d'Angleterre trois ou quatre
jours pour leur répondre. Ces quatre jours se passent en fêtes, dîners
et réceptions. Le cinquième jour, Guillaume de Hainaut déclare aux
messagers d'Édouard III que le bon droit est du côté de leur maître
pour le succès duquel il fait des vœux, qu'il est prêt à aider son
gendre et à lui prêter main forte en toutes choses, mais qu'avant de
rien entreprendre il convient de s'assurer l'alliance du duc de
Brabant, du comte de Gueldre, du marquis de Juliers et en général des
princes d'Allemagne. Les ambassadeurs anglais, dont on croit que le
voyage à Valenciennes n'a pas d'autre cause que la maladie du comte,
retournent en Angleterre et rapportent à Édouard III la réponse de
Guillaume de Hainaut, son beau-père. P. 364 et 365.
L'année même que cette ambassade vint à Valenciennes, les terres de
Crèvecœur en Cambrésis et d'Arleux en Palluel, sur la rivière de la
Sensée, avaient été mises en vente. Le comte de Hainaut était en
marché pour les acheter et les deniers pour les payer étaient
tout prêts, lorsque Jean, duc de Normandie et dauphin de Viennois,
intervint par ordre du roi son père pour faire casser ce marché et
acheta les dites terres. Le comte de Hainaut gardait de cette affaire
une sourde rancune contre Philippe de Valois, lorsqu'il reçut la
visite des envoyés anglais. Aussi, loin de chercher à les calmer, il
les avait plutôt excités, et quelques-uns voient dans cette attitude
de Guillaume de Hainaut la cause principale de la guerre qui éclata
entre la France et l'Angleterre; mais il y a des événements qui
doivent arriver fatalement et qu'on ne saurait empêcher. P. 366 et
367.
Édouard III envoie sur le continent une seconde ambassade composée des
évêques de Lincoln et de Durham, des comtes de Salisbury, d'Arundel,
de Northampton et de Warwick, de Renaud de Cobham, de Richard de
Stafford et des seigneurs de Felton et de Sulli. Cette ambassade, qui
a pour mission de traiter avec le duc de Brabant et les princes
d'Allemagne, emporte avec elle cent mille florins, car on connaît la
cupidité excessive des Allemands qui ne font rien que pour de
l'argent. Les envoyés anglais, après avoir relâché à Gravesend,
débarquent à Dordrecht et se rendent à Valenciennes. Ils tiennent dans
cette ville si grand état qu'on dirait que l'argent leur tombe des
nues, et ils achètent toutes choses le prix qu'on leur fait. Afin de
prévenir les abus, les échevins de Valenciennes établissent une taxe
et un tarif raisonnable pour la vente de tous les objets, ce dont les
Anglais sont très-reconnaissants. L'évêque de Lincoln est logé aux
Jacobins, et l'évêque de Durham aux frères Mineurs. D'après le conseil
du comte de Hainaut, les messagers d'Édouard III se rendent à Louvain
auprès du duc Jean de Brabant qui leur fait bon accueil, parce qu'ils
viennent de la part du roi d'Angleterre son cousin germain, et aussi
parce qu'il est alors en démêlés avec le roi de France. Le duc
s'engage à recevoir l'armée anglaise dans son pays, et si Édouard III
passe la mer en personne, à le servir à la tête de mille heaumes
couronnés, moyennant une certaine somme de florins pour lui et pour
ses gens. P. 374 à 376.
Gagnés aussi par l'argent d'Angleterre, les seigneurs allemands dessus
nommés[239] et plusieurs chevaliers des bords du Rhin fort grossiers
viennent à Valenciennes; et là, en présence du comte et de Jean de
Hainaut, ils s'engagent à défier le roi de France de concert avec
Édouard III et à servir le roi anglais avec un certain nombre de
heaumes couronnés, car alors il n'était pas encore question de lances
ni de bassinets, on ne parlait que de heaumes. Aucunes démarches ne
sont tentées auprès du roi de Bohême; et celles qui sont faites auprès
de l'évêque de Liége échouent. Le roi de France est informé de ces
menées d'Édouard III, mais il n'en tiendrait nul compte si elles ne le
forçaient à différer sa croisade. Philippe de Valois montre surtout de
l'irritation contre le comte de Hainaut et il dit: «Mon frère de
Hainaut est en marché pour faire mettre son pays à feu et à sang!» P.
377.
[239] Voyez plus haut, p. CXC.