Mais la vague bientôt croule comme une voûte,

Et devant l'ouragan chacun fuit sans espoir,

Car le Doute a passé, grand nuage au flanc noir,

Sur l'astre étincelant qui leur montrait la route.

Paris, 1871.

_L'Espérance et le Doute_ a été publié par _les Annales politiques et

littéraires_ du 12 décembre 1897.

LE SOMMEIL DU MANDARIN.

Sur sa table de nacre au reflet argenté,

La lune souriait aux tours de porcelaine,

Et trois dames causant au milieu de la plaine

Jetaient comme cet astre une étrange clarté.

Et tandis que le vent soufflait au loin sa plainte,

Mollement étendu sur des tapis soyeux,

Sous les rayons fleuris de sa lanterne peinte

Le mandarin Von-Thang avait fermé les yeux.

Pendant qu'il regardait tranquillement la flamme

Qui versait du plafond ses filets de couleur,

Un songe était venu voltiger sur son âme,

Comme un oiseau de pourpre au-dessus d'une fleur.

Paris, 1872.

ENFANT, POURQUOI PLEURER?

Enfant, pourquoi pleurer, puisque sur ton passage

On écarte toujours les ronces du chemin;

Une larme fait mal sur un jeune visage,

Cueille et tresse les fleurs qu'on jette sous ta main.

Chante, petit enfant, toute chose a son heure;

Va de ton pied léger, par le sentier fleuri;

Tout paraît s'attrister sitôt que l'enfant pleure,

Et tout paraît heureux lorsque l'enfant sourit.

Comme un rayon joyeux ton rire doit éclore,

Et l'oiseau doit chanter sous l'ombre des berceaux,

Car le bon Dieu là-haut écoute dès l'aurore

Le rire des enfants et le chant des oiseaux.

Ajaccio, 1880.

LE MOULIN.

(FRAGMENT.)

..... Tandis que devant moi,

Dans la clarté douteuse où s'ébauchait sa forme,

Debout sur le coteau comme un monstre vivant

Dont la lune sur l'herbe étalait l'ombre énorme,

Un immense moulin tournait ses bras au vent.

D'où vient qu'alors je vis, comme on voit dans un songe

Quelque corps effrayant qui se dresse et s'allonge

Jusqu'à toucher du front le lointain firmament,

Le vieux moulin grandir si démesurément

Que ses bras, tournoyant avec un bruit de voiles,

Tout à coup se perdaient au milieu des étoiles,

Pour retomber, brillant d'une poussière d'or

Qu'ils avaient dérobée aux robes des comètes?

Puis, comme pour revoir leurs sublimes conquêtes,

A peine descendus, ils remontaient encor.

SABBAT.

(IMITÉ DE L'ALLEMAND.)

La lune traîne

Ses longs rayons,

Et sur les monts

Et dans la plaine,

Entendez-vous

Ce bruit étrange?

C'est la phalange

Des loups-garous.

La ronde des sorcières

Tourne,

Tourne,

Tourne,

Tourne,

La ronde des sorcières

Tourne sur les bruyères.

Par sauts, par bonds,

Viennent les gnomes;

Puis les fantômes,

Puis les démons;

Et pour la danse

Plus d'un pendu

Est descendu

De la potence.

Tous ces êtres hideux

Tournent,

Tournent,

Tournent,

Tournent,

Tous ces êtres hideux

Tournent autour des feux.

Ce sont vos fêtes,

Venez, damnés!

Guillotinés,

Portez vos têtes!

Et vous, corbeaux,

Criez de joie,

Car votre proie

Sort des tombeaux.

Les morts, sous leur suaire,

Tournent,

Tournent,

Tournent,

Tournent,

Les morts, sous leur suaire,

Tournent dans la nuit claire.

Le roi d'enfer,

Sombre et livide,

A tout préside;

C'est Lucifer.

L'horrible foule,

A ses accents,

En flots pressants,

S'agite et roule.

Et le bal monstrueux

Tourne,

Tourne,

Tourne,

Tourne,

Et le bal monstrueux

Tourne..... et fait peur aux cieux.

Mais, comme un rêve,

Tout a passé,

Tout a cessé,

Le jour se lève.

A l'Orient,

Le ciel est rose,

L'insecte cause

Avec le vent.

Du coq la voix sonore

Chante,

Chante,

Chante,

Chante,

Du coq la voix sonore

Chante une belle aurore.

G. DE V. (GUY DE VALMONT).

SONNET.

Un nuage a passé sur votre ciel, Madame,

Cachant l'astre éclatant qu'on nomme l'Avenir,

La douleur a jeté son crêpe sur votre âme

Et vous ne vivez plus que dans un souvenir.

Tout votre espoir s'éteint comme meurt une flamme,

Aucun lien parmi nous ne vous peut retenir,

Vous souffrez et pleurez, et votre cœur réclame

Le grand repos des morts qui ne doit pas finir.

Mais songez que toujours, quand le malheur nous ploie,

Aux cœurs les plus meurtris Dieu garde un peu de joie

Comme un peu de soleil en un ciel obscurci.

Et que de ce tourment qui ronge notre vie,

Madame, si demain vous nous étiez ravie,

Bien d'autres souffriraient qui vous aiment aussi.

TABLE DES MATIÈRES.

Pages.

Lettres de Mme Laure de Maupassant à Gustave Flaubert. IX

Lettre-Préface. XXV

Le Mur. 1

Un Coup de soleil. 9

Terreur. 13

Une Conquête. 17

Nuit de neige. 27

Envoi d'amour. 31

Au Bord de l'Eau. 35

Les Oies sauvages. 49

Découverte. 53

L'Oiseleur. 57

L'Aïeul. 61

Désirs. 65

La Dernière Escapade. 69

Promenade. 85

Sommation. 89

La Chanson du rayon de lune. 95

Fin d'amour. 101

Propos des rues. 109

Vénus rustique. 117

APPENDICE.

VERS INÉDITS:

Dernière soirée passée avec ma maîtresse. 147

Souvenirs. 151

L'Espérance et le Doute. 153

Le Sommeil du mandarin. 155

Enfant, pourquoi pleurer? 157

Le Moulin (fragment). 159

Sabbat. 161

Sonnet. 165

* * * * *

Liste des modifications:

Page 7: «sont» remplacé par «son» (Son œil, son front,

sa bouche humide et ses cheveux!)

Page 126: «heurtaint» par «heurtaient» (D'invisibles oiseaux

heurtaient leur vol aux branches)

Page 140: «Quant» par «Quand» (Quand tout redevint blanc sous

le soleil levé)

Œuvres complètes de Guy de Maupassant - volume 02 · 第 5 / 5 段