ABRÉGÉS PROPREMENT DITS.

A 38 == ms. 5005.

A 39 == ms. HF 145 de la bibl. de l'Arsenal.

A 40 == ms. de la bibl. royale de Bruxelles.

Dans ce tableau comme dans tout le cours de notre édition, la première

rédaction proprement dite est désignée par la lettre A suivie d'un

chiffre qui varie pour chacun des manuscrits de cette rédaction.

La première classe comprend les manuscrits où le texte du premier

livre est reproduit intégralement; non qu'il n'y manque çà et là des

mots ou même des membres de phrase, mais ces lacunes résultent de

l'inadvertance des copistes et n'ont pas le caractère de suppressions

systématiques.

Dans la première famille de cette classe, le ms. de Besançon a[47] été

mis à part, non-seulement à cause de son antiquité exceptionnelle,

mais encore parce que le premier livre, s'il s'étend beaucoup plus

loin dans cet exemplaire que dans les cinq congénères, manque en

revanche des trois ou quatre chapitres qui le terminent dans ces

derniers mss.

[47] Mon ami, M. A. Castan, a publié une excellente étude sur le

ms. de Saint-Vincent de Besançon. _Bibl. de l'École des Chartes_,

t. XXVI, p. 114 à 148. Buchon croyait ce manuscrit égaré si non

perdu; M. Castan ne l'a pas seulement retrouvé, il a éclairci

toutes les questions qui s'y rattachent.

La seconde famille (mss. A 7 à 10[48]) comprend les copies à la fois

les moins étendues et les plus anciennes du premier livre; ces

manuscrits ont cela de très-particulier qu'ils ne semblent pas dériver

les uns des autres et ne présentent pas toujours les mêmes variantes.

[48] Sur la manière dont se terminent ces manuscrits, voyez ce

qui a été dit plus haut, p. XIII et XIV, XXVII et XXVIII.

Les troisième, quatrième et cinquième familles de la première classe

(mss. A 11 à 19) sont plus modernes que les deux familles

précédentes; et un certain nombre d'additions des mss. A 11 à 19, mais

surtout des mss. A 11 à 14, ne doivent provenir que du fait des

copistes.

La seconde classe embrasse les manuscrits où le texte est tantôt

complet, tantôt plus ou moins abrégé. Dans les exemplaires de cette

classe, les lacunes, les abréviations, au lieu d'être comme dans ceux

de la première une exception due à la distraction d'un scribe,

deviennent la règle; et ce système de suppressions s'étend à toutes

les parties, on pourrait presque dire à tous les chapitres du texte.

La première famille de la seconde classe (mss. A 20 à 22) dérive de la

première famille de la première classe (mss. A 1 à 6).

Le texte est encore plus abrégé dans les mss. A 23 à 28 que dans les

mss. A 20 à 22.

Si dans la deuxième famille de la seconde classe le ms. de Breslau a

été mis en dehors de l'accolade, c'est qu'à partir de 1340 le texte y

est plus développé et offre certains détails qu'on ne trouve pas dans

les autres mss. de la même famille.

Les simples fragments du premier livre sont rangés dans la troisième

classe. Les mss. 34 à 36, qui sont la reproduction les uns des autres,

ne contiennent que le commencement du premier livre; le texte,

d'ailleurs complet, de ces mss. s'arrête à la mort de Philippe de

Valois en 1350. Quant au ms. de Rouen, découvert et signalé pour la

première fois par M. Delisle, on n'y trouve que des chapitres

détachés.

Les mss. A 38 à 40, qui composent la quatrième classe, renferment le

même résumé des quatre livres des Chroniques abrégés chapitre par

chapitre; le premier livre est divisé dans ce résumé en 167 chapitres.

§ 5. _De la première rédaction revisée;--classement des manuscrits de

cette rédaction._

La première rédaction revisée, comparée à la première rédaction

proprement dite, présente trois différences caractéristiques: 1º le

texte des onze premiers paragraphes du premier livre est différent

dans les deux rédactions; 2º de 1350 à 1356, la première rédaction

revisée substitue un récit plus ample au fragment fort sec que la

première rédaction proprement dite offre pour la même période; 3º de

1372 à 1378, le texte de la première rédaction proprement dite est

revisé et développé dans la première rédaction appelée pour cette

raison _revisée_.

Ces deux dernières différences sont tout à l'avantage de la première

rédaction revisée et prouvent surabondamment, comme nous l'avons dit

plus haut, qu'elle a été composée après la première rédaction

proprement dite sur laquelle elle constitue un progrès notable. Il

n'en est pas ainsi de la première différence: on trouve dans les

manuscrits de la branche plus ancienne un meilleur texte que dans ceux

de la branche plus moderne. Serait-ce pour cette raison qu'il a été

reproduit dans la seconde rédaction de préférence à celui de la

première rédaction revisée?

Suivant une remarque déjà faite, les manuscrits de Froissart sont

d'autant plus nombreux que la rédaction qu'ils représentent est plus

ancienne. Le nombre des exemplaires de la première rédaction

revisée confirme cette observation. Cette rédaction ne compte

aujourd'hui que trois manuscrits complets; mais notre Bibliothèque

impériale en possède un quatrième exemplaire dont malheureusement le

tome I, qui contenait la plus grande partie du premier livre, ne se

retrouve plus. L'Anglais Johnes, qui vivait au commencement de ce

siècle et dont il paraît que la riche collection a péri dans un

incendie, devait aussi avoir en sa possession au moins un manuscrit de

la rédaction dont il s'agit, puisqu'il a signalé et publié le premier

certaines variantes propres à cette rédaction[49]; et la bonne leçon

de 1350 à 1356, renvoyée en appendice à la fin du ms. du fonds Arundel

67 au British Museum, avait peut-être été extraite au quinzième siècle

des manuscrits qui plus tard ont appartenu au châtelain de Hafod. On

arrive ainsi pour la première rédaction revisée à un total de cinq

manuscrits au moins contre quarante de la première rédaction

proprement dite, deux de la seconde, un seulement de la troisième.

[49] Voyez l'édition imprimée par Johnes en son château d Hafod

en 1803, formats in-4º et in-8º. Johnes est également l'auteur

d'une traduction anglaise des _Mémoires de la Curne de

Sainte-Palaye sur Froissart_, qui parut à Londres en 1801. Notre

chroniqueur a su toujours inspirer de belles passions à nos

voisins; espérons que Johnes aura des successeurs.

Mss. DE LA PREMIÈRE RÉDACTION REVISÉE == Mss. B.

B 1 == ms. 6477 à 6479[50].

{B 2 == (t. I manque); t. II coté 5006 (du f{o} 1 au f{o} 104).

{B 3 == ms. 20356 et 20357[51] (du f{o} 1 au f{o} 81 v{o}).

B 4 == ms. de Mouchy-Noailles, à Mouchy-le-Châtel.

B 5 == ms. du fonds Arundel 67 au British Museum (du f{o} 358 au

f{o} 373).

B 6 == ms. 10144 (du f{o} 422 au f{o} 532 et du f{o} 809 au

f{o} 886).

[50] Dans ce tableau, comme dans le précédent, les manuscrits

désignés par un simple chiffre appartiennent à notre Bibliothèque

impériale.

[51] Ce manuscrit, qui provient du fonds de Gaignières, est

toujours appelé dans les variantes du texte de ce volume: _Ms. de

Gaignières_. Dans les volumes suivants, il sera désigné sous la

rubrique B3, le ms. 6477 à 6479 sous la rubrique B1, le ms. de

Mouchy-Noailles sous la rubrique B4.

Dans le tableau qui précède et dans le cours de cette édition, de même

que la lettre A désigne la première rédaction proprement dite, la

lettre B correspond à la première rédaction revisée dont les divers

manuscrits sont indiqués par les chiffres qui suivent B.

A défaut du tome I aujourd'hui perdu du manuscrit B2, le manuscrit B1,

le plus ancien de beaucoup et le meilleur de la branche dont il fait

partie, a été adopté comme texte du premier livre; et l'on exposera

plus loin les raisons qui ont dicté ce choix[52].

[52] Voyez le chapitre I de la seconde partie de cette

introduction.

Les mss. B2 et B3 offrent le même texte, plus ancien dans le ms. B2,

plus moderne dans le ms. B3 qui n'est qu'une copie du premier;

voilà pourquoi ces deux mss. ont été réunis par une accolade. Une main

postérieure a pris à tâche de faire disparaître du ms. B2, en grattant

ou en ajoutant des lettres à certains mots, une empreinte wallonne

très-caractérisée ainsi que les signes usités dans notre ancienne

langue pour marquer la distinction du cas sujet et du cas régime qui

est encore généralement observée dans ce précieux ms. Il est fâcheux

que nous ne connaissions pas la date précise de l'exécution du ms. B3:

nous saurions ainsi à quelle époque la fameuse règle de l's est

devenue, non-seulement une lettre close, mais encore un objet de

scandale pour ceux qui faisaient copier ou copiaient les manuscrits.

Ce qui prouve, malgré la différence de l'orthographe, que le ms. B3 a

été copié sur le ms. B2, c'est que la plupart des notes marginales du

t. II coté 5006 se trouvent reproduites sur les marges du t. II de

l'exemplaire provenant du fonds de Gaignières coté 20357.

Les mss. B1, B2-3 et B4 ont cela de particulier qu'aucun des trois n'a

été copié sur l'un des deux autres[53]; en d'autres termes, chacun

d'eux a sa valeur propre et indépendante. La rareté relative des

exemplaires de la première rédaction revisée rend cette circonstance

doublement précieuse.

[53] Sur la manière dont se termine le premier livre dans les

divers manuscrits de la première rédaction revisée, voyez plus

haut la fin du § 2, p. XIII et XIV, XXVII et XXVIII.

Comme le ms. du British Museum fonds Arundel no 67 appartient à la

première rédaction proprement dite, il ne donne pour la partie du

premier livre comprise entre 1350 et 1356 que le sec fragment qui

caractérise les exemplaires de cette branche. Mais une note placée en

marge du ms., au feuillet 173, renvoie à la leçon plus ample propre à

la première rédaction revisée que le copiste du ms. Arundel avait sans

doute connue trop tard pour l'insérer dans le corps du texte. Cette

note est conçue en ces termes: «Après ceste presente rubriche de rouge

coumensant: _Coument le roy Phelippe de France trespassa_, fault seize

feiles lesquelx vous trouverez au dernier du livre. Et coumence la

rubriche de rouge: _Du chapelet de perles que le roy Edouart

d'Angleterre donna_....» Le fragment du ms. Arundel figure sous la

rubrique B5 dans le tableau des mss. de la première rédaction revisée

et sera désigné ainsi dans notre édition.

On conserve à notre Bibliothèque impériale sous le numéro 10144 un

abrégé du premier livre tellement original qu'on pourrait le

considérer presque comme une quatrième rédaction. Cet abrégé se

termine par l'_explicit_ suivant: «Che sont les croniques de

Froissart. Cest croniques escript Bertoulet Lebrun, archiés de corps

de Phelippe duc de Bourgoigne, que Dieu absol! et le commencha au Noel

mil CCCLXXVII[54]; et furent fait quinze jours devant le Saint Jehan

Baptiste en sievant. Et priés à Dieu pour luy, et il pri[er]a à Dieu

pour vout (sic) et pour tous vos amis. Et avoit le dit Bertoulet

soissante trois ans quant il furent parfait.» Le caractère

paléographique du ms. 10144 s'accorde bien avec la date de 1477 que le

copiste a voulu écrire, et l'orthographe de ce ms. sent, comme on

vient de le voir, son archer d'une lieue. D'ailleurs, rien dans le

contenu de cet abrégé n'autorise à mettre en doute l'authenticité de

l'exemplaire unique qui nous l'a conservé. Il porte comme tous les

bons manuscrits des Chroniques une forte empreinte de dialecte wallon;

et il rectifie ou complète parfois heureusement les autres rédactions

du premier livre[55].

[54] Le copiste doit avoir oublié un C. Ces mots: _que Dieu

absol_ ne peuvent se rapporter qu'à Philippe le Bon, duc de

Bourgogne, mort à Bruges le 14 juin 1467.

[55] Notre édition est la seule où l'on ait utilisé ce précieux

abrégé.

Le ms. 10144 contient, du feuillet 423 au feuillet 532, pour les

années 1350 à 1356, le même texte, mais plus abrégé, que les mss. de

la première rédaction revisée. Il renferme aussi, à partir du feuillet

809, pour les années 1372 à 1375, un sommaire de la version

particulière à ces mêmes manuscrits. Ces deux circonstances nous ont

déterminé à le classer sous la rubrique B6 parmi les exemplaires de la

première rédaction revisée.

Chroniques de J. Froissart, tome 01/13, 1re partie · 第 16 / 96 题